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FAIT DU SOIR Républicain convaincu mais Communard vaincu

La tombe, à gauche, de Louis-Nathaniel Rossel à Nîmes (Photo Archives Anthony Maurin).

Nîmois aux ascendances cévenoles, Louis-Nathaniel Rossel (1844-1871) est un héros oublié de l'Histoire de France. Enterré au cimetière protestant, le natif de Saint-Brieuc fait encore parler de lui. 2021 signe le 150e anniversaire de La Commune et pas une rue, pas une impasse ne portent le nom de Rossel, victime d'une sorte de racisme social.
Il y a tout juste 150 ans, le mouvement populaire qui prendrait plus tard le nom de la Commune de Paris naissait (*). Pourquoi et comment ce jeune Gardois s'est-il retrouvé chef de file de cet instant républicain ? Sa fin ? Il a été fusillé à l'âge de 27 ans pour s'être rangé du côté du peuple de Paris lors du sanglant épisode de 1871 et a été inhumé à Nîmes en quasi clandestinité.
D'une famille issue des Plantiers, non loin de Saint-Jean-du-Gard dont son oncle sera d'ailleurs maire, le jeune Louis-Nathaniel Rossel a conservé de sa terre toute l'impétuosité camisarde. De son grand-père il aura pris le côté franc du collier puisque le papet, militaire et officier supérieur en son temps, avait voté à bulletin ouvert contre le plébiscite de Charles Louis-Napoléon Bonaparte (Napoléon III). Incroyable pour un officier de carrière ! Son père fut lui aussi un bon officier de carrière. Sa mère était Écossaise.
Issu de la petite bourgeoisie, Louis-Nathaniel Rossel a poussé les études jusqu'à Polytechnique (promotion 1862) et fait quelques écoles militaires pour devenir officier. Rossel savait que ses études étaient médiocres. Il critiquait volontiers ses professeurs du lycée de Nîmes mais il aimait encore moins l'enseignement trop simpliste qu'il recevait à l'armée. En 1867, il se lie d'amitié avec un certain Jean Macé et aide à enseigner à ses côtés et à donner des cours de grammaire aux plus pauvres de ses compagnons. C'est d'ailleurs en jouant ce rôle que Rossel va comprendre l'état intellectuel de la classe ouvrière.

Lectures de textes et chansons devant sa tombe par le comité Gard-Cévennes des Amies et amis de la Commune de Paris-1871 (Photo Archives Anthony Maurin).

Rossel sort de l'école et est fait capitaine (Il fut ensuite colonel) du génie militaire à 27 ans à Metz intégrant la dernière grande armée française qui finira par se livrer sous les assauts de la guerre franco-allemande (1870-1871). C'est là qu'il perd l'espoir en son armée. La guerre éclate et la défaite française se profile immédiatement. La Prusse l'emporte et Rossel le Camisard veut continuer le combat avec une armée de guérilla.
Rossel adhère à la Commune par quelques collègues universitaires qui lui disaient déjà que cette révolution serait sans issue, qu'elle était perdue d'avance. Ce qui n'a nullement dérangé notre bon Gardois et le voilà d'emblée les mains dans le cambouis... ou plutôt la poudre. En parfait technicien de la guerre qu'il était, très sensible aux problèmes de gaspillage des forces et d'absence de rationalité des actions engagées par les Communards, il prend de l'espace et devient l'un des chantres de la Commune qu'il rejoint le 19 mars 1871. Il est en contact avec Benoît Malon, autre communard de renom.
C'est alors qu'il rencontre un certain Léon Gambetta, qu'il jugera comme étant un républicain trop mou qui cherchait un compromis et qui ne voulait pas prendre le risque de remettre en place une vraie République. Rossel ne veut ni trahir la patrie ni le peuple qui la compose. Il s'interrogera par ailleurs sur la conjugaison entre une révolution sociale et la notion de patriotisme.
Pour lui, les deux idées liées. Rossel se refuse au démocratisme benêt même s'il est progressiste, il pense que le démocratisme est fait pour les puissants. Et puis, quelle est la place de l'individu dans un tel mouvement ? Rossel sentait le conflit s'endurcir. Un conflit interne car il était un bourgeois parmi les ouvriers et ça, ça ne lui sera jamais pardonné. Rossel a également été aux prises avec l'incompétence, problématique logique pour un mouvement révolutionnaire et populaire.

Les amis de Rossel (Photo Archives Anthony Maurin).

Cependant et nous y reviendrons plus tard, il a été le seul, oui le seul, officier de carrière de l'armée française à relier la Commune dont le commandement était inefficace face à l'armée de Versailles qui lui fit vite face. " C’est un combat d’avant-garde mal engagé et perdu … ", affirme Rossel.
Il est tout de même nommé chef d'état major avant d'être démis de ses fonctions puis arrêté. On le rétablira dans ses fonctions plus tardivement. Il sera aussi le délégué de guerre. N'oublions pas qu'à cette époque, Louis-Nathaniel Rossel était le seul de l'intelligentsia et du monde plus ou moins culturel à partager les idées communardes. On n'ira pas plus loin mais George Sand, Flaubert, Zola et tant d'autres étaient bien au contraire contre la Commune et les valeurs qu'elle portait. Même l'Église témoignait contre et dénonçait les Communards !
En tout cas, Rossel va être accusé par les Communards de manquer d'engagement, un peu comme un traître ambitieux ou un aventurier aléatoire. Mais il était surtout un défenseur de la rigueur et de l'ordre. Il voulait un nouvel ordre social et politique. Rossel avait pourtant largement donné les preuves de son engagement social et militaire. Il a soutenu toutes les réformes communardes, y compris la laïcité bien avant la loi de 1905. Rossel était également favorable au mouvement féministe...

