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FAIT DU JOUR Affaire Lucas Tronche : l’épilogue ?

Lucas Tronche. DR
La police interdisait l'accès au secteur où ont été découverts les ossements, hier à Bagnols. Au second plan, le piton rocheux où ont été effectuées les découvertes (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Le 19 mars 2015, Lucas Tronche, 15 ans, disparaissait de la maison familiale du quartier Saduran, à Bagnols-sur-Cèze, sans laisser de trace. Depuis, rien ou presque. Jusqu’à ce jeudi, avec la découverte d’ossements à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau du domicile familial. Récit d’un spectaculaire rebondissement qui pourrait bien devenir l’épilogue d’une affaire qui a jusqu’ici gardé tout son mystère. 

L’alerte est donnée en début d’après-midi. Il se passe quelque chose du côté du Mas-Jaune, à la sortie de Bagnols en direction de Saint-Gervais. Sur place, le GRIMP, le Groupe d’intervention en milieu périlleux des sapeurs-pompiers du Gard, mène des recherches à la demande de la juge d’instruction qui a repris l’affaire Lucas.

Cette zone fait partie de celles que la justice a décidé de repasser au peigne-fin depuis le début de la semaine pour, pourquoi pas, trouver des éléments susceptibles de faire avancer ce qui était en train de devenir un cold-case. « La quasi intégralité des zones avait déjà été ratissée, aussi bien les bas que les hauts, mais là la juge d’instruction a demandé à ce qu’on puisse travailler dans la verticalité, c’est à dire dans des zones de falaises où on ne peut accéder que par des moyens dédiés, en rappel et en pendulaire », explique le procureur de la République de Nîmes, Éric Maurel, sur place hier après-midi. La zone du Mas-Jaune en faisait partie. Tout sauf un hasard : « Les enquêteurs savaient qu’elle était régulièrement fréquentée par Lucas Tronche », poursuit le procureur. 

C’est donc derrière un mas, au niveau d’un piton rocheux, que les pompiers trouvent d’abord ce matin un sac à dos. Suite à cette découverte, « sur des escarpements successifs (ils) ont découvert des ossements très probablement d'origine humaine ainsi que des débris de vêtements », explique Éric Maurel. Un faisceau d’indices ramène les ossements, le sac à dos et les lambeaux de vêtements vers Lucas Tronche.

D’abord, le fait, comme le procureur l’a répété, que ce secteur était régulièrement fréquenté par l’adolescent. Ensuite, parce que les lambeaux de vêtements « sont susceptibles - mais il faut être prudent car bien entendu ils ont été abîmés par les intempéries - de ressembler à ceux que pouvait porter Lucas Tronche », avance le procureur. Enfin, car le sac à dos « est fortement similaire à celui avec lequel Lucas Tronche est parti », ajoute-t-il. 

Voilà pour les éléments factuels. Lucas Tronche n’a peut-être jamais quitté la commune de Bagnols, et depuis le lieu où les ossements ont été retrouvés, on peut presque apercevoir le pavillon familial. Reste désormais à identifier formellement les ossements et à comprendre ce qu’il s’est passé. « Des expertises médicolégales vont être rapidement ordonnées ainsi que des expertises génétiques pour avoir toute certitude sur l'origine de ces ossements, confirme Éric Maurel. Toutes les hypothèses de travail restent ouvertes, les raisons de la présence de ces ossements et de ce sac restent inconnues. Et ça peut être aussi bien une chute accidentelle, un geste volontaire de se jeter dans le vide, ou bien une altercation et quelqu’un qui est poussé dans le vide. » Bref, cette découverte capitale, si elle pourrait bien mettre un terme aux recherches de l’adolescent, ne clôt pas l’affaire Lucas Tronche pour autant. 

Une affaire dans laquelle les enquêteurs n’ont jamais, ou si rarement, réussi à fermer de piste. Le départ volontaire de l’adolescent, qui n’a vraisemblablement jamais voulu aller à la piscine ce mercredi après-midi printanier-là, semble être la seule véritable certitude dans une affaire qui n’en compte que très peu et qui soulève encore beaucoup de questions. Que comptait faire Lucas le soir où il s’est volatilisé ? A-t-il volontairement décidé de partir promener en forêt ? A-t-il fugué ? Avait-il rendez-vous avec quelqu’un ? A-t-il mis fin à ses jours ? À ce stade, la découverte des ossements ne permet pas de répondre à ces questions. Les enquêteurs comme la famille et les proches de Lucas espèrent de concert qu’ils parleront. 

Le temps du silence pour la famille

Reste que désormais, ce visage si familier, visible à tous les coins de rues à Bagnols, sur les vitrines, sur les vitres-arrières des voitures, régulièrement dans les journaux, va probablement disparaître du quotidien des Bagnolais. Mais pas le souvenir de Lucas. « Nous n’oublierons jamais notre Lucas tant aimé », ont dit les parents de l’adolescent, Éric et Nathalie Tronche, dans un message qui leur est attribué sur le groupe Facebook « Je cherche Lucas », centre névralgique de la mobilisation sans précédent pour retrouver le jeune Bagnolais.

« C’était devenu aussi un combat de tous les Bagnolais », réagit le maire de Bagnols Jean-Yves Chapelet, qui coordonnait les recherches à l’époque. « Depuis six ans ce dossier nous suit, on s’est investis tous ensemble. Il ne se passe pas quelques semaines sans qu’on en parle, poursuit-il. C’est un dossier profondément ancré dans la commune, dans la conscience des Bagnolais. » 

Proche de la famille Tronche, l’élu avait hier soir « une profonde pensée pour Éric et Nathalie et les frères de Lucas. » Désormais, pour la famille de Lucas, vient le temps du deuil. « La découverte d’un corps pouvant être celui de Lucas nous semble mettre un terme à ces six années de recherches mais aussi d’espoir, poursuivent les parents. Six années pendant lesquelles vous avez été avec nous, soutien indéfectible. Nous vous en remercions du plus profond de notre cœur. Aujourd’hui vient le temps du silence. » 

Un silence nécessaire « pour nous permettre de nous recueillir, de tenter de nous apaiser et de continuer désormais sans lui », écrivent Éric et Nathalie Tronche. Aux enquêteurs désormais, après avoir vraisemblablement rendu Lucas aux siens, de découvrir ce qui lui est arrivé. Et ainsi écrire le dénouement d’une affaire hors norme, qui a ému, bien au-delà de Bagnols, toute la France. 

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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