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FAIT DU JOUR À l’aube du reconfinement, témoignages de Gardois

Le premier confinement a été très dur à vivre pour Marie Vives-Feaucher. Mais la présence de sa chienne Gefie l'a beaucoup aidée. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Ce mercredi soir, le président Emmanuel Macron a annoncé un confinement global dès vendredi, minuit. Quelques heures avant son discours, nous avions interrogé des Gardois aux quatre coins du département pour connaître leur état d'esprit. Pour savoir comment ils avaient vécu ce premier confinement. S'ils avaient des craintes, des appréhensions d'être à nouveau enfermés à domicile pour un nouveau confinement. Témoignages. 

Marie Vives-Feaucher, 69 ans, habitante de Bagnols-sur-Cèze : "Je suis un peu inquiète. J'ai mal vécu ce premier confinement car j'ai eu des problèmes familiaux un mois avant. Je me suis retrouvée seule. Heureusement, Gefie, ma chienne, était là et m'a apportée beaucoup de réconfort. J'ai aussi fait de la couture, je me suis confectionnée des masques. Mais ça a été très dur. Je m'en sors car je suis une battante. Depuis qu'on est sorti du confinement, j'ai toujours peur. Je suis prudente, j'évite les lieux bondés, là, sur le marché, j'évite au maximum la foule. J'ai une amie proche avec qui on reste toujours à distance. Pas de bises, je lui dis toujours, je fais "un bisou du cœur". Ce climat tendu crée même des tensions avec mes petits-enfants car ils trouvent que je ne sors pas assez. Chacun son choix... Tout le monde a envie de vivre, mais c'est une mauvaise passe. Si tout le monde y met du sien, on va y arriver."

Pierre Cuisenier, 20 ans, étudiant à l'Université de Nîmes : "Le premier confinement s'est relativement bien passé. Au niveau des cours c'était moins dense et compliqué que si on était en cours en présentiel. L'avantage c'est qu'à distance on était pas obligé de suivre, en cours une fois assis on a pas le choix. Forcément ce qui m'inquiète c'est de ne plus pouvoir sortir et voir mes amis, à 20 ans on est jeune, on veut sortir. Rester enfermé c'est un peu chiant. Côté sportif, je ne pouvais plus m'entraîner et jouer au foot le dimanche, du coup on redevient casanier. Au niveau de l'université, la distance rend plus difficile l'échange. C'est aussi nouveau pour les professeurs mais parfois on ne sait pas trop où envoyer les documents, un coup par mail, un coup sur l'ENT... Certains sont un peu "vieux jeu" et ont dû mal à s'y mettre. Et puis c'est aussi une autre approche de devoir passer les partiels à distance."

Ce reconfinement inquiète Géraldine sur l'aspect financier (Photo DR)

Géraldine Horrach, 47 ans, habitante d'Aigues-Mortes : "C'était une période pour moi où j'ai pu retrouver un peu mes enfants âgés de 15 ans et 12 ans. Comme je travaille dans la restauration c'est compliqué de se voir les week-ends. Je l'ai bien vécu dans ce sens-là, mais après financièrement c'était difficile. On a les enfants 24 heures sur 24, d'habitude ils sont à la cantine, ma fille est en internat à Montpellier et donc du coup c'était un peu plus difficile de gérer tout ce qui était alimentation. Entre les goûters et tout c'est quand même plus cher que la cantine. Je m'attends à me retrouver à nouveau au chômage partiel, on va faire avec. Je vais m'organiser différemment. J'achetais pas mal de plats préparés là je vais les préparer avec les enfants, ça nous occupera un petit peu. Nous ici on a plein de petits producteurs sympas donc ça va nous faciliter la vie. J'espère que mes enfants pourront continuer à aller en cours. Socialement, ils sont devenus un peu sauvages et j'aurais bien vu un système comme diviser les classes en deux groupes avec une alternance d'une semaine sur deux pour garder un contact avec leur établissement scolaire."

Pour les sans-abri, les femmes victimes de violences conjugales ou toutes les populations en mal de solidarité, l'association dirigée par Michel Bouquet avait maintenu la continuité de ses missions lors du confinement au printemps. (Photo d'archive / OG)

