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FAIT DU SOIR Une expo-hommage à Marie-Bélen Pisano, Alésienne assassinée en 2019

Un an et demi après le meurtre de leur fille, les parents de Marie-Bélen Pisano organisent une exposition-hommage dès mardi, jusqu'au 2 octobre, à Alès.

Ruben Pisano, le papa de la victime, avant de procéder à l'affichage, à l'approche de l'événement hommage. (Photo Corentin Migoule)

Le 17 mars 2019, c'est « une bombe qui a éclaté » chez Ruben et Gisèle Pisano. Depuis leur maison implantée en périphérie alésienne, les parents apprenaient la mort de leur fille, Marie-Bélen, Alésienne de 21 ans, sauvagement assassinée à Marseille, où elle étudiait. Si le procès est en cours et que la vie de la famille Pisano a définitivement basculé, le couple organise une exposition en hommage à leur fille qu'il était « impossible de ne pas aimer ».  Dans ce cadre, les tableaux de la défunte, qui était une artiste en devenir, investiront l'espace André-Chamson, du 15 septembre au 2 octobre prochain.

Dans leur petite maison en périphérie d’Alès où ils nous reçoivent, les parents de Marie-Bélen Pisano s’activent. Mardi 15 septembre et ce jusqu’au 2 octobre, par le biais d’une exposition organisée à l’espace André-Chamson, ils rendront un vibrant hommage à leur fille, sauvagement assassinée le 17 mars 2019, devant la station de métro de la Timone à Marseille. Sur la table du salon, Gisèle, la maman, fait face à son écran d’ordinateur et répond aux nombreux mails qu’elle reçoit. Parmi eux, des messages de l'association Les amis de l’œuvre de Pierre Chapon, partenaire essentiel à l’organisation de l’événement. Mais aussi, parfois, des messages de soutien d’anonymes.

Sur cette même table, des dizaines de feuilles plastifiées sont disséminées ça et là. Ruben, le papa d’origine argentine, fait des allers-retours entre la chambre de sa fille et le salon, pour rapporter ses trouvailles. « Un an et demi après sa mort, on continue de trouver des choses faites par Marie-Bélen », confie le quinquagénaire, dont on devine derrière le masque, l’immense tristesse qui l’habite encore.

« Interdiction d’évoquer le procès. Il est en cours », prévient d’emblée Gisèle Pisano. « La seule chose que je peux dire, c’est que je suis certaine que ma fille n’a pas été agressée pour son téléphone portable comme les médias l’ont écrit à l’époque ». Le smartphone, sorti par la jeune femme qui avait 21 ans au moment des faits, ne l’aurait été dans le seul but de donner l’alerte de son agression. Le papa acquiesce et dit même avoir entendu lors de l’appel, un souffle, qu’il a pris pour du vent « comme lorsqu’on a la fenêtre ouverte en voiture. » Et de poursuivre : « Notre fille adorait Marseille. Elle était consciente de la violence qui peut exister là-bas, mais elle aimait profondément cette ville. Elle en avait même fait un poème. »

Marie-Bélen incarnait la vie, proclamait l'amour, luttait pour la liberté

Marie-Bélen avait investi la cité phocéenne depuis près de deux ans pour y étudier l’anthropologie. « Un moyen pour elle de compléter sa formation après avoir fait les Beaux-Arts à Montpellier », rebondit la maman. « Le jour où elle a été tuée, il ne lui restait qu’une semaine à passer à Marseille. Je me suis toujours demandé si notre vie n’était pas prédestinée. Avec ça, j’y pense davantage. Maintenant, on regarde ses œuvres d’une autre façon », théorise Ruben.

Solaire, Marie-Bélen était naturellement sociable. Appréciée de ses camarades de classe autant que de ses professeurs, l’Alésienne qui a fait ses gammes entre les murs du lycée Jean-Baptiste Dumas, fuyait les boîtes de nuit. Solitaire, elle savait aussi l’être lorsqu’il s’agissait de potasser ses cours ou de s’adonner à des réflexions profondes sur un monde qu’elle aurait volontiers embelli.

Issue d'une famille où l'on peint, dessine, joue de la musique et écrit comme l'on respire, la jolie brune avait bien l'intention de faire fructifier l'héritage familial. Un talent précoce (elle a gagné un concours de dessin à l'âge de 4 ans), qui ne demandait qu'à être poli. « Elle était encore jeune et je pense qu'elle serait devenue une grande artiste. Elle était consciente du machisme de la société, de ce cancer qu'il faut combattre. Elle voulait changer le monde avec son art », soutient le papa. Méthodique, la jeune femme joignait à ses œuvres une page "Réflexions", où elle en expliquait le sens.

Dessin de Marie-Bélen, accompagné de la mention "Adaptation à son environnement". (Photo C.M)

Une exposition, deux objectifs

Organisée en partenariat avec l'association Les amis de l’œuvre de Pierre Chapon, la tenue de l'exposition doit aussi beaucoup à la mairie d'Alès, qui s'est chargée de produire les affiches et de fournir les locaux, entre autres. « Depuis le début, la ville d'Alès, au contraire de celle de Marseille, a été d'un soutien formidable. Je leur reformule de gros remerciements », martèle Gisèle Pisano. Et de poursuivre : « Pouvoir réaliser cette exposition, c'est un moyen d'être le relais de Marie-Bélen. Car au-delà de sa vie, c'est son travail qui a été arraché. Avec cet événement, on lui rend hommage d'abord, mais on veut aussi faire en sorte que ce genre d'actes tant gratuits qu'atroces n'arrivent plus. »

Fort d'un ancrage sud-américain éminent, le couple Pisano entend gagner son combat qui vise à ce que le meurtre de leur fille soit qualifié de féminicide, à savoir le meurtre d'une femme en raison de son sexe. « En Argentine, tous les assassinats de femmes sont automatiquement qualifiés de féminicides. Nous souhaiterions que la France applique la même loi », ébauche Ruben. « Et surtout, il faut faire connaître cette notion. J'ai fait une distribution de flyers pour annoncer l'hommage et j'ai discuté avec des adolescentes qui ne connaissaient même pas le mot. »

Au moment de quitter cette famille endeuillée mais admirable de courage, Gisèle, la maman, livrera une ultime anecdote déchirante : « Un jour, j'ai entendu une phrase que je n'oublierai jamais. Une dame évoquait son grand-père qui avait été enlevé par la mafia en Italie. Son bureau et sa bibliothèque sont restés intacts jusqu'à ce que l'on vienne retirer ses livres. Ils avaient laissé des traces et à ce sujet, elle a dit "c'est la présence de l'absence".» Une façon de dire qu'avec ses tableaux accrochés un peu partout aux murs de la maison et ses poèmes éparpillés, Marie-Bélen est toujours là.

Corentin Migoule

corentin.migoule@objectifgard.com 

Exposition-hommage à Marie-Bélen Pisano, avec plus d'une vingtaine d’œuvres, du 15 septembre au 2 octobre, à l'espace André-Chamson, 2, boulevard Louis Blanc, à Alès.

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