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LE 7H50 de Patrick Mutter, forain nîmois : "Nous allons mener une action forte pour alerter sur notre détresse"

Jérôme Arpinon à la fin du match (Photo Anthony Maurin).
Patrick Mutter, forain et responsable de la fête foraine des Costières à Nîmes. (Photo : Stéphanie Marin/Objectif Gard)
Comme dans un palais des glaces, les forains se heurtent aux parois de verre érigées par le Gouvernement. Ils cherchent désespérément la porte de sortie ou du moins demandent à l'État de rédiger une feuille de route.
Samedi dernier, une centaine de forains se sont donné rendez-vous à Béziers ou encore à Reims pour faire part de leur ras-le-bol. Depuis le mois d'octobre 2020, un décret les empêche de travailler. S'ils entendent parfaitement l'argument de la crise sanitaire, ils s'inquiètent du silence du Gouvernement qui se prolonge de semaines en semaines. Alors un peu partout en France, ils vont mener des actions. À Nîmes, une aura lieu à la fin du mois de mars. Patrick Mutter, forain, vice-président du syndicat Cid Europe et responsable de la fête foraine des Costières de Nîmes, répond aux questions d'Objectif Gard.
Objectif Gard : Quelle genre d'action est prévue à Nîmes à la fin de ce mois de mars ?
Patrick Mutter : Nous allons mener une action symbolique d'une heure lors de laquelle nous allons distribuer des barbes à papa et des pommes d'amour gratuitement et installer un stand de pêche aux canards. Par contre, on ne peut pas en dire plus, parce que ça risque de générer trop de monde et qu'avec la covid on ne peut pas se le permettre. Nous savons le lieu, l'heure et la date, mais seul le public de passage aura l'opportunité d'en profiter. Nous prévoyons une action forte pour alerter sur notre détresse mais pas seulement, pour aussi faire plaisir aux Nîmois.
Comprenez-vous l'arrêt de votre activité ?
Oui, on comprend qu'il se passe quelque chose, tout est fermé. Les restaurants sont fermés, les cinémas, les musées, etc. Nous faisons partie d'une profession qui vise le loisir. Le Gouvernement ne sait pas trop comment gérer la crise. On peut comprendre qu'on nous demande de rester fermés. Mais ce qui nous fait peur surtout, c'est que nous n'avons pas de réponse à nos questions. Nous acceptons d'être fermés, de faire comme les autres. On prend sur nous, on fait des sacrifices. Notre crainte, c'est qu'au mois d'avril ou au mois de mai, les parcs d'attractions tels que le Puy du Fou ou Astérix puissent rouvrir et pas nous parce qu'ils ont des relations avec l'État qui ne sont pas les mêmes que les nôtres. Ce ne serait pas normal parce que le protocole de travail est exactement le même pour les parcs d'attractions et les fêtes foraines.
Quelles sont les autres questions toujours sans réponse ?
La principale question est de savoir s'ils ont l'intention de nous laisser rouvrir quand tout va reprendre. On veut montrer qu'on existe, qu'on ne veut pas perdre notre travail. Je pense que c'est au moment où nous sortirons de la crise que nous verrons les dommages collatéraux et les gens qui auront perdu leur profession.
Est-ce déjà une réalité ? Dans le Gard des forains ont-ils mis "la clé sous la porte" ?
Pour le moment non. Mais nous avons un collègue, âgé de 41 ans, qui s'est suicidé (dans les Yvelines, Ndlr). Pour l'instant, le matériel est stationné dans des hangars, mais personne n'a encore jeté l'éponge. L'entretien du matériel est fait, nous sommes prêts à redémarrer. Nous avons fait tout ce qu'il fallait. Nous avons écrit à tous les préfets, envoyé des courriers au Gouvernement. On attend les réponses, même un petit quelque chose. Un petit mot pour nous rassurer.
Le prix d'un manège varie entre 50 000 et 500 000 euros en fonction de son type. C'est dix ans de travail pour le rembourser. Et puis il faut l'entretenir, il y a de la mécanique, soit environ 10 000 euros à l'année pour une grosse machine. Pour l'instant, les banques jouent le jeu avec le report des échéances, contrairement aux assurances, et nous avons les aides de l'État. Donc tant bien que mal on arrive à survivre. Mais si elles s'arrêtent et que l'activité ne reprend pas, ça sera dramatique. Il faut savoir que les forains investissent régulièrement et sont toujours à la pointe de toutes les nouveautés. C'est ce qui fait aussi que la fête foraine reste très populaire.
Si on vous autorise demain à rouvrir, avez-vous mis en place un protocole sanitaire ?
L'été dernier déjà nous avions mis en place avec la préfecture un protocole sanitaire. On l'a respecté. D'ailleurs nous avons eu des contrôles et tout s'est bien passé. Nous sommes des professionnels. Comme pour les autres commerces nous avons fait respecter la distanciation physique et avons mis à la disposition du public du gel hydroalcoolique. En parallèle, les forains procédaient régulièrement à la désinfection des manèges. Ce n'est pas très compliqué à mettre en place. De tout l'été, nous n'avons eu aucun cluster. Et à la fin du mois de septembre la fête foraine a eu lieu aux Costières à Nîmes. L'épidémie reprenait un petit peu et nous n'avons eu aucun cluster. Une fête foraine, ça attire du monde, mais pas au même titre qu'un concert des Rolling Stones ou une feria. On n'est pas collés les uns aux autres. C'est fluide et puis c'est en extérieur.

Propos recueillis par Stéphanie Marin

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