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AU PALAIS « J’ai voulu le planter, je ne suis pas une fille violente, c’est à cause de l’alcool »

La salle d'audience tribunal correctionnel Nîmes (Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif Gard)
La salle d'audience du tribunal correctionnel de Nîmes (Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif Gard)

Témoin d’une scène de violences entre un jeune homme et sa compagne, il n’a pas hésité à intervenir et se retrouve sous la menace d’un couteau.

Il pensait venir en aide à une jeune femme victime de violences conjugales. Tout le laissait croire en tout cas dans cette scène qui s’est jouée le dimanche 1ernovembre vers du 9 heures du matin. Une scène de violences dont il a été témoin, à l’entrée de la propriété de ses grands-parents située à Saint-Chaptes. Il l’assure, le conducteur de la Renault Clio noire garée sur le chemin privé avait le poing levé, en direction de sa compagne, lorsqu’il a décidé d’intervenir. Son petit frère âgé de 12 ans, l’ayant suivi, partage son témoignage. Et alors qu’il s’interpose entre le couple, l’homme brandit un couteau et le menace : « Sur le Coran, je vais te le planter dans la gorge ». Puis ce dernier attrape brutalement sa compagne, la fait monter dans la voiture avant de partir en trombe, non sans manquer de renverser le témoin qui a eu le réflexe de relever la plaque d’immatriculation.

Les gendarmes sont alertés, il ne leur faudra qu’un peu plus d’une heure pour retrouver la voiture signalée et ses passagers, dont le conducteur se serait débarrassé d’une boîte de munitions de 9 mm juste avant son interpellation. Tous deux sont entendus par les forces de l’ordre. Tous deux délivrent la même version, à quelques détails près. C’est elle qui a menacé et frappé son compagnon pour une histoire de jalousie. Alors qu’ils rentraient d’une soirée où ils ont consommé de l’alcool plus que de raison, elle aurait découvert des messages d’une autre femme dans le portable de celui qu’elle fréquente depuis huit mois. « J’ai pété les plombs. Je l’ai frappé fort au visage plusieurs fois. Il me demandait d’arrêter et a garé la voiture sur ce chemin. J’avais mon couteau, j’ai voulu le planter. Je ne suis pas une fille violente, c’est à cause de l’alcool », a-t-elle expliqué, en tant que témoin, ce jeudi 5 novembre, à la barre du tribunal correctionnel de Nîmes. Non loin d’elle, dans le box des prévenus, son compagnon, présenté en comparution immédiate.

« Le monsieur qui est intervenu a mal interprété, assure-t-elle. Je ne suis pas montée de force dans la voiture. Nous nous sommes réconciliés juste après. » Éberluée, la présidente du tribunal, Marie-Lucie Godard, réagit : « Le témoin est un menteur, alors ? » La jeune femme aurait-elle peur de son compagnon ? De le perdre ? Cherche-t-elle à le protéger ? À chacune de ces questions posées par le représentant du ministère public, elle a répondu par la négative. Quant au prévenu, il l’assure, il n’a pas frappé sa femme, il s’est défendu en la poussant. Lors de sa garde à vue, il avait nié avoir menacé le jeune témoin, mais face à la présidente Godard, son discours a évolué : « Je l’ai peut-être menacé, je ne me souviens pas, peut-être que oui. J’avais bu, mon problème c’est l’alcool ». Pas que puisque deux grammes de cocaïne ont été retrouvés sur lui lors de son interpellation.

La crainte du châtiment rend l’aveu difficile, surtout lorsqu’on a un casier judiciaire déjà fourni. Il a tout de même adressé ses excuses aux deux frères. Deux jeunes personnes qui depuis les faits souffrent d’angoisse, d’insomnie. C’est au moment des réquisitions du procureur de la République que l’aîné – qui s’est constitué partie civile – a craqué ne pouvant retenir ses larmes, notamment lorsque les troubles psychologiques de son petit frère ont été évoqués. « C’est navrant que cette histoire d’ivrognes fasse de vous et votre petit frère, des victimes », a lâché le conseil du prévenu, Maître Voulant, soulignant le courage du jeune homme qui s’est interposé entre le couple sans connaître la nature du danger. Le prévenu a été condamné à dix-huit mois de prison dont six avec sursis pour conduite sous l’emprise d’un état alcoolique et détention de stupéfiants en récidive, avec obligation de soins, de travailler et de suivre un stage sur la lutte contre les violences conjugales. Son maintien en détention a été prononcé.

Stéphanie Marin 

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