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BEAUCAIRE Ciments Calcia : un projet à 30 millions d’euros et une grève en soutien aux salariés ardéchois

L'usine Ciments Calcia a été construite en 1925 sur la route de Saint-Gilles, à Beaucaire. (Photo : Ciments Calcia)
L'usine Ciments Calcia a été construite en 1925 sur la route de Saint-Gilles, à Beaucaire. (Photo : Ciments Calcia)

Le groupe allemand HeidelbergCement prévoit un programme d'investissements de 400 millions d'euros concentré sur les quatre principaux sites émetteurs de CO2 de la société industrielle Ciments Calcia, rachetée en 2016. L'usine de Beaucaire en fait partie. Une enveloppe de 30 millions d'euros lui sera consacrée.

L'usine Ciments Calcia de Beaucaire se prépare à lancer un vaste chantier de modernisation pour un montant de 30 millions d'euros. Le dernier projet qui avait nécessité un tel investissement (27 millions d'euros) date de 1999 et portait sur le système de filtration, la manutention et le stockage des matières. Cette fois-ci, il s'agit pour le site beaucairois de réduire ses émissions de CO2. L'enjeu de cette opération engagée par le groupe allemand HeidelbergCement, dont l'usine gardoise est l'une des filiales depuis 2016, est à la fois environnemental mais aussi économique puisque l'industrie est soumise à la taxe carbone qui ne cesse d'augmenter.

"Nous avons atteint un taux de substitution d'environ 40%"

Dans la fabrication du ciment, l'énergie est l'une des deux sources de CO2. Une source sur laquelle la société industrielle travaille au niveau national depuis de nombreuses années pour remplacer les ressources fossiles par des ressources alternatives, comprenez des déchets revalorisés. "Aujourd'hui, nous avons atteint un taux de substitution d'environ 40%. L'ambition est d'arriver à 75% à l'horizon 2025-2026", précise Anton Kollmann, directeur du site Ciments Calcia de Beaucaire.

L'homme d'origine autrichienne peut faire valoir une expérience solide dans le secteur de la cimenterie après avoir travaillé en Russie, en Allemagne et au Gabon pour le compte du groupe HeidelbergCement. Il a posé ses valises en Terre d'Argence en 2018 pour prendre la direction de l'usine beaucairoise implantée sur un terrain de 14,5 hectares. Une unité qui produit 700 000 tonnes de ciment par an et emploie 114 salariés.

Une activité en baisse de 5% en 2020 par rapport à 2019

Une entreprise dont l'activité a été fissurée par la crise sanitaire notamment lors du premier confinement puisque le secteur du bâtiment était à l'arrêt. "Nous avons enregistré une perte de 50% des ventes sur deux mois et demi, précise Anton Kollmann. Mais nous avons en partie rattrapé ce retard durant l'été et lors du deuxième confinement nous étions au niveau du budget prévisionnel. Nous terminerons donc l'année avec une perte de 5%, ce qui est plutôt correct pour une année de crise." La crainte persiste malgré tout car l'impact d'une crise, dans ce secteur d'activité, ne se ressent pas dans l'immédiat mais en décalage de 12 à 18 mois, soit les délais administratifs, par rapport à l'économie quotidienne du marché.

Pas de quoi en tout cas stopper les projets en cours tel que ce programme d'investissements lancé par le groupe allemand au niveau national, de 400 millions d'euros dont 30 injectés dans l'usine de "la Belle Pierre" pour un chantier de modernisation qui devrait démarrer en 2022. En quoi va-t-il consister ? "Nous allons travailler sur la ligne de cuisson existante afin de la rendre plus efficace thermiquement parlant. Cela passe par la modernisation du refroidisseur à clinker pour un montant de 4 millions d'euros, explique le directeur du site beaucairois. On prévoit également d'élargir notre espace de combustion. C'est-à-dire un allongement de la conduite de 25 à 60 mètres, pour donner plus de temps aux combustibles de réagir avec l'oxygène." S'ajoutent les créations d'un espace de 200 à 250 m2 pour recevoir, stocker et alimenter dans le système de four plus de combustibles alternatifs et d'un bi pass.

