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SAINT-CHAPTES Une microcentrale hydroélectrique sur le Gardon ? L’opposition dit non

L'association "Pour Saint-Chaptes" redoute l'impact du projet sur la faune et la flore. (Photo Corentin Migoule)

La société Elements, chargée par l’État d’étudier et de mettre en place des microcentrales hydrauliques sur le Gardon, prévoit d’en installer une à Saint-Chaptes sur le seuil existant près du pont. Un projet qui déplaît à l'association "Pour Saint-Chaptes" présidée par Michèle Filipiak, conseillère municipale d'opposition.

Le 26 avril 2018, le projet d'implantation d'une microcentrale hydroélectrique a été présenté par la société Elements lors de la séance du conseil municipal saint-chaptois. Trois ans plus tard, alors qu'une enquête publique est diligentée par l'État jusqu'au 19 avril, l'association "Pour Saint-Chaptes" s'y oppose farouchement.

Un combat mené par Michèle Filipiak, conseillère municipale d'opposition, qui affirme agir "avant tout en tant que citoyenne." Légitime à ses yeux dans la mesure où le Gardon est "une rivière appartenant au bien commun" et qu'"aucune étude environnementale n'a été réalisée." En effet, à moins de deux kilomètres de là, à Sauzet, l'installation d'une microcentrale identique est déjà prévue, ce qui aurait permis à la société Elements de "contourner la réalisation d'une telle étude en calculant la puissance cumulée théorique des deux turbines." 

L'inquiétude environnementale

Rendu possible par la révision du plan local d'urbanisme (PLU), "le projet aura des conséquences graves et irréversibles sur l'écosystème avec la perte de plus de 6 hectares d'espaces boisés classés", prévient Michèle Filipiak qui avait voté contre la délibération en conseil municipal. La dernière nommée avance également des arguments techniques, relevant que l'installation de la turbine de cinq mètres de diamètre par enchâssement dans le seuil, "outre son impact visuel inesthétique, expose à des risques de pollution chimique de la rivière par l'utilisation de lubrifiant pour son fonctionnement." Et d'insister : "Pour accéder au site d'installation de la centrale qui est actuellement inexistant, le projet nécessite de créer une voie d'accès de 200 mètres de long dont les 60 derniers mètres seraient sur pilotis." 

Si la municipalité dit s'être engouffrée dans la réalisation d'un tel projet pour "prendre sa part en termes d'énergies renouvelables", l'opposante constate que la technique des microcentrales "peut s'avérer défaillante en cas de crue" alors que dans le même temps, le rendement sera "mineur" puisque le dispositif - une turbine de 350 kW - ne va alimenter "que 280 foyers par an." Enfin, l'association "Pour Saint-Chaptes" enfonce le clou en dégainant l'argument économique.

Bien que ni le coût, ni la provenance des financements n'aient été à ce jour communiqués, "la commune ne percevra pas le moindre centime puisque toutes les contreparties financières seront versées à l'EPTB Gardons (∗), y compris le loyer annuel de 2 000 euros lié à la servitude des deux parcelles utilisées qui restent pourtant la propriété de la commune."

L'opacité du projet au cœur des préoccupations

D'après l'association d'opposants, le bail dans lequel est compris ce loyer s'échelonne sur une durée de 50 ans et prévoit le versement par la société Elements d’une somme de 55 000 euros aux propriétaires actuels au démarrage de la centrale hydroélectrique correspondant à son exploitation pendant 20 ans. Aussi, à partir de la vingt-et-unième année d'exploitation et ce jusqu’à la fin du bail, la société devra verser à l’EPTB Gardons un loyer correspondant à 4,5% hors taxe du chiffre d’affaires annuel de la centrale avec un minimum de 3 000 euros par an et un montant moyen attendu de 5 000 euros.

Quelques "menus détails" que le maire, Jean-Claude Mazaudier, surnommé "le grand muet" par ses détracteurs, aurait "omis de mentionner dans le compte-rendu de la séance du 27 juin 2019 du comité syndical de l’établissement public à laquelle il participait" puisque l'édile saint-chaptois n'est autre que...le vice-président de l'EPTB Gardons !

Autant de griefs soulevés par Michèle Filipiak qui s'appuie sur le soutien de Jean-Pierre Amen, auteur de plusieurs articles à charge contre la municipalité sur le journal associatif "Gardon Contacts", amenant le tandem à s'interroger sur le "bien-fondé" d'une "aussi lourde procédure administrative" pour "contribuer à la destruction définitive d'un milieu naturel pour satisfaire à l'unique objectif de financer l'entretien du seuil de la passe à anguilles." Le manque de transparence du maire et de sa majorité figure aussi dans le réquisitoire des opposants au projet qui déplore l'absence de réunions de consultation notamment.

Corentin Migoule

∗ Établissement public territorial de bassin Gardons

Une pétition a été lancée et compte, à l'heure où nous écrivons ces lignes, plus de 18 400 signataires.

La réponse de Jean-Claude Mazaudier, maire de Saint-Chaptes :

"En 2018, la société Elements a présenté trois projets. Un projet éolien, un de ferme photovoltaïque, et celui de microcentrale électrique au bord du Gardon. J'ai tout de suite éliminé le projet éolien compte tenu de la dégradation du paysage qu'il pouvait engendrer. Idem pour la ferme photovoltaïque. Alors j'ai misé sur ce projet sur lequel on est vite tombé d'accord. Des études ont été faites sur les vingt dernières années et il s'avère que le niveau du Gardon est assez constant. C'est quelque chose qui ne va pas trop modifier l'environnement. C'est une petite turbine d'environ 350 kW et qui peut alimenter en électricité environ 280 logements par an. Ce n'est pas la panacée attention, on n'est pas au barrage de Serre-Ponçon (rires) ! L'opposition dit qu'on va détruire six hectares, c'est faux ! Complètement faux ! C'est une ignominie puisqu'on va réduire l'espace de voie classée par une modification du plan local d'urbanisme de 2 538 m². Sur ces 2 538 m², on ne va pas tout utiliser. On ne prendra au maximum que 945 m², c'est le cheminement pour aller jusqu'au Gardon et poser la turbine. Il n'y aura pas d'impact au niveau de la faune, une passe à poissons sera faite pour faire remonter les anguilles plus facilement. Il y a 2 000 euros de loyer annuel qui auraient pu revenir à la commune mais que j'ai fait le choix de laisser à l'EPTB Gardons car c'est eux qui entretiennent le seuil et nos cours d'eaux. C'est tout à fait logique ! Surtout à une heure où le conseil départemental n'abonde plus l'EPTB. 2 000 euros par an, même si notre commune n'est pas riche, ce n'est pas ce qui va nous rendre plus riche. On a surtout voulu que notre village participe aux énergies renouvelables. La transparence ? Ça a été débattu pendant la campagne électorale durant laquelle j'ai eu le courage de faire deux réunions publiques alors que mon opposition n'en a pas fait une seule. Après il y a eu la covid. Je voulais faire une réunion publique avec l'ingénieur de la société Elements mais ça n'a pas pu se faire. On a beaucoup de projets en tête, des projets purement saint-chaptois qui sont à mes yeux bien plus importants qu'une levée de boucliers au sujet de cette turbine !"

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