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FAIT DU JOUR À Calvisson, Francine Nicolle a fait ressusciter le boutis

Passionnée par le boutis depuis trente ans, Francine Nicolle a écrit de nombreux livres. (Photo Boris Boutet)

Prise sur le tard d'une passion pour le boutis, Francine Nicolle est parvenue à ressusciter cette technique de broderie traditionnelle typiquement provençale. Aujourd'hui, à Calvisson, son musée regroupe des centaines de pièces achetées ou reproduites par son association. 

Certains tombent dans la drogue, Francine Nicolle est tombée dans le boutis. "Je suis devenue accro, avoue-t-elle. D'ailleurs, ceux qui s'y intéressent ne peuvent plus décrocher." Cette relation viscérale entre la Calvisonnaise et ce pan méconnu du patrimoine provençal ne remonte pourtant pas à l'adolescence, l'âge où naissent la plupart des passions.

Enseignante dans le primaire et fille d'une antiquaire, c'est à la fin de sa carrière professionnelle que le coup de foudre est venu. "Je feuilletais un livre ancien et je suis tombée sur un jupon brodé au boutis, se rappelle-t-elle. Cela m'a tout de suite interpellée car je ne connaissais absolument pas. Pourtant, ma mère m'avait appris la couture et je me défendais pas mal en la matière."

Dès lors, Francine Nicolle consacre le plus clair de son temps libre à enquêter sur le sujet. "Ce type de broderie avait été oublié par plusieurs générations, explique la passionnée. Il n'y avait pas le moindre livre sur le sujet. J'ai pu rencontrer un collectionneur qui possédait quelques pièces. Puis j'ai dû farfouiller toute seule. Je me suis aperçue que la technique remontait au moins au XIVe siècle. Au XIXe, le boutis était fréquemment utilisé pour des jupons de mariage, des draps de lit où pour présenter un enfant à sa naissance."

Autodidacte puis écrivain

C'est finalement en décousant une broderie qu'elle comprend la technique qui permet d'obtenir ces sculptures en bas relief caractéristiques du boutis. "J'ai toujours été débrouillarde, souligne-t-elle. En fait, il faut superposer deux étoffes et le motif est obtenu grâce un bourrage de coton." 

Facile à dire, beaucoup moins à faire. "Il faut être patient et minutieux mais c'est à la portée de tout le monde, estime celle qui s'est longtemps entraînée seule avant de partager son savoir. Le boutis procure une émotion particulière. Son résultat est fascinant." Une expérience partagée avec un groupe d'amies qui s'est constitué au fil du temps au sein de l'association Les Cordelles qu'elle a fondée.

Des chaussons de bébé réalisés avec la technique du boutis. (Photo Boris Boutet)

Parmi elles, Andrée Rondeaux, membre fondatrice qui a participé à l'ouverture de la Maison du boutis, un musée créé sur la place du pont, à Calvisson. "On a eu la chance d'obtenir un bâtiment municipal, indique cette dernière. Cela nous a permis d'y exposer les pièces que nous réalisons, mais aussi des tissus de collection que l'association a pu s'offrir au fil du temps. Là aussi, il a fallu se montrer patientes car certaines pièces coûtent le prix d'une voiture et que nos moyens sont très limités." 

Bien décidée à sauver de l'oubli ce patrimoine oublié, Francine Nicolle rédige plusieurs livres sur le sujet. "Le boutis est longtemps resté caché au fond des armoires je voulais l'en faire sortir, image-t-elle. J'ai beaucoup voyagé pour tenter de retrouver des pièces à l'étranger. Avec les membres de mon association, nous avons reproduit le Tristan Quilt. Il s'agit d'une pièce d'environ 12 m2, retrouvée en Angleterre, datant du XIVe siècle et inspirée de la légende de Tristan et Iseut. En la reproduisant, nous avons compris les difficultés que nos ancêtres avaient eu avant nous. Je crois même que nous avons pensé les mêmes choses qu'eux à l'époque."

Le Tristan Quilt, une toile de 12 m2 reproduite à l'identique par l'association calvisonnaise. (Photo Boris Boutet)

Dans le même temps, Les Cordelles ont continué à enrichir leur collection et à former de nouveaux adeptes du boutis. "Petit à petit, ça a fait tâche d'huile et plusieurs associations ont été créées dans la région", se réjouit Andrée Rondeaux. Certifiée maître d'art par le ministère de la Culture en 2013, Francine Nicolle a quant à elle acquis une légitimité internationale dans le domaine, et organisé des conférences sur le boutis au Canada, en Belgique, au Japon, en Italie et en Écosse.

"Le musée de Calvisson dispose aujourd'hui de la plus importante collection du monde avec plusieurs centaines de pièces, avance cette dernière. Hors crise sanitaire, nous recevons plus d'un millier de visiteurs par an, qui viennent de nombreux pays différents." Après avoir ressuscité le boutis, la retraitée souhaite désormais le pérenniser au sein du patrimoine local. "Nous souhaiterions que le bâtiment municipal qui abrite nos pièces soit rénové afin de remplir les conditions de température et d'humidité qui permettront d'assurer leur conservation." 

En attendant d'être prophètes en leur pays, Les Cordelles attendent de pied ferme une visiteuse prestigieuse. "Quand je me suis présenté à Carole Delga en tant que maire de Calvisson, la première chose qu'elle m'a répondu c'est « Ah oui, la maison du boutis ! »", nous racontait récemment l'édile, André Sauzède. La petite phrase, répétée à Francine Nicolle, n'est pas tombée dans l'oreille d'une sourde. "C'est d'autant plus important que le boutis est une œuvre féminine noyée au sein d'un patrimoine très largement masculin", insiste-t-elle. À la veille de l'édition 2021 de la Journée internationale des droits des femmes, l'invitation est (re)lancée.

Boris Boutet

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