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ÉDITORIAL Le corps en saignant

S'il y a bien quelque chose que l'onde de choc causée par l'ignominieux assassinat de Samuel Paty a  (re)mis en lumière c'est la méfiance, la fracture, voire le désamour qui se sont installés au fur et à mesure du temps entre le corps enseignant et une frange de la population française. Et il est déjà bien loin le temps où des petites filles au destin tout tracé se destinaient majoritairement à devenir "Maîtresse ! comme la Maîtresse". Figure tutélaire, dépositaire du savoir, l'enseignant disposait alors d'une aura que personne n'aurait osé contester. Depuis, bien des biberons ont coulé et les parents de la génération Françoise Dolto ont élevé leur progéniture dans le concept de l'enfant roi. Avant, pour nombre d'entre eux, de faire le plus souvent demi tour au milieu du gué et de capituler devant les exigences, les caprices et les cris des juvéniles tyrans domestiques - une génération spontanée de surdoués, à l'analyse de leurs géniteurs. Ces mêmes terreurs aux dents de lait qui montrent les crocs et remettent en cause l'autorité parentale et dans la foulée celle de leurs enseignants que l'on n'hésite plus à menacer et frapper. Régulièrement remis en cause dans leurs choix pédagogiques, parfois traînés en justice par des parents mécontents, les héritiers des Hussards noirs de la République en charge de dispenser l'instruction obligatoire, gratuite et laïque donnent parfois l'image d'une légion désabusée qui ne sait plus à quel saint se vouer et n'a malheureusement aucun levier à actionner pour inverser la vapeur si ce n'est son irréfragable engagement quotidien au service de sa vocation. Dommage et ils ne méritent pas ça. L'enseignement reste l'un des plus beaux métiers du monde, un véritable sacerdoce qui mérite un respect collégial, un ministère qui en aucun cas ne mérite qu'on le pratique le corps en saignant et l'âme en peine. Pas sûr qu'un hommage, fusse-t-il national, suffise à rendre tout ce qu'on lui doit et ce qu'on lui a pris à une corporation qui a pourtant - et continue- à beaucoup donner.

Philippe GAVILLET de PENEY

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Philippe Gavillet de Peney

Après avoir traîné ma plume et ma carcasse un peu partout dans les rédactions des quotidiens régionaux de l'Hexagone, j'ai posé mes valises à Objectif Gard en mars 2016. Couteau suisse de la rédaction, j'interviens dans plusieurs rubriques avec une inclination plus marquée pour le sport, les portraits et les sujets de société... Au sein du journal, j'assure par ailleurs le Secrétariat de rédaction.

4 réactions sur “ÉDITORIAL Le corps en saignant”

  1. Il a peut-être échappé à l’auteur, que ce ne sont pas que les enseignants qui sont sujets de révolte d’une certaine jeunesse. Certaine jeunesse bien identifiée et que pourtant l’auteur n’identifie surtout pas. Attention, ne surtout pas sortir des généralités bien-pensantes au prétexte d’éviter les stigmatisations « dignes des heures les plus sombres ect… ».
    Donc il a visiblement échappé à l’auteur que cette certaine jeunesse conteste violemment la moindre décision d’arbitre, refuse violemment d’obtempérer aux forces de l’ordre, elle a même l’intelligence crasse de caillasser les pompiers, chose inédite dans l’histoire de l’Occident pourtant riche en sauvagerie, car leur uniforme les assimile à l’autorité. Elle conteste aussi violemment les soignants des services d’urgence, jamais vu non plus dans notre Histoire. Elle s’exprime violemment à toute contrariété.
    Il n’y a pas UNE jeunesse, il y a deux jeunesse. Une jeunesse éduquée et une jeunesse qui ne l’est pas. Or si les quartiers nous fournissent les gros bataillons de la seconde, Dieu merci, ils nous offrent aussi des armées entiéres de la première qui sont les premiers à souffrir de l’image désastreuse des seconds.
    La différence? L’apprentissage de la discipline.
    Les uns ont appris, APPRIS, que la discipline était l’ensemble des régles qui garantissent le bon fonctionnement d’un système et que la pritiquer était la clef de la maîtrise du système.
    Les autres la voient comme une abjecte soumission et vivent de soumissions en révolte. Et toujours dans la souffrance.
    C’est ÇA que les enseignants devraient AVANT TOUT expliquer aux enfants dés le plus jeune âge, non, la discipline n’est pas affaire de moutons, de soumis, de faibles, de victimes, c’est l’essence même de la liberté et de la réussite.
    Mais encore, la structure intellectuelle dans l’enseignement nourrit une profonde aversion pour ce concept, assimilé à l’ordre voire l’extrême droite et les heures les plus ect…
    Les profs, sont des zélateurs de l’esprit critique et abhorrent enseigner la discipline?
    C’est la racine du mal.

    1. En fait, je ne comprends même pas comment vous pouvez dire ça alors que nulle part dans mon post( j’ai relu) on ne trouve ni n’évoque de près ou de loin, les notions ou mots de travail, de famille et de patrie.
      C’est dire si certains ont du mal avec le concept de discipline.
      Et le plus ironique, c’est que les enseignants sont ee
      de la profession probablement la plus disciplinée du pays.

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