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FAIT DU JOUR Des vélos sur-mesure en bambou des Cévennes

Dans son atelier à Lyon, Félix Hébert et ses équipes confectionnent des vélos sur mesures et en bambou gardois. (photo Julien Rambaud)
Dans son atelier à Lyon, Félix Hébert et ses équipes confectionnent des vélos sur mesures et en bambou gardois. (photo Julien Rambaud)

En 2017, Félix Hébert a créé sa société de fabrication de vélos Cyclik, basée dans le 9e arrondissement de Lyon. Des bicyclettes pas comme les autres puisque leur cadre est conçu en bambou. Depuis quatre ans, il se fournit directement à la bambouseraie en Cévennes, à Générargues, dans le Gard.

Pourquoi l’idée de vélos en bambou plutôt qu’en carbone vous demandez-vous ? Il faut remonter quelques années en arrière quand Félix Hébert pratiquait le cyclisme en compétition et avait pour ambition de faire carrière dans ce sport. Finalement, il renonce pour poursuivre ses études mais la passion ne le quitte pas.

Il se met alors en tête de créer un vélo plus confortable mais tout aussi performant : « Je cherchais un matériau qui soit en mesure d’absorber les vibrations. Moi, quand j’étais coureur cycliste, je ressentais des douleurs dans le dos et dans les cervicales qui étaient liées à la mauvaise qualité de la route et à la rigidité des vélos en carbone sur lesquels on roulait. » C’est ainsi que naît Cyclik, le vélo en bambou.

Ancien coureur cycliste de compétition, Félix Hébert a imaginé un vélo plus confortable pour absorber les chocs en selle et soulager les muscles mis à rude épreuve. (photo Julien Rambaud)

« Il faut savoir que le bambou va absorber cinq fois plus les vibrations que le carbone. L’autre avantage, c’est qu’on va être sur une rigidité équivalente au carbone », poursuit l’entrepreneur de 33 ans. Il travaille à partir de deux variétés spécifiques qui poussent à la pépinière de la bambouseraie en Cévennes, à Générargues : « Si le bambou est bien sélectionné et bien séché, on est sur des vélos qui sont incassables. »

Trois semaines de séchage pour un bois ultra solide

Au-delà du confort, Félix Hébert a aussi choisi cette essence car elle a un faible impact environnemental : « On est sur une espèce traçante qui consomme peu d’eau, qui pousse très vite… On n’est pas du tout sur une espèce qui va se regénérer en plusieurs années comme un arbre qui va prendre 40 ans à pousser. »

Les bambous servant à construire les vélos sont prélevés à l’automne, pour éviter les montées et descentes de sève qui peuvent fragiliser les tiges. « On a un cahier des charges en termes de cueillette, de séchage, de diamètre, d’épaisseur… qui est assez fourni », reconnaît l’entrepreneur.

Deux espèces de bambou sont prélevées à la pépinière de la bambouseraie de Générargues pour façonner les cadres des vélos. (DR)

Une fois choisis, les bambous sont acheminés et contrôlés dans l’atelier à Lyon puis envoyés pour séchage dans une scierie de la Loire, pendant trois semaines. « Ils vont faire un séchage précis avec une montée et une descente en température, un certain taux d’humidité injecté… À la fin, on va obtenir une matière séchée à cœur et qui est inerte. C’est-à-dire qui ne bougera plus en fonction des variations d’humidité. »

Le bambou des Cévennes sous la météo tropicale de l'Amérique du sud

Pas d’inquiétude donc si l’averse vous rattrape alors que vous êtes en balade. Le cadre du vélo ne risque pas de rompre : « On a des personnes qui ont descendu l’Amérique du sud à vélo. Elles sont passées dans des endroits extrêmement humides, avec des pluies torrentielles ou du soleil très agressif. Ça ne pose aucun problème ».

Chaque cadre de vélo est fait sur mesure pour son propriétaire. Les mesures anthropométriques de chaque client sont notées (hauteur de l’entrejambe, taille, largeur des épaules…) pour obtenir un modèle parfaitement adapté. Il faut trois gros bambous et quatre petits pour créer un cadre. Sur chaque vélo, 50 heures de travail sont nécessaires pour juste assembler le cadre, effectuer le tressage des jonctions en fibre de lin, pour poncer le bois de façon homogène… et vient ensuite l’ajout des autres parties et équipements. Un vrai travail d’artisanat qui se retrouve dans le prix. Il faut compter en moyenne entre 4 000 et 4 500 € le modèle.

En moyenne, il faut compter entre 4 000 et 4 500 € pour un vélo Cyclik. (photo Cyclik - Matthieu Coin)

Une certaine somme certes, mais les adeptes sont bien présents. Entre 20 et 30 vélos sont vendus chaque année et la demande est croissante. Les confinements successifs et l’arrivée des beaux jours réveillent les envies de pédaler, de faire du sport en plein air. Sauf que pour obtenir votre vélo en bambou, il faudra vous armer de patience. Les délais d’attente sont estimés à plus de cinq mois à ce jour.

Bientôt Cyclik sur le Tour de France ?

Certains sont prêts à franchir le pas « pour être bien sur le vélo et se tourner vers un objet plus local, plus durable ». Car Cyclik privilégie des matières premières françaises quand c’est possible. Et la marque s’adapte à toutes les pratiques : vélo de route, VTT, gravel, vélo de voyage, électrique ou pas…

Se pourrait-il que l’on voit des vélos en bambou lors de grands rendez-vous cyclistes comme le Tour de France ? L’Union cycliste internationale interdit les vélos de moins de 6,8 kg en compétition. Alors avec leurs 7 kg, les modèles Cyclik les plus légers pourraient devenir la selle de grands champions. Pour l’instant, la marque lyonnaise n’en est qu’à ses débuts : « Pour fournir des équipes, il faut faire de gros volumes, nous, on est des artisans du cycle. On fait des petites séries, on n’a pas la capacité. »

Mais à termes, l’idée de voir des Cyclik sur de grandes boucles ne déplairait pas à Félix Hébert : « En tant qu’ancien coureur, j’ai vraiment la volonté de démocratiser l’utilisation du végétal dans les modes de transport doux. Pour faire connaitre le bambou dans le vélo de route, la meilleure façon c’est de le mettre sur des courses renommées. Mais chaque chose en son temps. » Il reste un bambou de chemin à parcourir encore pour la marque, mais son créateur a les roues solides.

Marie Meunier

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