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COLLIAS La mairie tente un dernier sauvetage des deux moulins bordant l’Alzon

Le moulin Roger-Fages, un peu en aval de celui d'Henry Revezy, doit aussi être détruit. (Marie Meunier / Objectif Gard)
Mairie et associations aimeraient que les deux moulins bordant l'Alzon soient conservés, constituant un pan de patrimoine du village. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Deux moulins bordant l'Alzon sont menacés de destruction. Ils font partie des biens "exposés à un risque naturel majeur" identifiés après les inondations de 2002, et doivent donc être expropriés et démolis. Sauf qu'ils constituent aussi un pan du patrimoine du village de Collias et élus, associations et habitants aimeraient les conserver, sans qu'ils soient pour autant habités. Mais ce n'est pas si simple...

L'association pour la protection du Gardon et de ses affluents et son président, Jean-Marc Esberard, ont lancé une pétition pour tenter de sauvegarder les deux moulins et leur seuil. Près de 1 250 signatures ont été recueillies. À l'association, on comprend bien que les deux bâtiments ne peuvent plus être habités car exposés au risque inondation mais on a imaginé d'autres fonctions : peut-être un musée pour le moulin Remezy ou un poste de secours pour le moulin Robert-Fages.

Lors du conseil municipal du 22 octobre, les élus s'étaient prononcés à l'unanimité pour la préservation des deux moulins, malgré qu'ils ne soient pas classés aux Monuments historiques. Lors de l'enquête publique, le commissaire-enquêteur a reçu 21 personnes lors de ses permanences à Collias, la plupart affirmant leur souhait de garder les moulins debout. En conclusion, le commissaire-enquêteur avançait que "le problème de la conservation des deux moulins est donc grand mais pas forcément insoluble. [...] Si une rétrocession des moulins est éventuellement réalisée, il est impératif que les collectivités doivent s’engager à empêcher toute occupation de la bâtisse, à prendre en charge l’entretien des moulins et à ne plus solliciter les services de l’État en cas de nouvelles inondations. Il est important que les collectivités locales, les élus, trouvent une solution afin de sauvegarder ces patrimoines."

La mairie va déposer un recours à l'arrêté préfectoral

Plutôt encourageant, mais déjà dans les remarques de l'enquête, la préfecture affichait clairement son vœu de procéder à la démolition, dans le cadre du Fonds Barnier. C'est donc sans surprise que le maire de Collias, Jonathan Pire, a découvert l'arrêté du préfet du 3 décembre, actant "la démolition des moulins".

Sauf que l'édile est bien décidé à tout tenter pour les sauver. Il a jusqu'au 3 février pour faire un recours à cet arrêté. Sans réponse de la préfecture à son courrier ce mardi matin, "on va être obligé de contester l'arrêté devant le tribunal administratif", affirme-t-il. Dans son argumentaire, l'avocate de la commune prévoit de bien dissocier la procédure d'expropriation, qui n'est pas contestée, de la démolition des moulins. "Elle va cibler sur l'article 2 de l'arrêté sur la démolition des bâtiments qui constituent un patrimoine hydraulique et culturel", explique Jonathan Pire.

La démolition, meilleure solution pour "écarter toute menace grave à des vies humaines"

Contactés par Objectif Gard, les services de la préfecture reprécisent : "La préfecture a engagé une procédure d'expropriation pour risque naturel d'inondation sur 10 biens de la commune de Collias dont deux moulins (un est utilisé comme habitation, NDLR) entièrement financée par le Fonds de prévention des risques naturels majeurs (FPRNM). [...] Après l'acquisition d'un bien par le FPRNM, la personne publique doit nécessairement en limiter l'accès et en empêcher l'occupation par tous les moyens dont elle dispose, dont la démolition. Celle-ci n'est pas obligatoire mais s'avère être le moyen le plus efficace pour garantir le respect de l'objet de l'expropriation : écarter toute menace grave à des vies humaines."

Et d'ajouter : "Ces moulins sont situés en site classé des gorges du Gardon. À ce titre, les travaux sur ces bâtiments, a fortiori les démolitions, sont soumis à autorisation spéciale. Aussi, lors de l'instruction d'un permis de démolir en site classé, l'autorisation sera délivrée par décision ministérielle après avis de l'Architecte des bâtiments de France (ABF), de la DREAL Occitanie et de la Commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS). Par conséquent, la préfecture se soumettra à la décision de ces instances."

Le sort des moulins n'est pas encore scellé, même si l'issue semble peu favorable. L'interrogation qu'avaient aussi la mairie et les associations était sur la démolition ou non des seuils attenants aux moulins. Ce à quoi les services de la préfecture répondent : "La démolition des moulins n'implique pas la suppression des ouvrages hydrauliques et des seuils situés dans le lit du cours d'eau. Toute intervention sur ces ouvrages nécessiterait une étude d'impact préalable, en dehors du cadre de la procédure d'expropriation, en vue de la délivrance d'une autorisation environnementale au titre de la loi sur l'eau."

Marie Meunier

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