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FAIT DU JOUR Johnny Ecker : « Je suis Croco à 3 000% »

L’ancien défenseur central formé à Nîmes a porté le maillot de l’OM pendant trois saisons, mais son club de cœur reste le NO.

Johnny Ecker avec un maillot qui lui est cher (photo Norman Jardin)

Aujourd’hui épanoui avec le club qu’il a fondé, l'Espoir Football Club Beaucairois, Johnny Ecker a vécu de grandes émotions avec Nîmes et Marseille. Du National à la Ligue 1 et de la Coupe de France à la Ligue des Champions, l’ancien Crocodile se replonge dans les bons moments sans oublier les blessures et les actes manqués. Rencontre avec un Beaucairois qui a laissé la langue de bois aux vestiaires.

« Je suis Normand, fier de l’être et Sudiste d’adoption. » Depuis toutes ces années où Johnny Ecker fait partie du paysage footballistique gardois, on en avait oublié que c’est loin des arènes de Nîmes qu’il a vu le jour. Ses racines sont à Rouen et il n'a pas oublié les onze premières années de sa vie dans la ville aux cent clochers : « Tout est vert. On a souvent le parapluie à la main mais la Normandie est une superbe région. » Mais en 1984, la famille Ecker change de cap et prend la direction de Beaucaire. Un virage un peu brutal pour le petit Johnny : « Ça a été difficile de quitter mon école et mes copains. Ici il y avait des moqueries par rapport à mon accent.» Le Rouennais s’adapte, il prend goût à cette nouvelle région et la mentalité qui va avec.

Repéré par Michel Estevan et René Girard

Il reprend le football au Stade Beaucairois et ses qualités au-dessus de la moyenne ne laissent pas insensible ni Michel Estevan, qui le fait jouer en seniors alors qu’il n’a que 17 ans, ni René Girard qui lui demande d’intégrer le centre de formation du Nîmes Olympique. Il rejoint ce dernier l’année de sa majorité, mais ses activités d’horticulteur à Châteaurenard le contraignent à n’évoluer qu’avec la troisième équipe senior, en DH. « Trois fois par semaine, mon beau-père m’amenait à l’entraînement après sa journée de travail et il m’attendait dans la voiture pendant deux heures. Je savais ce que c’était de me lever tous les matins pour faire huit heures de boulot. »

Dans la pouponnière nîmoise, il fait la connaissance des Ramdane, Jeunechamp, Preget et les autres. Il est pris en main par Jean-Pierre Oziol et Émilio Salaber, « deux personnes qui m’ont énormément apporté ». Lors de ses années d’apprentissage, il contracte la passion du Nîmes Olympique : « Je suis Croco à 3 000 %, j’ai l’âme nîmoise. Ça ne m’empêche pas de supporter l’OM et le LOSC, les clubs dans lesquels je suis passé. Guingamp, c’est autre chose. »

Son premier contrat amateur lui permet de se consacrer entièrement au football. Il s’entraîne sous la direction de René Girard, Gérard Bernardet et Pierre Barlaguet. En octobre 1993, on vient le chercher pour lui annoncer que René Exbrayat l’a choisi pour s’entraîner avec les pros. Quelques jours plus tard, il est du voyage pour un match à Bastia (victoire du NO 2-1 avec un doublé de Martel). « C’est ma première feuille de match. Un baptême du feu à Furiani. Je n’avais jamais pris l’avion, j’en ai pris plein la vue ». Johnny fait une première apparition aux Costières face à Charleville (défaite 0-1, le 23-10-1993) puis enchaîne une première titularisation, quatre jours plus tard, lors de laquelle il marque contre Beauvais (victoire 3-1, 27-10-1993). Malheureusement, Nîmes rate la montée en D1 à cause d’un point de retard sur Bastia.

Obélix le menhir

La saison suivante les résultats sont catastrophiques. Skoblar et Girard se succèdent sans réussite à la tête de l’équipe. Puis Pierre Barlaguet devient l’entraineur mais il ne peut redresser suffisamment la barre pour éviter une humiliante relégation en National. Une découverte pénible pour une équipe qui s’enlise dangereusement dans le bas du classement. Mais en parallèle, les Nîmois font un parcours en Coupe de France gravé dans la légende.

« En finale, la tribune toute rouge, j’en ai encore la chair de poule »

Après avoir éliminé Lunel, Castelnau-le-Crès, Muret, Sète, Saint-Priest, Saint-Étienne, Thouars, Strasbourg et Montpellier, les Crocodiles se retrouvent en finale face à Auxerre, le nouveau champion de France. « J’ai des souvenirs des premiers tours où nous avions énormément galéré. Ce qui nous a fait tenir c’est que nous étions une bande de copains soudés. » Ses collègues le surnomment « Obélix » car un jour Pierre Barlaguet a dit de lui qu’il était solide comme un menhir. Il en rigole « Maintenant, ils m'appellent le Gros ! »

Ecker est épanoui en président de l'EFCB (photo Norman Jardin)

Cette saison 1995-96 réveille des émotions inoubliables, « en finale il nous a manqué l’expérience, sur un des buts de l’AJA, Laurent Blanc s’appuie sur moi. Cette ambiance reste dans ma tête. Quand on est entrés sur le terrain et que nous avons vu la tribune toute rouge, j’en ai encore la chair de poule.» Les frissons envahissent aussi l’ancien défenseur central lorsqu’il pense au retour des joueurs à l’aéroport de Nîmes-Garons : « On ne s’y attendait pas. C'était plein à craquer avec des fumigènes et une haie d’honneur pour que l’on puisse passer. Il y avait des milliers de supporters. »

Des claques à Ajaccio

Auxerre étant champion, le finaliste de la Coupe de France est qualifié en Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe. Nîmes affronte les Hongrois de Kispest Honved au premier tour puis les Suédois de l’AIK Solna au second. Johnny marque un but en Hongrie mais l’aventure s’arrête face aux scandinaves. Peu importe car le plus important se joue en championnat avec la montée en D2 décrochée à l’issue de la saison. Il y a aussi des moments chauds. En particulier contre le Gazélec Ajaccio. Au match aller des incidents ponctuent la rencontre et avant le retour en Corse, Stan Karwat, le gardien de but nîmois, fait monter la sauce dans les médias.

