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FAIT DU JOUR À 15 ans, Rafael Bordary est déjà éleveur de brebis

Rafael Bordary, 15 ans, élève déjà un troupeau de 10 moutons. Son but est de produire des agneaux à viande. (Marie Meunier / Objectif Gard)
Rafael Bordary, 15 ans, élève déjà un troupeau de dix moutons. Son but est de produire des agneaux à viande. (Marie Meunier / Objectif Gard)

« Mais d’où ça t’est venu ? » Cette question, le père de Rafael Bordary lui pose souvent. À 15 ans, le jeune homme habitant Montfaucon élève déjà un troupeau de dix moutons. Hors du lit dès 5h30 du matin, l’adolescent ne rechigne jamais à la tâche. Faisant preuve d’une grande maturité, il est sûr d’avoir trouvé sa voie.

Et pourtant rien ne prédestinait Rafael vers le métier d’éleveur. Dans la famille, personne n’exerce dans l’agriculture. Sa mère est infirmière, son père travaille pour la mairie de Montfaucon. « Je n’aime pas l’école, je ne supporte pas de rester assis, les pieds sous la table. Le seul moment où je suis dedans, c’est pour manger et dormir », raconte l’adolescent. Depuis son plus jeune âge, il développe une passion pour les animaux et a pratiqué l’équitation pendant plusieurs années. Aujourd’hui, Rafael n’a plus le temps de monter à cheval au milieu de son emploi du temps très rempli, mais son côté nature n’a fait que s’accentuer au fil du temps.

Après une sixième et une cinquième au collège Saint-Jean à Bagnols/Cèze, Rafael s’est orienté vers une formation plus professionnalisante : « J’ai cherché une école en alternance, j’ai trouvé la MFR de Vézénobres qui propose une découverte des métiers agricoles. Après un entretien avec le directeur, j’ai été pris ». Toute l’année de quatrième, Rafael se partage entre ses semaines en cours et son alternance chez un éleveur laitier en Lozère.

L'élevage intensif ? "Je ne veux pas"

Le métier lui plaît, mais la grève à la SNCF de janvier 2020 et l’épidémie de Covid-19 l’empêchent de prendre le train et de se rendre chez son patron. Alors en attendant, il s’affaire dans un centre équestre à Montfaucon.

Malgré son jeune âge et les mises en garde de quelques camarades, Rafael a envie de se lancer dans l’élevage. La compagnie des vaches ne lui déplaît pas mais il se rend compte que le prix du lait ne paye pas à la hauteur de la masse de travail déployée : « On ne gagne pas pour en vivre. Enfin on peut mais il faut faire de l’élevage intensif et ça, je ne veux pas. »

Il songe plutôt aux brebis pour produire des agneaux à viande : « J’en parle à mon père et à ma belle-mère. Lui n’est pas chaud, elle dit pourquoi pas. Alors tous les samedis matin, cet été, je me consacrais à mon projet. » Son cousin lui prête une terre et des piquets, il se dote d’une cuve de récupération d’eau de pluie comme abreuvoir. Un maraîcher du village, Julien Aubert, lui offre une serre. Pour acheter le reste, notamment la clôture, il se fait quelques sous en tondant des pelouses à droite, à gauche. Touchés par la démarche de ce jeune audacieux, beaucoup de riverains n’ont pas hésité à l’aider.

Avec ses premières brebis, une complicité s'est nouée au fil des semaines. Beaucoup suivent Rafael de partout. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Tout était prêt, il ne manquait plus que les brebis. Rafael se met alors en contact avec un maquignon de Piolenc qui lui trouve cinq jolies bêtes de race blanche du Massif central. En novembre, elles arrivent en bétaillère sur la parcelle à l’entrée du village. « Au début, elles couraient un peu partout dans le champ, puis elles se sont calmées. Petit à petit, elles ont commencé à venir vers moi, à la main. C’est magnifique à voir », raconte le jeune berger.

Passer le week-end à jouer à la console, très peu pour lui. Le samedi et dimanche, il enfourche son vélo et va s’occuper de son troupeau. La semaine, quand il est à l’école ou en entreprise, c’est son papa qui prend le relais, n’hésitant pas à se lever à 6h15 avant le travail pour aller voir les brebis. Depuis septembre, le jeune éleveur poursuit son alternance au Gaec de la grande Visclède à Tarascon. Très contents de compter un jeune aussi dynamique et ambitieux dans leur équipe, les patrons ont décidé de lui offrir un bélier.

Entre temps, le troupeau s’est étoffé de trois nouvelles brebis et, en janvier 2021, un agneau est né. L’effectif devrait s'accroître puisque toutes les femelles sont pleines. Là, Rafael attend l’attribution de son numéro de SIRET pour officialiser son activité. Sur le papier, elle sera au nom de son père, car à 15 ans, il est encore trop jeune. Il a décidé de l’appeler l’élevage de Montmournès car « les anciens du village appelaient cette terre ainsi ».

"Mon père, au lieu de me donner de l'argent de poche, il me donne du grain"

Ce dimanche, Rafael a commencé à tondre ses bêtes, les beaux jours arrivant. Il apprend petit à petit chez ses patrons à Tarascon toutes les facettes du métier : comment déplacer un troupeau, comment gérer le moment de l’agnelage et les ressources en herbe… Il met un point d’honneur à ce que ses animaux vivent dans de bonnes conditions. Ils paissent toute la journée et sont rentrés le soir, avec un peu d’orge dans le seau : « Mon père, au lieu de me donner de l’argent de poche, il me donne du grain », plaisante Rafael.

L’année prochaine, le jeune éleveur poursuivra ses études à la MFR de Vézénobres en bac CGEA (Conduite et gestion d’entreprise agricole), toujours en alternance à Tarascon. Prochainement, il doit signer un contrat d’éco-pâturage avec la mairie de Montfaucon qui lui prêterait des terres à brouter pour ses bêtes.

Prochainement, Rafael devrait signer un contrat d'éco-pâturage avec la Ville de Montfaucon. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Et dès qu’il aura l’âge, Rafael débutera l’apprentissage de la conduite pour être autonome dès que possible. Une volonté à toute épreuve que Rafael analyse avec beaucoup de pragmatisme : « Mes camarades, quand ils sortent de l’école, ils ont le domaine familial. Moi je n’ai rien. Alors, je me suis dit : "Si tu ne te lances pas à 15 ans, tu n’y arriveras jamais". En commençant maintenant, mon nom sera connu dans le milieu à mes 18 ans. Je suis tout petit, je suis un œuf et petit à petit, je perce ma coquille. » On peut dire que Rafael est quand même très bien parti et prouve que quelque soit l'âge, rien n'est impossible avec de la volonté, de l'organisation et de l'entraide.

Marie Meunier

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2 commentaires

  1. Courageux Rafael, j’ espère que vos moutons seront toujours bien traités. Vous semblez déjà leur laisser la liberté et le plein air ce qui est essentiel.

    Un cousin m’ a dit que pour tuer les agneaux ( eh oui, ne rêvons pas c’ est le sort des mâles ) il a arrêté de les saigner conscients ( source de trépas long et douloureux) : une balle bien placée et l’ innocent meurt d’ un coup puis il est saigné.

    En tout cas merci à Rafael de refuser l’ intensif. Je connais vers chez moi un élevage de chèvres qui n’ont jamais accès à l’extérieur, dont les petits sont arrachés à leur maman dès la naissance et mis au lait artificiel. C ‘est cruel

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