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LE 7H50 de Raphaël Mauger, gérant de la Bourse à Pont-Saint-Esprit : « Il faut une aide pour tout le monde »

Raphaël Mauger a repris La Bourse à Pont-Saint-Esprit avec sa compagne, Julie, en août. Ils ont développé un nouveau concept de caviste-brasserie pour "redorer le blason" de l'établissement. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Cet été, Raphaël Mauger et sa compagne, Julie, 25 et 28 ans, ont repris l'un des plus anciens restaurants de Pont-Saint-Esprit : La Bourse. Ils ont ouvert le 8 octobre sous forme de caviste-brasserie pour seulement trois semaines puisque le Gouvernement a exigé la fermeture des bars et restaurants le 29 octobre pour enrayer la propagation de la covid-19. Sauf que les deux nouveaux entrepreneurs spiripontains n'ont pas le droit au fonds de solidarité car leur activité a débuté après le 31 août...

Objectif Gard : Vous avez pu seulement ouvrir votre établissement pendant trois semaines. Comment avez-vous réagi à l'annonce du Gouvernement de fermer les bars et restaurants fin octobre ?

Raphaël Mauger : On a eu trois semaines d'activité où c'était super parce que les gens venaient profiter de notre cuisine française revisitée. On a beaucoup de gens qui nous soutiennent : la gendarmerie, la mairie aussi... Quand on a su qu'on allait devoir fermer, on a mis en place de la vente sur place et à emporter. On savait qu'on voulait faire une activité caviste donc on a mis ça en place très rapidement. On va avoir plus de 300 références de bières, 100 références de rhums et de whiskies et 150 de vins et champagnes. On a mis des coffrets cadeaux pour Noël qui ont bien marché.

Ça a dû être un coup dur de devoir fermer au bout de trois semaines seulement...

Ça nous a fait mal au cœur. On est à -70% du chiffre d'affaires prévu. Mais ça va, on fait quand même 30% par rapport à l'objectif qui était fixé.

Et en tant que nouvelle activité, vous n'avez pas le droit au fonds de solidarité...

On aurait 1 500-2 000 € du fonds de solidarité, le minimum, on aurait pu s'en sortir. On comptait dessus en ouvrant. On s'était dit : on fera les travaux, on mettra tout en place. On ne s'épuiserait pas comme là... On se fatigue pour deux cafés, pour deux machins... On ne comprend pas pourquoi on n'y a pas droit aujourd'hui. Pourquoi une case n'a pas été créée pour accorder le fonds de solidarité aux gens qui ont ouvert après le 31 août ? Nous, on a la chance d'avoir le bar central de la ville donc il y a du passage mais à Alès, la Bergerie du Vignoble, n'a pas cette chance-là... Elle vient d'ouvrir il y a un mois et demi, elle est dans le même cas.

Raphaël Mauger et sa compagne, Julie, ont investi toutes leurs économies pour reprendre La Bourse. Si la réouverture des bars et restaurants n'intervient pas très rapidement et sans droit au fonds de solidarité, leur affaire pourrait bien être menacée. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Vous avez envoyé plusieurs courriers au député Anthony Cellier mais aussi au cabinet d'Emmanuel Macron ?

Oui. On nous a répondu : "Le restaurant de La Bourse a réellement débuté son activité commerciale le 8 octobre. Par conséquent, si l'entreprise n'a pas versé de salaire ou réalisé de chiffre d'affaires avant le 30 septembre, elle n'est pas éligible aux aides du fonds de solidarité pour les pertes d'octobre, novembre et décembre 2020." On ne comprend pas. On est jeunes, on se lance, on investit, on bosse... et non. ! On a aussi reçu une réponse bateau du secrétariat du Président.

Est-ce que vous vous sentez un peu comme les oubliés du Gouvernement ?

Oui, oui, on est oubliés. On a la maison en caution. On a un petit de six mois... On a balancé toutes nos économies. Si ça coule, la maison part avec. On a la CCI qui nous a contacté pour un prêt mais il faudra le rembourser. On comprend que les restaurants peuvent être des endroits où le virus peut se propager. Mais si l'État décide de nous fermer, il faut qu'il nous indemnise. Il faut une aide pour tout le monde. Nous on a respecté les gestes barrières, on a du gel hydroalcoolique partout, on a fait des espaces suffisants... On a de la place, on peut accueillir 100 convives donc si on n'en a que 50, c'est pas grave.

Comment survivez-vous aujourd'hui ?

On est un couple donc on ne se tire pas de salaire. On fait la vente à emporter de burgers et de cuisses de grenouilles. Quand j'ai payé la marchandise, le loyer, l'électricité et toutes les charges, au final, on n'est pas rentables. Mais on n'a pas le choix de rester ouvert. On n'a pas 10 000 € par mois. On ne met rien de côté. On perd parce que les charges sont plus fortes. Ça ne comble pas. On travaille dans le vide. C'est ça qui est fatigant mais on se fait de la publicité, c'est ça qui est bien.

Comment vous le vivez au quotidien ? Ça doit être très angoissant pour l'avenir ?

On aurait le fonds de solidarité, on serait sauvés. Vu qu'on vient de démarrer, notre crédit a été revu à la baisse à cause du covid, on avait moins de trésorerie pour démarrer. On avait réussi en décembre à faire un peu de trésorerie mais cette semaine, ça fait peur, ça retombe. C'est insuffisant. On avait réussi à repousser le crédit jusqu'à février mais si le crédit retombe après, on ne sait pas comment le payer. Si la réouverture redémarre en février ou mars ça va. Si c'est après avril, ça va être très très chaud... On est hyper stressés et le problème, c'est que ça se sent. J'essaye de rester zen, de rester cool, de ne pas le transmettre aux clients.

Propos recueillis par Marie Meunier

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