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LE 7H50 Éric Giraudier, président de la CCI du Gard : « On ne peut pas confiner tous les trois mois »

À gauche, Éric Giraudier, président de la CCI du Gard, accompagné de la troisième vice-présidente, Céline Guitard. (Photo : Stéphanie Marin/ObjectifGard)

Le président de la Chambre de commerce et d'industrie du Gard, Éric Giraudier et sa vice-présidente en charge des Services, Céline Guitard ont tenu une conférence de presse, ce mardi 27 octobre, pour présenter les actions mises en place pour accompagner les entreprises suite aux dernières annonces du gouvernement et à l'instauration du couvre-feu dans le Gard de 21 heures à 6h.

ObjectifGard : Après les annonces du 22 octobre et avant les prochaines, nous sommes effectivement dans un entre-deux, dans quel état d'esprit sont les chefs d'entreprise ?

Céline Guitard : Les chefs d'entreprises sont inquiets, ils ne vont pas bien. C'est vrai que dans les médias, on ne parle pas beaucoup de leur détresse psychologique par rapport à cette incertitude vis-à-vis de leur avenir, vis-à-vis des emplois aussi. Un chef d'entreprise a une importante responsabilité, il assure la vie de ses salariés par leur revenu. Devra-t-on licencier demain ? Il y a un attachement fort du chef d'entreprise envers ses équipes et cette incertitude pèse lourdement. Et la CCI les accompagne. C'est-à-dire que la cellule psychologique qu'on a mis en place leur permet de venir vers nous et de nous poser toutes les questions qu'ils souhaitent, de partager toutes leurs inquiétudes afin qu'on puisse les aider au mieux dans cette période très compliquée.

Éric Giraudier : Ce que nous voulons dire à tous les responsables politiques, à ceux qui prennent les décisions, c'est qu'on ne peut pas sacrifier l'économie. Si on sacrifie l'économie, on sacrifie aussi le social. Il faut faire attention aux décisions qui sont prises car elles ont un impact fort pour la population. Il faut aussi faire attention à tout ce que l'on peut diffuser de façon très anxiogène dans les discours. Dans notre pays, un certain nombre de personnes s'expriment et notamment des médecins, de façon extrêmement anxiogène. J'en suis très choqué. Je voudrais qu'on ait plus de politiques qui s'expriment et qui nous donnent des éléments clairs, avec une vision, des objectifs, des calendriers, des modalités d'application sur la façon dont notre pays va sortir de cette crise.

De nouvelles restrictions devraient entrer en vigueur prochainement. Des scénarios tiennent la corde dont un confinement. Est-ce une mesure compréhensible ?

Éric Giraudier : On peut travailler et trouver des mesures sanitaires, ce qui ne relève pas de nos compétences, mais encore faut-il qu'elles soient efficaces. On ne peut pas confiner tous les trois mois, déconfiner et peu importe ce qui se passe. Les trésoreries des entreprises sont exsangues et ne vont pas pouvoir subir des confinements à répétition. Le Gouvernement les accompagne avec le Prêt garanti par l'État (PGE) mais il faudra le rembourser. Des entreprises ont eu des décalages de charges, de cotisations patronales, d'Urssaf, de PGE. On arrive au moment où elles vont commencer à rembourser, si un confinement tombe à ce moment-là, ce sera impossible.

Pour les entreprises encore une fois, c'est catastrophique. Je cite les cafés, hôtels, restaurants et toute la filière, je cite les commerçants, je cite les micro-entrepreneurs et auto-entrepreneurs. Ces trois populations représentent 12 000 à 14 000 entreprises sur le département et elles sont aujourd'hui dans une situation extrêmement compliquée, périlleuse et délicate. J'espère que les restrictions sanitaires vont s'accompagner de mesures pour l'économie et applicables tout de suite.

C'est-à-dire ?

Céline Guitard : Décaler le remboursement du PGE, offrir d'autres modalités aux entreprises qui n'ont pas souscrit et trouver une adaptation pour les autres cotisations sociales, etc.

Concrètement, comment allez-vous les accompagner, les aider ?

Éric Giraudier : Cela s'organise avec la réactivation d'une cellule d'appui aux entreprises (covid19@gard.cci.fr ou 04 66 87 98 79) pour répondre aux questions des entrepreneurs, les accompagner, les guider dans leurs démarches. Pour poursuivre les actions menées dans le cadre du Plan relance, nous encourageons le processus de digitalisation. Une action proactive vers sera également engagée, ce que nous ne faisions pas jusqu'à présent. On s'est également rapprochés des TPE de l'industrie dont certaines sont très fortement impactées.

Lors de la conférence de presse vous avez évoqué une situation paradoxale entre le contexte et le résultat. Expliquez-nous.

Éric Giraudier : On a une cellule de prévention des entreprises en difficulté avec des chiffres qui montent, des indicateurs qui montent de façon très forte. Par contre, si on prend les procédures pures ouvertes auprès du Tribunal de commerce, le nombre en 2020 est inférieur à celui de 2019. On a effectivement un paradoxe de chiffres. Mais malheureusement de façon brutale à mon avis, un fort rééquilibrage se produira fin 2020 ou plutôt au premier trimestre 2021. Cela aura un impact très fort en termes d'emplois. Une entreprise qui cesse son activité ce sont des emplois perdus directement et automatiquement.

On a des indicateurs très forts, par rapport à des incidents de paiement ou d'autres démarches, qui font que nous savons qu'aujourd'hui beaucoup d'entreprises sont dans une situation délicate. Dans un premier temps, on a entendu : "oui bon, première crise, ce n'est pas très grave, ce sont des entreprises fragiles qui étaient déjà condamnées, etc." Je ne partageais déjà pas ce point de vue. Mais aujourd'hui, ce sont des entreprises qui n'avaient aucun problème avant la crise, qui fonctionnaient très bien, qui sont concernées. Certains entrepreneurs vont prendre la décision d'arrêter parce qu'une partie de la trésorerie a été perdue, parce qu'à 55 ans, ils n'ont pas envie de repartir sur dix ans de crédit, de PGE pour combler leur trésorerie.

Je reviens sur votre propos : "Si on sacrifie l'économie, on sacrifie aussi le social".

Éric Giraudier : Il faut faire très attention à ne pas créer effectivement une fracture sociale qui soit trop lourde ou trop irrémédiable. Il faut faire attention aussi aux dimensions inter-générationnelles parce qu'aujourd'hui, on a des jeunes qui ne peuvent plus sortir, qui ne peuvent plus s'amuser. Pour qui ça va être très compliqué de rentrer dans le marché du travail parce que pendant deux ou trois ans, il va y avoir des effets de strates. C'est-à-dire qu'un jeune qui aura fait les mêmes études, qui sera aussi méritant, parce qu'il arrive sur le marché du travail en 2021-2022, aura un parcours beaucoup plus difficile. On crée de l'iniquité. On crée de la dette, on les empêche de vivre et on leur construit un avenir professionnel catastrophique. Je ne veux pas opposer les générations les unes aux autres, comme je ne veux pas opposer les entreprises les unes aux autres, mais je pense qu'il y a des personnes qu'il faut protéger et d'autres qu'il faut laisser vivre, travailler. Je crois que les deux ne sont pas incompatibles.

Propos recueillis par Stéphanie Marin 

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