Inutile de préciser que l’accueil au stade Ange-Casanova est très tendu. Les vestiaires nîmois sont tapissés d’articles de presse relatant les propos de Karwat. Finalement, le public Corse quittera la rencontre déçu car Nîmes s’impose 3-0. « Antoine Di Fraya nous avait rassuré mais ça ne nous avait pas empêché de prendre des tartes », commente le défenseur

Ecker avec Lille contre La Corogne et Diego Tristan en 2001 ([Photo via MaxPPP)
Après six saisons à Nîmes, Ecker prend le large. « Je pars à grand regrets, mais j’avais l’impression de stagner. » Troyes et Laval le veulent mais c’est à Lille qu’il tente une nouvelle aventure. « J’ai fait le bon choix car cela m’a fait progresser. Nous sommes montés en D1 et puis il y a eu une qualification en Coupe d’Europe ». En 2002, des clubs italiens (Côme), anglais (Everton et West Ham), espagnols et français (PSG, Lens et Monaco) suivent Johnny mais c'est l’Olympique de Marseille qui le recrute.

Au marquage de Figo, Raul et Ronaldo

La période marseillaise est faste en émotion avec une qualification pour la Ligue des champions et une finale de coupe de l’UEFA contre Valence (il est remplaçant) en 2004. Les matches contre le Real Madrid sont restés dans la mémoire du Beaucairois « J’ai la chance d’être au marquage sur Figo, Ronaldo (NDLR, le Brésilien) et Raul. J’ai même récupéré les maillots de Ronaldo et Raul. À Santiago Bernabeu, on entendait plus nos supporters que les leurs ». En 2005, José Anigo est débarqué au profit de Philippe Troussier avec qui le courant  ne passe pas du tout.

« J’avais le rêve d’être responsable du centre de formation de Nîmes »

Après une saison à Guingamp (L2) pas inoubliable, Ecker revient au Nîmes Olympique en 2006, à la demande de Michel Mézy, alors conseiller de Jean-Louis Gazeau. Mais une vilaine entorse à la cheville gâche ce retour. Il met un terme à sa carrière de footballeur professionnel après trois opérations.« J’en garde un souvenir amer. Goursat est arrivé et il a fait beaucoup de mal au club. Lors d’une réunion, je lui ai dit devant tout le monde mais personne ne m’a suivi. Ça a été la descente aux enfers pour moi.» Johnny aurait bien aimé rester à Nîmes pour apporter son expérience au centre de formation, mais ce n’était plus possible. Il fait tout de même des courts passages à Bagnols/Cèze et au Stade Beaucairois.

Ecker face à Figo [Photo via MaxPPP]
Pourquoi pas un retour au NO dans le futur ? « Il ne faut jamais dire jamais. Aujourd’hui il y a des gens qui sont anti Ecker à Nîmes. J’ai longtemps espéré sans jamais le demander. J’avais le rêve d’être responsable du centre de formation de Nîmes, avec des garçons comme Ramdane. À Montpellier, il n’y a que des anciens et l’équipe tourne. »

« Ce n’est pas facile mais je m’éclate »

Désormais, l’ancien Crocodile a tourné la page. En 2015, avec son ami Laurent Quinto, il créé l’Espoir Football Club Beaucairois. « Ce qui nous arrive est exceptionnel. Toutes nos équipes jouent au plus haut niveau régional.» Le club compte 330 licenciés dont une vingtaine d’éducateurs.

« On a onze joueurs qui sont entrés dans des centres de formation et on est le seul club amateur, hors Bouches-du-Rhône, à avoir un partenariat avec l’OM. Trois joueurs passés chez nous ont intégré les équipes jeunes de Marseille. » À Beaucaire Johnny Ecker réalise ce qu’il rêvait de faire à Nîmes. « Je m’éclate, j’y suis tous les jours pour m’occuper de la buvette, des équipements et autres. Je fais ça par passion ! » Parfois les jeunes Beaucairois vont même sur les terrains de la Commanderie et certains sont recrutés par Montpellier.

L'ancien Crocodile à la lutte avec un certain Lionel Messi (photo Maxppp)

Et Nîmes dans tout ça ? « Ils n’ont jamais voulu travailler avec nous, mais quand ils veulent un de nos joueurs ils passent directement par les parents, sans nous consulter. Sept joueurs de chez nous ont signé au NO mais pour aucun je n’ai reçu un appel du club. Je ne le conçois pas car il y a un code de vie à respecter entre les clubs. J’aime certainement plus Nîmes Olympique que 80% des gens qui y travaillent. » Le but pour l’EFCB est maintenant de pérenniser les équipes au plus haut niveau régional.

Johnny se plonge parfois dans les vielles photos des années où avec ses copains ils redoraient le blason nîmois en Coupe de France et d’Europe. « Mon grand regret c’est de ne pas avoir joué en D1 avec Nîmes. » Mais aujourd’hui il y a bien plus que 25 kilomètres qui séparent l’ancien Crocodile et le Nîmes Olympique. Si près et si loin à la fois.

Norman Jardin 

 

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