Les salariés ardéchois de la société Ciments Calcia ont occupé ce jeudi le site de Beaucaire. (Photo : Stéphanie Marin/Objectif Gard)

Ce jeudi 17 décembre, dès 7 heures, une cinquantaine de salariés ardéchois de la société Ciments Calcia occupaient le site de l'usine beaucairoise, créant ainsi une longue file de camions stationnés le long de la route de Saint-Gilles. Leur site situé à Cruas et spécialisé dans la production de ciment blanc est menacé de fermeture. 66 emplois sont en jeu. "Il semblerait qu'on perdre de l'argent, mais quand on leur demande des comptes, on ne nous donne pas de chiffres, souffle Patrice Vigouroux, délégué syndical CGT de Ciments Calcia Cruas. Alors aujourd'hui, il semblerait que par rapport à des normes de CO2, à un problème de rentabilité, on s'apprête à faire rentrer du ciment blanc qui viendrait d'Espagne, mais produit par un industriel turc."

Des salariés ardéchois en colère

Les salariés de Cruas ont donc décidé de faire entendre leur crainte et leur colère sur le site de Beaucaire, après une première opération, de dimension nationale, dans les Deux-Sèvres le 26 novembre dernier. "Depuis, la tension au sein des salariés est montée d'un cran. C'est pour cela qu'aujourd'hui, nous avons décidé de nous déplacer sur ce site. Ce sont nos copains", assure Patrice Vigouroux.

Ces copains se sont montrés solidaires, la CGT Ciments Calcia Beaucaire a appelé à la grève ce jeudi à partir de 5h. "Nous soutenons nos collègues touchés par le projet de la direction qui aura un impact direct sur ces salariés concernés mais aussi sur l'ensemble de l'entreprise et de tous les sites et le siège", réagit Jean-Sébastien Loeuil, délégué syndical beaucairois. Concernant l'usine de Cruas, sa fermeture serait prévue pour juin 2022, "soit 18 mois après l'annonce", insiste Patrice Vigouroux.

Les salariés ardéchois ont rencontré ce jeudi matin, Anton Kollmann, directeur du site de Beaucaire. Ils lui ont demandé d'arrêter le four de l'usine. Une demande rejetée. (Photo : Stéphanie Marin/Objectif Gard)

En effet, le 18 novembre dernier, la direction générale de Ciments Calcia annonçait en même temps que le programme d'investissements, un projet de réorganisation de deux sites industriels ainsi que du siège social. Un projet qui prévoit la transformation de l’usine de Gargenville (Yvelines) en centre de broyage. Cette transformation intervient "dans un contexte d’incertitude liée aux nombreux recours (12 recours) contre l’ouverture de la nouvelle carrière. [...] Cette adaptation permettrait de pérenniser ce site stratégique pour Ciments Calcia, notamment par sa capacité d’approvisionnement du bassin parisien par voie fluviale", explique la direction générale. La ligne de cuisson et l’exploitation de la carrière seraient donc arrêtées. L’organisation du siège social de Guerville, toujours dans les Yvelines, devrait également être revue afin de "l’adapter aux transformations de l’entreprise."

Quant à l'usine de Cruas en Ardèche, "elle répond à un marché de niche et sa compétitivité est remise en cause. Un projet de transformation est en cours de négociation pour en faire un terminal de distribution de ciment", justifie Catherine Barbier-Azan, directrice de la communication Ciments Calcia France. Ce projet de réorganisation entrainerait la suppression de 162 postes et la création de 20 autres postes. "Il y a pour les salariés plusieurs possibilités : le principe des départs volontaires, les départs à la retraite à remplacer et le reclassement interne", ajoute-t-elle. Un discours qui est loin de convaincre l'assemblée réunie sur le site de la "Belle Pierre". "Ce n'est que du vent. Sur tous les sites les effectifs fondent comme neige au soleil. Il n'y a pas 162 postes, ce n'est pas vrai", conteste Patrice Vigouroux. Reste à abattre la carte du reclassement externe.

Stéphanie Marin

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