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LE 7H50 de Corinne Lepage : « Quand vous êtes écologiste, vous ne pouvez pas voter à Droite »

L'ancienne ministre, présidente de Cap écologie Corinne Lepage chez elle près d'Uzès (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

L’ancienne ministre (sous Jacques Chirac), aujourd’hui présidente du parti Cap écologie qui sera représenté aux départementales sur le canton de Saint-Gilles avec Bernard Poujol, était il y a quelques jours dans le Gard.

Très attachée à notre département où elle a un pied à terre près d’Uzès depuis vingt ans, Corinne Lepage continue de creuser son sillon d’une écologie qui ne serait pas à Gauche, une écologie libérale. Interview. 

Objectif Gard : Comment définiriez-vous l’écologie libérale ?

Corinne Lepage : Nous vivons dans un monde dans lequel l’écologie est la variable d’ajustement de l’économie. La question des limites de notre planète fait qu’en fait, l’économie doit devenir un outil de l’écologie, elle dépend de l’écologie. La transformation écologique est la transformation de l’économie pour permettre la création de richesses, de valeur, d’emploi dans un cadre donné par les limites planétaires. C’est un changement complet de priorité. Nous ne sommes pas du tout les ennemis des entreprises, c’est en cela que nous divergeons avec une partie des écologistes. Et sur un plan des valeurs, on peut être écologiste et considérer que le respect d’un certain ordre est important. Vivre en société implique avoir une police, la justice, une autorité, dans un État de droit. Ce langage, pour une partie des écologistes, est un langage d’extrême-Droite, mais c’est du bon sens ! On a besoin de restaurer une culture du juste milieu, du centre, pas du "en-même-temps", mais une voie centrale. 

Donc vous ne considérez pas, comme certains écologistes, que le capitalisme est incompatible avec l’écologie ?

C’est complexe. L’hyper-financiarisation est incompatible avec l’écologie car elle est par définition une finance du très court terme, or l’écologie c’est du temps long. Vous ne pouvez pas avoir un système dans lequel on exige une rentabilité immédiate pour des investissements qui sont par définition sur du long terme. L’économie de marché en revanche est compatible avec l’écologie, mais à condition d’être régulée, contrôlée, avec un système légal et des priorités. 

Vous défendez donc une écologie qui ne serait pas de Gauche. Considérez-vous que la Gauche se l’est appropriée ? 

Oui, et la Droite l’a bien aidée. Quand vous êtes écologiste, vous ne pouvez pas voter à Droite, les écologistes qui défendent l’économie de marché sont un peu orphelins. La Droite défend le nucléaire, les pesticides, la bagnole partout, un modèle civilisationnel obsolète. Je l’ai vu quand j’étais députée européenne, le PPE (la Droite européenne, ndlr) votait toujours avec les lobbys. Et d’un autre côté nous ne pouvons pas partager les idées qui tournent le dos à l’universalisme, à la laïcité, à l’effort individuel. C’est un vrai sujet. On n’a pas forcément envie de soutenir des gens qui défendent des thèses contraires à la culture française et européenne. 

C’est à dire ?

Je n’ai pas honte de la culture française, qui a certes intégré d’autres cultures, mais la culture française ce sont les Lumières, la Déclaration des droits de l’homme, qui représente encore un idéal dans le monde. Je suis dans cette tradition, cet idéal qui mérite d’être défendue. Je suis libérale, j’admet que des gens pensent différemment de moi, mais je ne suis pas obligée de considérer qu’une culture qui dit que lapider des femmes ou les exciser est normal doit être inclue dans notre culture. L’égalité femme-homme primera toujours. 

Pensez-vous que les territoires ont un rôle prépondérant à jouer pour l’écologie ?

Oui et pour deux raisons. Le sens, car chacun d’entre nous a bien compris qu’il avait une petite chose à faire, et qu’il ne peut la faire que là où il est. L’action locale est de plus en plus importante, et les réseaux sociaux lui donnent une ouverture sur le monde entier. Et deuxièmement, nous avons pris conscience de l’importance de tout ce qu’on peut trouver autour de soi, les circuits courts, les AMAP, et c’est de plus en plus vrai pour des services et activités économiques autres. Le monde est en train de se réorganiser autour du territoire. Ça n’exclut pas les exportations et les importations, mais de fait, la notion d’autonomie alimentaire et énergétique est très importante. Ici, je produis mon électricité, j’ai des panneaux solaires. Dans dix ans, les communautés énergétiques seront nombreuses, on va vers un système décentralisé. Pour moi, le nucléaire est derrière nous. Ça n’empêche pas de travailler à l’échelle européenne, mais le territoire a un grand avenir devant lui. 

Propos recueillis par Thierry Allard

Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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