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FERIA D’ARLES Diego Ventura et Antonio Ferrera dans l’émotion et la passion

Diego Ventura dans ce qu'il sait faire de plus beau (Photo Anthony Maurin).

Mano a mano mixte de clôture pour le court mais intense cycle arlésien. Diego Ventura (oreille, silence et deux oreilles), Antonio Ferrera (oreille, deux oreilles et silence). Vueltas al ruedo pour le premier de Zalduendo et le faux deuxième (premier bis) de La Quinta. 

Diego Ventura élève ses chevaux depuis quinze ans et en possède une quarantaine. À raison de huit à neuves heures d'entraînement par jour, il s'exerce avec plus de quinze équidés au quotidien. Des chiffres abyssaux qui résument partiellement l'investissement du Portugais. Mais cela ne résume pas tout. Récemment il a perdu une des stars de son écurie, Dolar, le cheval qu'il maniait sans bride. Prévu en solitaire pour la feria annulée de Pâques, Ventura revenait pour en découdre devant deux de Los Espartales et un de Prieto de la Cal.

Antonio Ferrera au capote avec le sobrero de La Quinta (Photo Anthony Maurin).

Antonio Ferrera, avec deux triomphes retentissants à Madrid en 2019, a réinventé sa tauromachie après avoir connu une baisse de moral qui lui a valu pas mal de frayeurs. Lui aussi devait être présent à Pâques et a réalisé à Arles ce dimanche son unique paseo 2020 en France. Pour lui, deux toros de Zalduendo et un de La Quinta... Enfin pas tout à fait, disons trois de Zalduendo et deux de La Quinta car deux mouchoirs verts sont tombés du palco.

Diego Ventura sur son premier (Photo Anthony Maurin).

Diego Ventura s'élance en piste et torée. C'est déjà bien ! Le voir ainsi est rassurant et l'aficionado doit savourer l'instant. Dans tous les sitios il ne trompe personne, il est précis et ne se fait jamais toucher. Enfin lui, dans tous les cas, ne se fait jamais toucher mais là, ses montures ne sentent pas les cornes les heurter. Bravo. Comme à la maison, Diego Ventura fait sa tambouille, le palco ne tombe pas le mouchoir pour le changement de tercio mais le Portugais n'en a que faire et décide à la place du jeune président. Des chevaux fantastiques, un toreo précieux, une oreille qui aurait pu être doublée tant la franchise de cette faena était touchante et criante de vérité.

Avec le Prieto de la Cal, Diego Ventura aux banderilles (Photo Anthony Maurin).

Très attendu, le duel avec le représentant de Prieto de la Cal. Ce dernier déboule comme un maboul en piste et pan, il touche une fois, deux fois, trois fois le cheval avant même la pose de la première farpa... Finalement, heureusement que les pointes étaient limées car le public aurait sans doute moins apprécié la virtuosité du centaure ! Diego Ventura réalisera un quiebro renversé qu'il conclura par une pose des banderilles al violin, sincèrement époustouflant. Mais en dehors de cet instant de grâce que nul ne lui enlèvera, le cavalier n'a pas brillé, loin de là. Deux pinchazos et une entière ultra fulgurante.

Dernier de Los Espartales pour Diego Ventura (Photo Anthony Maurin).

Troisième et denier, un de Los Espartales. Rien à dire et pourtant Diego Ventura coupera des oreilles... Avec des passages en force, des montures contraintes et des artifices de pacotille, il parvient à envoûter un public qui ne regarde pas les choses qu'il faudrait qu'il voit. Les flancs des chevaux esquintés, les touchettes à répétition, les amorces brutales et les oreilles de longue en arrière, des signes qui pourtant ne trompent pas. Même quand il enlève les rênes de son cheval, il conserve dans les mains un câble attaché par l'encolure et guide sa monture ainsi. Bref. Deux oreilles donc.

Antonio Ferrera sur son premier de Zalduendo (Photo Anthony Maurin).

Antonio Ferrera touche un premier toro de gabarit. Dans sa cuadrilla du jour, deux Français s'illustrent. Le picador Jean-Loup Aillet et le banderillero Marc Antoine Romero. C'est très bien de jouer le jeu de la consommation locale et du circuit court ! Lidiador de haute volée, Ferrera ne tarde pas à se mettre en évidence, notamment au capote pour la mise en suerte du toro au cheval. Une faena profonde et de bon goût devant un toro qui a tendance à faiblir. Des instants de douceur extrême, de folie douce mais sans aucune vulgarité. Tout simplement parfait sur une paire de naturelles, quelques changements de main bien exécutés et des naturelles droitières sans épée, forcément. Coup de génie ou de folie, Ferrera tente une chose. Une estocade al encuentro en marchant tranquillou vers le toro ! Et ça fonctionnera au deuxième essai après un élan pris sur une dizaine de mètres. Une oreille et une vuelta al ruedo difficile à justifier pour le toro qui était tout de même bravito.

Une naturelle longue, très longue de Ferrera sur son deuxième de La Quinta (Photo Anthony Maurin).

Encore un toro de six ans pour le La Quinta qui sort du toril et heurte violemment le premier (ou presque) burladero sur sa route... Mouchoir vert. Le deuxième La Quinta va avoir droit à un tercio de varas de toute beauté. Enfin, sur le papier. Ferrera mène les débats, place tout ce beau monde et regarde attentivement le tableau se peindre devant lui. Hélas, le piquero ne fait pas le boulot comme il se doit alors que le toro méritait tellement mieux tant il était doux dans sa charge et puissant dans l'impact. Pour la faena, Ferrera effacera tout et montrera ses talents artistiques. Très gauchère est splendide de suavité après des débuts calmes, elle parviendra à conquérir les gradins. De nombreux gestes plus ou moins esthétiques mais agréables à voir avec la muleta agrémentant la chose. Des verticales tirées sans limite, des courbes courtes et des détails magiques. Hélas, la faena ira decrescendo mais Ferrera tentera une nouvelle fois, non deux, cette mort al encuentro et conclura une nouvelle fois au deuxième envoi par une entière. C'est fou ! Deux oreilles et la vuelta al ruedo pour le toro.

Dernier de la course, le troisième Zalduendo (Photo Anthony Maurin).

Dernier de la feria, pas tout à fait, le toro de Zalduendo qui sort devient boiteux de l'antérieur gauche dans la minute qui suit. Mouchoir vert, changement de toro et le vrai dernier, toujours estampillé du fer de Zalduendo ne donnera rien à voir à part une désagréable sensation de violence. Dommage de terminer une telle course par ce froid duel mais sur six oppositions, quelques unes valaient sincèrement le détour ! Olé !

(Photo Anthony Maurin).

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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