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FAIT DU JOUR Covid-19 : au coeur du service réanimation au CHU de Nîmes

Vendredi 16 octobre, le service Réanimation du CHU de Nîmes comptait 18 patients atteints de la covid-19. (Photo Romain Cura/ObjectifGard)

Objectif Gard a pu passer quelques heures au sein d'une unité du service de réanimation au centre hospitalier universitaire de Nîmes. Un service en première ligne dans la lutte contre le coronavirus qui mobilise 250 personnes (médecins, infirmiers, aides-soignants, agents de service hospitalier...).

Carémeau Sud, hall 5, niveau -1. Il est un tout petit peu plus de 14 heures, ce vendredi 16 octobre. Derrière la porte de l'unité de Réanimation médicale, se joue un ballet de personnels médicaux et paramédicaux, rythmé par les "bips" des machines qui assurent la suppléance d'organes. Dans le couloir, deux dames immobiles face à une fenêtre, le visage caché par un masque, le corps voûté.

Elles ne prêtent même pas attention aux passages des brancards poussés par des agents du Samu. Seul leur regard les lie à cet homme allongé sur un lit, de l'autre côté de cette fenêtre, les yeux fermés, la bouche encombrée d'un tuyau, lui-même relié à une machine. Un ventilateur artificiel qui permet de faire les efforts respiratoires à la place du patient.

Seuls les soignants peuvent pénétrer dans les chambres à pression négative des patients atteints de la covid-19. (Photo : Romain Cura/Objectif Gard)

Ce patient, touché par une forme grave de la covid-19, a été plongé dans un coma artificiel. Ses proches, dont les visites sont limitées, n'ont d'autre choix que de rester derrière cette vitre. "Les chambres à pression négative sont fermées en permanenceL'accès est strictement réservé aux soignants", précise le professeur Laurent Muller, chef du service Réanimation du CHU de Nîmes.

Avant de pénétrer dans les chambres, les soignants doivent respecter un protocole strict de protection. (Photo : Romain Cura/Objectif Gard)

À ce moment-là, le ballet évoqué plus haut ralentit, freiné par un minutieux protocole rendu obligatoire pour les soignants avant de s'introduire dans la chambre du patient et de procéder aux soins. Médecin, infirmier ou encore aide-soignant, chacun doit se laver les mains au gel hydroalcoolique, enlever sa blouse, en remettre une autre, s'équiper d'une cagoule et d'un nouveau masque FFP2, mettre des lunettes de protection, rajouter une visière de sécurité avant d'enfiler enfiler des gants.

"Cela rajoute de la pénibilité et de la complexité aux soins"

Une fois les soins terminés, il leur faut alors enlever la blouse et les gants dans la chambre, se laver les mains au gel hydroalcoolique, de même qu'à l'extérieur avant de retirer et nettoyer la visière et les lunettes avec des lingettes antiseptiques, de jeter le masque et la cagoule. Et terminer par une nouvelle dose de gel hydroalcoolique. Un exercice aussi fastidieux à réaliser - plusieurs fois par jour - qu'à écrire. "Le temps de soins est triplé, assure le professeur Muller. C'est contraignant et cela rajoute de la pénibilité et de la complexité aux soins."

Toutes les intubations se font désormais à l'aide d'une machine appelée vidéo laryngoscope afin d'éviter le risque de contamination soignant-patient. (Photo : Romain Cura/ObjectifGard)

Le risque de contamination a engendré des adaptations. L'intubation par exemple. Chacun a en tête, le visage du soignant au-dessus de la bouche grande ouverte du malade susceptible d'exhaler du virus. Un geste auquel les soignants n'ont plus recours, le CHU de Nîmes s'est doté de trois nouvelles machines appelées vidéo-laryngoscope qui permettent d'intuber un patient en regardant un écran et sans avoir à se pencher sur lui. "C'est une des mesures phares prises pour permettre de limiter le risque de transmission du virus. Grâce à toutes ces mesures, le taux de contamination des soignants a été de 6% dans ce service. Et on pense que ces agents ont été contaminés à l'extérieur", explique le chef du service Réanimation.

Les soignants doivent faire face à un double enjeu, traiter les patients covid-19 qui occupent 45% des lits du service et les non-covid-19. (Photo : Romain Cura/Objectif Gard)

Le souvenir de la première vague de l'épidémie est encore bien présent, "et je peux vous dire qu'à Nîmes, cette vague a été dure et longue, se souvient le chef du service Réanimation. Les équipes sont toujours dans le stress et la fatigue. Elles n'ont toujours pas récupéré. Et on se retrouve maintenant à devoir assumer une deuxième vague toute aussi complexe que la première lors de laquelle nous avons assisté à une déprogrammation massive des activités habituelles et une absence d'arrivée à l'hôpital de patients. C'est-à-dire que nous n'avions pas de polytraumatisés, moins d'infarctus du myocarde et moins de pneumonies non-covid. Donc l'activité de la réanimation consistait à accueillir quasiment que des patients covid-19". Aujourd'hui, et ce depuis le déconfinement, les soignants doivent faire face à un double enjeu : traiter les patients covid-19 qui occupent 45% des lits du service (18 personnes ce vendredi 16 octobre) et les non-covid-19.

Face à un rebond de l''épidémie dans le département, le CHU de Nîmes a déclenché le niveau 2 du Plan blanc. (Photo : Romain Cura/Objectif Gard)

Le niveau 2 du Plan blanc a été déclenché par l'hôpital de Nîmes il y a deux semaines. Cela signifie l'augmentation des capacités d'accueil en Réanimation tout en préservant ceux de l'unité de surveillance continue et de passer ainsi de 46 lits actuellement à 61 d'ici une quinzaine de jours. Cette ouverture de lits supplémentaires, qui nécessite l'embauche de 37 infirmiers(ières) et 26 aides-soignant(e)s, permettra un traitement égalitaire des pathologies covid et non-covid.

Le professeur Laurent Muller, chef du service Réanimation au CHU de Nîmes. (Photo : Romain Cura/Objectif Gard)

Pour le professeur Muller, cette stratégie hospitalière doit impérativement s'accompagner d'un effort de la population pour respecter les mesures barrières. "On n'a jamais observé une telle tension dans le système hospitalier, lance-t-il. Nous vivons une situation inédite, dangereuse et qui demande à tous de faire le plus d'efforts possibles pour se protéger et protéger les autres. Depuis quelques semaines, nous avons des patients de 45, 50 ans qui arrivent avec peu de comorbidité (association de deux maladies, Ndlr). Si ça continue ainsi, on peut très bien imaginer avoir des formes graves de covid-19 chez des enfants jeunes. Ce serait le cauchemar."

Stéphanie Marin

À suivre à 7 heures 50 : À l'occasion de la journée spéciale du CHU de Nîmes face à la crise du coronavirus, Nicolas Best, le directeur général de l'établissement nîmois a accepté de répondre à l'ensemble de nos questions. L'occasion de mieux comprendre l'organisation de l'hôpital et les mesures prises pour affronter la seconde vague.

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