(Photo Archives Anthony Maurin).

Il attendra seul dans sa chambre de l'hôtel Montebello du boulevard saint Germain qu'on l'arrête le 7 juin 1871. Pourquoi ? Parce que Rossel donnait des leçons qui n'étaient pas appréciées par ses nouveaux amis. Disons qu'il était franc et qu'il n'y allait pas par quatre chemins pour leur signifier leurs errances multiples...
"J'aime mieux avoir combattu avec ces vaincus qu'avec ces vainqueurs", avouera-t-il lors de son arrestation. Il n'avait pourtant aucune ambition, il ne voulait même pas diriger les forces communardes. Non, sa seule ambition était d'organiser une vraie armée pour rivaliser avec les adversaires de la Commune. Rossel est accusé de tout un tas de maux. La réalité des classes fait qu'il était constamment suspect de changer de camp.
Devant le conseil de guerre Rossel avouera une chose et sera jugé à deux reprises. Parlant à ceux qui le condamnent et alors qu'on lui demande pourquoi il a pris le parti de soutenir la Commune, il répondra qu'il ne savait pas ce qu'il aurait pu faire avec les Communards mais qu'il était sûr que s'il avait choisi l'autre camp, celui de ses juges, il n'aurait rien pu faire. Cette phrase l'a condamné... Victor Hugo ou même Denfert-Rochereau le soutiennent, Adolphe Thiers, lui, lui propose l'exil. Rossel refuse et veut rester digne.
Le 28 novembre au matin il va être fusillé à Satory, un camp militaire situé à Versailles. Thiers avouera qu'avec cette sentence, il fait un exemple mais Rossel va donner un tout autre exemple à ceux qui l'admirent. Face au peloton d'exécution, composé d'hommes qu'il avait commandé, Rossel demande à avoir le commandement du feu. Ce geste lui est refusé et on peut noter qu'il a reçu un traitement bien différent de ceux Louise Michel ou Gustave Courbet.

(Photo Archives Anthony Maurin).

En 1873-1874, ses œuvres sont reliées et enfin publiées grâce à sa soeur, Isabella, enterrée à ses côtés à Nîmes. Il a écrit quelques poésies et une pièce de théâtre ! Charles De Gaulle ou Jean-Pierre Chevènement lui ont rendu hommage.
Robert Charvin, conférencier ayant fouillé dans la vie de Rossel, a dit : " Tant que les lapins n'auront pas d'historiens, l'Histoire sera racontée par les chasseurs. Moi, je veux être l'historien des lapins. " Rossel était loin d'être un lapin mais son histoire mérite d'être dite et racontée par ceux qui ne sont pas les chasseurs.
Même s'il s'est rangé du côté du peuple quand nul n'osait le faire, Louis- Nathaniel Rossel pensait, jusqu'à sa dernière lettre, que les "fonctions gouvernementales doivent rester aux mains de la bourgeoisie jusqu'à ce que le peuple soit suffisamment instruit". Dans son jeune esprit, la Commune et le rétablissement d'une République digne de ce nom auraient surtout permis de bouter l'ennemi prussien hors du territoire national... Mais il fut condamné pour sa seule "trahison", celle d'avoir été un républicain endurci un peut trop en avance sur son temps...
Au cimetière protestant chaque année devant sa tombe sont lus et chantés un texte écrit par Rossel deux jours avant sa mort, Le Temps des cerises.
* La Commune de Paris est une période d'insurrection populaire de l'histoire de Paris qui dura 71 jours, du 18 mars 1871 au 28 mai 1871.

Louis Nathaniel Rossel en 1871 (Photo Eugène Appert)

Verbatim de Louis-Nathaniel Rossel :
Le 18 mars, je n’avais plus de patrie. La France s’était effondrée : plus de courage, plus de patriotisme, plus d’honneur. Le 19 mars, j’apprends qu’une ville a pris les armes et je me raccroche désespérément à ce lambeau de patrie. Je ne savais pas qui étaient les insurgés, mais je savais contre qui ils étaient insurgés et cela me suffisait. "
Je cherchais des patriotes et je trouve des gens qui auraient livré les forts aux Prussiens plutôt que de se soumettre à l'Assemblée. Je cherchais l'égalité et je trouve la hiérarchie compliquée de la fédération. La féodalité des ignares fonctionnaires qui détenaient toutes les forces vives de Paris. Il est un point sur lequel je considère la Commune comme une expérience complète: c'est l'insuffisance des classes ouvrières pour le gouvernement. Il faut que jusqu'à nouvel ordre l'exercice des fonctions gouvernementales reste aux mains de la bourgeoisie jusqu'à ce que le peuple soit suffisamment instruit. "
Je n’ai aucune prévention pour les Communards mais j'aime mieux avoir combattu avec ces vaincus qu'avec ces vainqueurs. "
Je suis de ceux qui se battent. "
Je ne comptais pas sur le succès, j'obéissais à un devoir politique. "
Ce n'est pas une chose vaine de se dévouer pour les autres. J'aurais voulu servir ma patrie, je ne fais que mourir pour elle. "
Les peuples, après plusieurs siècles, se souviennent de ceux qui les ont aimés et qui sont morts pour eux. "

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Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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