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FAIT DU JOUR Meurtris mais unis, les habitants des Plantiers démarrent une nouvelle vie

Ce samedi matin, malgré la levée des barrages, les gendarmes étaient présents en nombre aux Plantiers. (Photo Corentin Migoule)
Ce samedi matin, malgré la levée des barrages, les gendarmes étaient présents en nombre aux Plantiers. (Photo Corentin Migoule)

Vécue comme un soulagement, la reddition de Valentin Marcone survenue la veille n'a pas occasionné de grandes sorties ce samedi aux Plantiers. La douleur de la perte soudaine de deux des leurs dans la tuerie de la scierie Teissonnière conjuguée à une présence médiatique massive n'y sont sûrement pas étrangères. Pour sûr, la reconstruction prendra du temps.

À l'heure où l'audition de Valentin Marcone, tueur présumé de la scierie Teissonnière, s'apprêtait à débuter dans les locaux de la section de recherche de la gendarmerie de Nîmes, à 80 kilomètres de là, aux Plantiers, les habitants, bunkérisés pendant près de quatre jours, prolongeaient pour la plupart le supplice. Comme si le danger était toujours là, planant au dessus de leur tête.

La veille pourtant, à l'annonce de la reddition du fugitif traqué pendant plus de 80 heures par 350 hommes surentraînés et déterminés à le déloger, certains Plantiérois avaient poussé "un ouf de soulagement", choisissant d'extérioser leurs angoisses en se massant devant la mairie pour s'étreindre et s'embrasser, envoyant valser des mesures sanitaires qui - et ça se comprend - ont été reléguées au second plan.

"C'était digne d'un 14 juillet !", souffle Benjamin Legrand, président du comité des fêtes du village et à peine plus jeune que Valentin Marcone. Mais celui qui est aussi vice-président de la société de chasse n'a pas pris part à cette soirée de la "libération", choisissant de s'extirper un peu du tumulte des Plantiers en profitant d'une soirée entre amis dans le sud du département. "C'est mon meilleur ami Bosio qui m'a tout raconté", reprend Benjamin Legrand. À fleur de peau, le jeune homme, connu pour son franc-parler, dit avoir mal vécu cette semaine de traque au cours de laquelle il a perdu un ami. "Martial était un bon vivant, mon compagnon de festivités. Un mec avec un grand cœur et avec lequel on pouvait parler de tout sans jugement", confie le dernier nommé, envoyant un baiser de la main à la sœur de la victime qui passait derrière lui en voiture.

Le pont à l'entrée nord du village porte encore les stigmates des dernières crues. (Photo Corentin Migoule)

Ce samedi matin, en dépit d'un ciel menaçant mais alors que la bruine n'avait pas encore fait son apparition, Bernard Mounier, maire des Plantiers, était l'un des premiers à mettre le nez dehors. Rompu à l'exercice médiatique par son expérience passée chez France Télévisions, l'édile a enchaîné une nouvelle fois des interviews éreintantes, s'inquiétant du devenir de sa commune et de ses 250 administrés qui n'ont "pas été épargnés depuis un an". Bernard Mounier faisait notamment référence aux dégâts causés par les récentes inondations (notre photo). Des épisodes météorologiques bien plus fréquents en Cévennes qu'un drame tel que celui de la scierie Teissonnière.

350 la veille, les gendarmes étaient encore une cinquantaine à sécuriser la commune au lever du jour. "Un moyen d'assurer une sortie progressive et montrer qu'on ne part pas du jour au lendemain", glisse l'un d'entre eux. Des militaires qui, pendant quatre jours, à tour de rôle "par groupe de 40 ou de 50", ont repris des forces en s'alimentant chez Denise Vaquier. Propriétaire du restaurant la Sariette situé à deux pas de la mairie, la commerçante a ouvert son établissement à la hâte pour ravitailler les agents mobilisés dans cette guerre d'usure qui a fini par tourner à leur avantage. Ces derniers, bien reçus, n'ont pas manqué de lui laisser un petit souvenir (notre photo).

Plusieurs unités de gendarmerie ont offert une médaille à Denise en guise de remerciement. (Photo Corentin Migoule)

À moins de deux kilomètres plus au nord, dans les sentiers escarpés qui mènent à l'église du XIIe siècle de Saint-Marcel-de-Fontfouillouse nichée à plus de 600 mètres d'altitude (notre photo), quelques randonneurs curieux appréhendaient l'édifice qui a peut-être servi de refuge à Valentin Marcone. C'est en tout cas à proximité qu'il a été interpellé après avoir déposé les armes sous l'étau de plus en plus pressant des gendarmes. "C'est vers là que je me serais caché si j'avais dû fuir", indique Benjamin Legrand qui, pour les expérimenter régulièrement en chassant ou lors de ses séances de course à pied, connait les forêts de la vallée Borgne comme sa poche.

L'église de Saint-Marcel-de-Fontfouillouse, nichée dans la forêt. (Photo Corentin Migoule)

Alors que midi venait de sonner, les Plantiérois étaient guère plus nombreux à s'être aventurés dehors. Par crainte de laisser échapper une larme devant un habitant d'un village où tout le monde se connait, peut-être. "Chacun a eu des ressentis forts et émotionnels. Chacun à sa propre problématique", justifie Bernard Mounier en digne porte-parole de ses administrés. Ainsi, l'épicerie communale tenue par Pascal Bosio n'a pas connu l'affluence habituelle. Le gérant, comme beaucoup d'autres, n'avaient qu'une hâte : que les journalistes lèvent le camp. Et ne reviennent que lorsque la commune, dotée d'"un beau patrimoine et de belles valeurs", aura retrouver le caractère paisible qui est d'ordinaire le sien.

"On a perdu deux pièces importantes du Lego, mais avec les briquettes qu'il nous reste, on va reconstruire une belle maison", promet Bernard Mounier. "Les coudes serrés, on se relèvera", complète le président du comité des fêtes. À coup sûr, il y aura un avant et un après 11 mai 2021. Meurtris mais unis, les habitants des Plantiers s'apprêtent à entamer une nouvelle vie.

Corentin Migoule

La rédaction d'Objectif Gard a une pensée émue pour Luc Teissonnière et Martial Guérin, les deux victimes, et adresse ses plus sincères condoléances à leur famille ainsi qu'à toutes les personnes importunées par une présence médiatique massive ces derniers jours.

 

 

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