Michel Bouquet, 60 ans, directeur de l’association La Clède à Alès : "J’ai perçu le premier confinement comme un coup de massue qui nous avait obligé à complètement nous réorganiser. Au niveau professionnel, on avait continué à accueillir de la population et à l’accompagner, parfois par téléphone. Sur la question plus particulière des femmes victimes de violences, on avait mis en place un dispositif hôtelier avec un passage très régulier et mis à disposition de nouvelles places d’hébergement, de sorte que nous étions passés de 7 à 15 places. Il faut savoir que dans le Gard, lors du confinement en mars et avril, nous avions accueilli 32 femmes sur l’hébergement d’urgence. C’était quasiment le double de d’habitude. Donc on peut supposer qu’en cas de nouveau confinement ce soit encore plus fort et plus rapide, car je ne pense pas que la tension ait baissé au sein des couples, au contraire. Dernièrement on sent une situation qui se tend. Les gens supportent de moins en moins l’attente et les contraintes imposées par la pandémie. Demain, s’il y a confinement, ça va augmenter la pression. La tension est palpable, il y a de la fatigue, on fonctionne avec moins de personnel car on a des cas positifs au coronavirus donc je crains que le second confinement ne soit tout aussi difficile que le premier, si ce n’est plus. Si c’est un confinement partiel, on arrivera à tenir nos missions, le plus souvent possible en présentiel."

Alizée La Guerche dispose d'un contrat courte durée de vendeuse dans un magasin de chaussures. (Photo Corentin Migoule)

Alizée La Guerche, 21 ans, vendeuse dans un magasin de chaussures à Alès : "J'ai vécu le premier confinement chez ma mère avec mon petit frère. C'était relativement long mais on s'est occupé en faisant des choses simples comme regarder la télé en famille ou jardiner. Mais j'ai assez mal vécu le fait de ne pas pouvoir fêter les anniversaires car c'est quelque chose qui me tient à cœur, j'ai trouvé ça triste que mon frère célèbre sa majorité seul à la maison. Professionnellement je ne travaillais pas encore ici à l'époque, j'étais dans une formation de reconversion à l'établissement Jean-Baptiste Dumas. Au début, ça a été compliqué pour eux de mettre en place leurs cours à distance du coup nous n'avions pas cours. Maintenant un reconfinement total signifie la fermeture du magasin donc je vais peut-être passer en chômage partiel, mais dans tous les cas je suis en CDD et mon contrat allait bientôt se terminer donc je pars dans l'inconnu."

Le Bagnolais, Pierre Esteller, vendeur de saucissons sur les marchés, n'est pas inquiet pour ce nouveau confinement. Il est tout de même triste pour la jeunesse de 2020 qui ne profite comme lui a pu le faire à 20 ans. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Pierre Esteller, 70 ans, vendeur de saucissons sur les marchés : "Le premier confinement, on est resté chez nous, on a totalement arrêté notre activité. On a perdu plus de 2 000 € de marchandise. Encore maintenant, j'ai fait une commande lundi, si on est confiné un mois ou un mois et demi, tout ça va partir à la poubelle. Comme les restaurants, on s'accroche. J'ai 70 ans, j'ai fait des réserves toute ma vie. Quand on a un certain âge, on a moins de besoins que les jeunes. Quand on a 16-18 ans aujourd'hui, on fait quoi ? C'est la misère. Nous, on a eu la belle vie. Ce reconfinement, on le subit mais c'est du bon sens. Il faut ouvrir les yeux, on est mal en ce moment. Si on ne prend pas de précautions, il va se passer quoi ? On fonce vers une catastrophe encore plus grande. J'ai la chance d'habiter à la campagne avec 5000 m² d'extérieur avec un jardin, des arbres fruitiers, des poules. J'ai de quoi m'occuper. Mais ceux qui habitent en ville dans un petit appartement, c'est pas pareil. On n'est pas tous sur un pied d'égalité."

Jean-Marie Picca, 91 ans, et habitant Bagnols/Cèze depuis 1992, pense qu'il faut accepter ce reconfinement et ne "pas ruer dans les brancards", comme certains de ses amis de l'Espace seniors le font. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Jeanne-Marie Picca, 91 ans, habitante de Bagnols-sur-Cèze : "On se demande quand est-ce que ça va se terminer. Pour ma part, je suis retraitée, alors rester à la maison, manger et dormir, ça ne me pose pas trop de problèmes (rires). C'est pour les jeunes... Ils ne vivent pas aujourd'hui. Ce n'est pas heureux d'être privés des richesses de notre belle Terre. Mais il faut l'accepter. J'ai bien vécu le premier confinement car j'étais beaucoup entourée. Même si je suis veuve, j'avais mon garçon, ma fille qui me faisaient les courses. J'ai été gâtée par le sort. Je prie chaque jour pour remercier de tout ce que j'ai. Je me suis beaucoup occupée en écrivant ce que je ressentais ou en faisant des réussites sur la tablette. Il faut faire avec et ne pas ruer dans les brancards. Il y a pire, il y a eu la Guerre."

Propos recueillis par Marie Meunier, Corentin Migoule et Corentin Corger

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