Faits Divers

GARD Un bien curieux armurier condamné à 4 ans de prison

(Photo d'illustration : Anthony Maurin).

Près de 2 400 armes, éléments d'armes et munitions ont été trouvés chez lui à Saint-Gilles.

(Photo Anthony Maurin).

C'est un simple paquet cheminant par la Poste avec l'inscription "jouets en plastique", qui a attiré l'oeil des douaniers.

À l'intérieur, il y avait en réalité 37 éléments d'armes. Un colis parti d'Honolulu et surveillé comme l'huile sur le feu depuis son arrivée en France par les douaniers jusqu'à sa destination finale, une villa de Saint-Gilles dans le Gard en septembre 2018.

"Qu'alliez-vous faire de ces armes ?", interroge, ce jeudi 28 janvier, le président du tribunal correctionnel de Nîmes, Jean-Pierre Bandiera. "Il ne s'agit pas d'armes, mais des éléments. Ce n'est absolument pas pareil", répond le prévenu détenu, âgé d'une trentaine d'années. Il était jusqu'à cette affaire inconnu des services de police et présentait le profil lisse d'un entrepreneur en BTP.

"C'est avant tout un passionné d'armes, il ne fait pas dans le trafic. Oui, parfois il fait quelques opérations mais il ne s'agit pas d'un réseau ou d'un trafic comme vous l'entendez", tonne son conseil, maître Nadia El Bouroumi. Pourtant cet homme a acheté via Internet et des sites spécialisés près de 48 000 euros d'armes et éléments en un an, résume à l'audience le magistrat.

" Il importe des éléments d'armes en cachant cette activité. Et, avec des éléments séparés vous faites une arme, dénonce pour sa part le procureur de la république, Éric Maurel. Il achète des armes, des éléments d'armes, mais que deviennent-ils ensuite ? Ils sont vendus au milieu du banditisme, aux terroristes ?  Moi, je suis là pour assurer la protection des particuliers. À Nîmes, en 18 mois il y a eu 13 règlements de comptes mortels. Nous avons trouvé une multitude de dépôts d'armes illégaux à Nîmes, à Pont-Saint-Esprit, à Aigues-Mortes." Il ajoute : "d'ailleurs si tout cela était légal dans le cadre d'une activité d'armurier comme il l'affirme, on aurait un bilan, un livre journal, un bordereau d'achat et de vente pour chaque transaction. Non. Là tout est secret et pour cause."

Le prévenu, lui, se présente depuis son interpellation comme un collectionneur, non plutôt comme un armurier « l’échelon au-dessus » dit-il pour essayer de justifier l’armada trouvée à son domicile de Saint-Gilles. Elle comprenait 2 363 armes, éléments d'armes, munitions dont un pistolet automatique et un fusil mitrailleur.

Un homme à "l'ego surdimensionné", ayant "une tendance à surévaluer sa propre importance" dira un expert psychologue appelé à la rescousse pour essayer de comprendre le prévenu qui a réponse à tout. Il clame toujours aussi haut qu'il est une victime. Contrairement à lui, il affirme que les policiers, les juges et même le balisticien intervenus dans ce dossier auraient une mauvaise connaissance de la législation sur les armes.

"Mais vous êtes tellement fort que vous devriez devenir expert judiciaire", glisse avec humour le procureur Maurel. Le prévenu répond du tac au tac et mais lui très sérieusement : "oui, justement c'est mon désir de le devenir !"

En attendant, le prévenu est condamné à 4 ans dont une année avec sursis. Il lui est interdit de détenir une arme pendant 15 ans, d'exercer une activité commerciale pendant 10 ans et de séjourner dans le Gard pendant 5 ans. Inutile de dire que sa future carrière d'expert judiciaire est compromise !

Boris De la Cruz

Boris De la Cruz

Journaliste, je suis passionné par les faits divers, la justice et la politique. Je collabore à Objectif Gard et à des médias nationaux.

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