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FAIT DU JOUR À vélo, Roland Fangille est parti rejoindre les étoiles

À 81 ans passé, Roland Fangille continuait de monter sur un vélo (Photo DR)

Avec la disparition de Roland Fangille, décédé hier à Alès des suites de la covid-19, c'est une figure emblématique du sport gardois qui nous a quittés. Retour sur le parcours du fondateur de la course cycliste "L'Étoile de Bessèges", amoureux de son sport et homme au grand coeur.

Après s'être vu refuser par son frère de faire comme lui de la boxe, c'est vers le cyclisme que Roland Fangille se tourne enfant. Une longue histoire d'amour qui débute en Lorraine, près de Metz, et qui le pousse même à emporter son vélo avec lui lorsqu'il est envoyé de l'autre côté de la mer Méditerranée pour effectuer son service militaire durant la guerre d'Algérie.

C'est à son retour que ce coureur amateur de 1ere catégorie débarque dans le Gard. "Il s'était fait un ami qui habitait Bessèges. Roland a pris son Vespa avec son vélo sur le dos et il a fait la route pour passer les vacances. Il n'est jamais reparti", raconte Patrick Herse, qui devient d'abord bénévole de "L'Étoile de Bessèges" en 1983 avant de suivre le même chemin que Roland où il quitte Paris pour devenir son bras droit en 2006.

La carrière cycliste du Cévenol d'adoption dure 15 ans et s'écrit surtout chez les amateurs dans une catégorie appelée à l'époque les "indépendants". Il a quand même l'opportunité de participer pendant deux saisons à des courses professionnelles (en 1965 et 1966). Quatre ans plus tard, il arrête sa carrière à 31 ans et décide avec une bande d'amis de créer une course cycliste à Bessèges.

"On avait demandé 5 francs aux commerçants de la commune", rappelait l'intéressé il y a quelques mois afin de boucler un budget de 3 000 francs pour pouvoir faire la course. Avec seulement 22 partants sur la ligne de départ, dont certains qui dormaient chez l'habitant, l'Étoile de Bessèges voit le jour la première semaine de février 1971.

Ricard, tapenade et tartare

La course en ligne devient par étapes à partir de 1974 et trouve son nom dans le tracé du parcours qui renvoie aux branches d'une étoile. "C'est aussi grâce à lui qu'elle a existé", a toujours clamé Roland au sujet de son ami Raymond Poulidor, décédé il y a un an et six jours, qui était présent dès la première édition. L'annonce de la venue de "Poupou" avait créé l'effervescence dans les rues de Bessèges.

Il prendra le départ à sept reprises et reviendra plus tard chaque année en tant que directeur sportif, ambassadeur, responsable du protocole ou encore invité d'honneur. De quoi aider au développement de la compétition. Mais l'éternel second du Tour de France venait aussi pour participer à l'incontournable concours de belote organisé le lundi avant le début de l'épreuve.

Roland Fangille au côté de son ami de toujours, Raymond Poulidor (Photo Département du Gard)

Les deux amis avaient même joué une fois ensemble et ils avaient terminé... deuxième, une place que connaissait bien Poulidor. Des parties endiablées à plus de 50 équipes qui se déroulaient toujours au même endroit, dans la brasserie "Didier Racing", située à Alès et ouverte en 2006. "C'était folklorique ! C'était un plaisir de le recevoir, il avait toujours le sourire. Il buvait toujours son Ricard avec sa tapenade et un tartare pour le plat. Il adorait quand je disais fort à mon personnel : "offrez le café à M. Fangille !" C'était notre rituel. C'est une personne inoubliable", réagit avec émotion le gérant Didier Bazalgette qui a servi un des ses clients favoris pour la dernière fois début octobre. Ce lieu était le QG de Roland où il venait pour se détendre mais aussi pour organiser des réunions de travail.

"Un testard comme on dit chez nous"

Si l'on évoque sa joie de vivre, ce bon vivant qui ne refusait jamais un petit apéritif, ses proches retiennent aussi son exigence dans le travail. "C'était un personnage. Un testard comme on dit chez nous mais un homme avec un grand coeur", confie Patrick Herse. "Dans le travail il était très sévère, il fallait que tout soit calé à l'avance", ajoute Didier Bazalgette qui se chargeait de nourrir les membres de l'organisation pendant "L'Étoile de Bessèges".

Une course cycliste, inscrite au calendrier européen du circuit professionnel, devenu un rendez-vous majeur du début de saison pour les équipes professionnelles et qui n'a jamais cessé de grandir pour fêter sa 50e édition en 2020 avec toujours son fondateur à la manœuvre et des bénévoles plus que motivés. "On ne pensait pas être là après 50 ans, c'est quand même un exploit", concédait-il à notre micro le jour du départ en février dernier.

Max Roustan et Roland Fangille ont donné le départ de la course. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Roland Fangille, avec son éternelle casquette orange et noire, devant le maire d'Alès, Max Roustan (Photo Tony Duret / Objectif Gard)

Un évènement qui a pu se tenir juste avant l'arrivée de ce fichu virus venu nous gâcher la vie et qui a emporté Roland après qu'il a été été hospitalisé une dizaine de jours à Alès. Un passionné de vélo qui a aussi fait carrière dans les meubles et avait fondé sa propre entreprise à Bessèges, transformé aujourd'hui en garage par son beau-fils, marié à l'une des filles, Cécile, soeur de Claudine.

Son Étoile, diffusée depuis trois ans sur la chaîne L'Équipe, représentait chaque année un combat permanent surtout lorsqu'elle a failli disparaître en 2019 à cause du non remboursement des frais d'étape d'un montant de 36 000 € par la commune de Laudun-L'Ardoise. Mais la détermination de Roland a poussé les collectivités locales à se mobiliser pour sauver l'affaire et repartir de plus belle.

Mais quel avenir sans lui désormais ? "Il faut que les gens soient toujours motivés pour venir m'aider. Certains de nos bénévoles sont âgés, avec la covid ils vont peut-être hésiter à repartir", s'interroge Patrick Herse, successeur désigné de celui qui avait annoncé qu'il voulait prendre du recul. L'édition 2021 était donc prévu sans Roland à la tête des opérations.

Le budget est bouclé (environ 800 000€, NDLR), la course est programmée du 3 au 7 février 2021 et les organisateurs travaillent clairement dessus. À mois que le départ de ce "grand monsieur du sport gardois", comme il a été défini par différentes personnalités locales, vienne changer la donne notamment pour sa fille Claudine, très investie dans la course. Une décision sera officiellement prise début décembre. Des étoiles, son papa surveillera tout ça de très près, une dernière destination qu'il a forcément rejoint à vélo.

Corentin Corger

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