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NÎMES Pour ne pas oublier de vivre, PS

Patrick Siméon dans son atelier (Photo Anthony Maurin).

Patrick Siméon est un artiste à la philosophie pure et qui vaut le détour.

Patrick Siméon (Photo Anthony Maurin).

Patrick Siméon est un homme à part. Raseteur émérite par le passé, employé au Musée des cultures taurines de Nîmes et scénographe reconnu, il est aussi depuis quatre ans artiste à part entière. Interview.

Vous venez de vous lancer un nouveau défi artistitique, un concept à nous expliquer !

Je fais à peu près 300 oeuvres par an, parfois beaucoup plus ! Il y a tellement de choses sur lesquelles ont peu peindre avant d'acheter toile, un châssis et un cadre. Alors, je récupère du papier d'affichage, du papier collé déjà utilisé et maculé d'impressions. Je récupère aussi des cadres et des châssis délaissés que je récupère en me baladant. Il y a des choses partout dans la rue ! L'atelier Théo et Vincent me donne aussi des châssis et des cadres abimés.

Au sol, la matière première (Photo Anthony Maurin).

Vous recyclez par intérêt artistique, par économie ou par écologisme affirmée ?

L'aspect financier est important car si on multiplie 300 oeuvres par 50 euros de fournitures... Ça fait une belle somme ! Mais l'écologie me touche aussi, vraiment. Je travaille sans que cela ne me coûte cher et je valorise l'existant. Les papiers épais me servent de support, je chiffonne les affiches plus légères mais c'est souvent le cadre qui me donne l'idée de la couleur dominante de la peinture. C'est naturel, je fais ce que je veux, ce qui me passe par la tête. Tout ce qui est fait est fait pour vivre, pour être utilisé, c'est important. Oui, je suis un adepte de Claude Viallat et du support/surface qui recycle tout, c'est une nécessité première. Surtout quand on sait que nous allons perdre 80 % des artistes plasticiens l'année prochaine... Ils ne peignent même plus car ils n'ont aucune visibilité sur leur avenir.

Quelques oeuvres (Photo Anthony Maurin).

Vos personnages actuels sont intrigants, mystiques même difficiles à déchiffrer.

Avec ces personnages, chacun voit ce qu'il veut et ce qu'il peut. À l'origine, j'étais en train de regarder une vidéo de danse africaine un dimanche matin. Il y avait beaucoup de poussière et ces images m'ont fait penser à mes nouveaux personnages. Je me suis rendu compte que dans ce documentaire ils parlaient la langue Yoruba, en Afrique. Dans cette langue j'ai cherché comme on disait le mot personnage et j'ai vu Ohun Kiko, c'était parfait car ce sont des personnages mystérieux et c'est ce que ça veut dire. Certains y voient des arlésiennes, d'autres des japonaises ou encore des pénitents.

Les pigments secrets ! (Photo Anthony Maurin).

Vos couleurs sont très spéciales, étonnantes, quand on les découvre en vrai, pourquoi ?

J'ai l'incroyable chance de peindre avec des pigments naturels qui ont plus de 200 ans. Je les tiens des descendants du plus grand coloriste de l'époque, il était à Amsterdam et a fourni Van Gogh et les autres... Ces couleurs sont d'une profondeur rare, avec elles, le regard traverse l'oeuvre, il ne se réfléchit pas comme c'est le cas avec les peintures actuelles. C'est un honneur ! Le jaune est à base de souffre et c'est interdit aujourd'hui, le noir, c'est du suif... L'or, le bleu de Prusse, la terre de Sienne... Au plus on en fait de la mouture, au plus ces couleurs sont puissantes et se diffusent. Tu comprends pourquoi les artistes de l'époque mouraient à 50 ans d'un cancer ! Quand il n'y en aura plus, je me serai régalé, amen ! Mais il m'arrive aussi d'utiliser des peintures toutes prêtes...

Les sculptures de Patrick Siméon (Photo Anthony Maurin).

Et vous ne faites pas que dans le papier...

Je fais aussi des sculptures ! Quand je suis dans le Tarn en retraite, à l'isolement, les supports papiers imprimé comme les affiches publicitaires ou électorales n'existent pas trop donc il faut trouver autre chose. Il y avait du bois flotté, j'en ai pris et j'ai commencé à travailler dessus. Je fais aussi des supports avec du verre qui isole les fils électriques.

D'autres oeuvres (Photo Anthony Maurin).

Votre créativité est forte mais on ne vous voit pas beaucoup exposer, pourquoi ?

Ça fait quatre ans que je suis malade et donc que je peins. C'est thérapeutique. Je ne recherche pas des expositions à faire mais j'en fais quand même de temps à autre. Comme à Arles, il y a à peu près deux ans quand j'ai exposé 40 oeuvres au coeur des Cryptoportiques. La saison prochaine, de mars à novembre, je serai visible à l'hôtel de la Bégude saint Pierre à Vers-Pont-du-Gard. Enfin, normalement !

Patrick Siméon dans son atelier, devant ses pigments en bouteille (Photo Anthony Maurin).

Dernière question carte blanche. De quoi voulez-vous parler ?

Justement, de ma maladie. Personne ne sait vraiment ce que j'ai, c'est très compliqué car ça m'a pris du jour au lendemain. J'ai eu une grippe qui a duré plus de deux mois et je ne m'en suis jamais relevé. En fait, c'était le syndrome de fatigue chronique. Certains malades Covid ressentent un peu les mêmes difficultés. Apparemment ça apparaît après une maladie virale ou infectieuse. Tu es une loque humaine, là, on parle un peu mais après notre entretien je vais devoir aller me coucher pendant deux heures ! Je peins assis à table ou par terre pendant 20 minutes, rarement plus car j'en suis incapable. Je me mets à trembler et mon corps s'affaisse, c'est assez violent.

Entouré de créations thérapeutiques mais pas que ! (Photo Anthony Maurin).

Un changement radical de vie.

Le plus compliqué ça a été avec les médecins qui ne me croyaient pas car tous les examens étaient bons. Je me suis dit qu'il y avait vraiment quelque chose d'anormal quand, une fois cette grippe finie, j'ai dû sortir. Je suis allé marcher dans la rue et je me suis claqué un muscle qui est pourtant robuste. Je suis un ancien sportif professionnel, cela n'était pas normal... Mon corps ne fonctionnait plus, c'est une amie qui a pensé à ce syndrome et j'ai dû être pris en charge par des docteurs de Montpellier et Marseille.

Patrick n'a jamais compris pourquoi les peintres qui posent pour des photos prennent des pinceaux sans peinture pour faire semblant d'être au travail (Photo Anthony Maurin).

Et aujourd'hui, comment ça va dans la vie de tous les jours ?

Je fais avec, je ressens une amélioration. Il y a quand même 2 % des Français qui ont cette maladie mais elle n'est pas reconnue par la Sécurité sociale, c'est très difficile pour le travail. Tous les coups de cornes que j'ai pu prendre ressortent, notamment celui qui m'a tout arraché au niveau du triangle de scarpa. Mais ma famille et mes amis n'ont pas à souffrir de ce que je souffre, j'accepte de ne plus être comme avant. Il est très important de le comprendre et de l'accepter, je ne suis plus le même et grâce aux psys, c'est un pas de plus de franchi.

Pour en savoir plus, l'atelier de Patrick Siméon.

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 37 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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