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JOBS D’ÉTÉ Au cœur des vergers : une main d’œuvre plus difficile à cueillir

Mateo, 29 ans, est un saisonnier ambulant, il traverse la France au fil des saisons des fruits et légumes. (Photo : SMa)

Le temps d’un été, découvrez ces métiers en plein boom à cette période de l’année. Nous démarrons cette série dans les vergers du domaine des Biches à Beaucaire, en compagnie d’une vingtaine de saisonniers agricoles.

Domaine des Biches, Beaucaire, mercredi 30 juin, 6h du matin. Tandis que le soleil se lève à peine, les saisonniers s’engouffrent dans les allées du verger, prêts à délester les abricotiers de leurs fruits. Parmi ces travailleurs, les lycéens et étudiants, sont les grands absents, même s’il faut souligner l’embauche d’une jeune fille âgée de 17 ans qui n’était pas présente le jour de notre visite, baccalauréat oblige. « Et pourtant, ce serait une belle expérience pour ces jeunes. Elle permet d’apprendre la rigueur, l’assiduité, la concentration. Et puis, certains prendraient conscience de l’importance des études », lâche Josette, 65 ans, une cagette pleine d’abricots dans les mains.

Les saisonniers récoltent entre cinq et dix tonnes de fruits par jour. (Photo : SMa)

N’allez pas croire que cette Beaucairoise, fille d’agriculteurs, jette la pierre à ces jeunes, d’autant que les mesures de plus en plus restrictives qui encadrent l’embauche des mineurs freinent certains exploitants. Elle-même n’a jamais cultivé un goût particulier pour l’agriculture. « Quand je faisais les saisons avec eux, je me disais même que jamais je n’y retournerai », se souvient-elle. Mais la vie a fait que Josette y est retournée, c’était il y a un peu plus de 20 ans. « Je n’ai jamais cherché autre chose, ça me plaît. J’ai touché à tout, les asperges, les vignes, les épinards… ».

Dans deux ans, la sexagénaire pourra enfin prendre sa retraite : « J’avoue qu’avec les années et surtout la chaleur, c’est de plus en plus difficile. » Les fortes températures, les attaques de moustiques, le poids des caisses à soulever, les horaires décalés parfois même le week-end, le maigre SMIC pour salaire… Tous ces éléments font que les saisonniers ne se bousculent plus aux portes des exploitants agricoles et les jeunes ne sont pas les seuls se laisser découragés par toutes ces contraintes.

« L’agriculture comme d’autres secteurs tels que la restauration ou le bâtiment, est souvent un choix par défaut, commente Sandrine Robail, chargée de recrutement et de l’animation du groupement d'employeurs départemental agricole et rural du Gard, Agri Emploi 30 (*). Ce sont des métiers dits de pénibilité vers lesquels les gens vont de moins en moins. C’est un phénomène sociétal, notre rythme de vie n’est pas le même, nos priorités ne sont pas les mêmes qu’avant. »

« Ici, c’est comme une famille, comme une deuxième maison »

Résultat, les exploitants agricoles ont du mal à recruter. Florian Ducurtil se souvient du temps où il était responsable de production chez NectaPêches à Beaucaire, une grande exploitation qui s’étend sur une centaine d’hectares sur laquelle tout autant de saisonniers travaillent. « On avait déposé une annonce chez Pôle emploi qui avait convoqué une centaine de personnes. Seulement deux s’étaient présentées. »

Aujourd’hui gérant du domaine des Biches, Florian peut compter sur ses habitués dont un noyau dur de contrats OFII, une main d’œuvre venue du Maroc pour une période de six mois. « Les saisonniers avec qui je travaille sont des personnes motivées, qui ont envie de travailler », souligne-t-il. Parmi elles, certaines l’ont même vu grandir car le Jonquiérois âgé de 36 ans a repris l’exploitation familiale en janvier dernier. « Je connais Florian depuis qu’il a 14 ans. Comme ses parents, il est proche de ses salariés, il les respecte. Il y a une confiance des deux côtés. Ici, c’est comme une famille, comme une deuxième maison et c’est très important », confie Soumia, 45 ans, une des « bichettes » comme elles se surnomment entre elles.

Florian Ducurtil, gérant du domaine des Biches à Beaucaire. (Photo : SMa)

Les « bichettes » s’amusent discrètement de ma présence, de mes allers et retours le long des rangées d’abricotiers, sans toutefois user de bavardages à outrance. « C’est parce que je suis là que personne ne parle ? ». Et Paolo Félix, le bras droit de Florian de me répondre dans un éclat de rires : « Non, c’est parce que moi je suis là ! ». S’ensuivent quelques taquineries sans jamais perdre de vue l’objectif de ces six heures de travail, cueillir les fruits, « ceux bien ronds, bien orangés », précise Paolo.

Chaque jour, les saisonniers récoltent entre cinq et dix tonnes d’abricots ou autres, comme des nectarines par exemple. « On n’aura pas les dix tonnes aujourd’hui », lance Josette. Il faut dire que cette saison est bien particulière, marquée par un épisode de gel en date du 8 avril. « Certaines exploitations ont été lourdement touchées, d’autres moins, mais en tout cas la saison a été retardée, précise Sandrine Robail. Les agriculteurs étaient en attente de savoir comment ils allaient redémarrer. Certains arboriculteurs n’ont pas recruté pour l’éclaircissage car il s’est fait naturellement malheureusement. Au mois de mai 2021, le groupement a enregistré une baisse d’embauches de 30% par rapport au mois de mai 2020 ».

« Bouger et travailler en plein air »

S’ajoute donc au phénomène sociétal, les événements climatiques. Mateo, 29 ans, ne fait pas partie des habitués des lieux, tout comme Marion, 37 ans, qui l’accompagne. À bord de leur camping-car, ils sillonnent la France, jusqu’en Corse, à la recherche de contrats, au fil des saisons. « Nous devions aller dans la région lyonnaise pour la cueillette des cerises ''à la tâche'' mais nous n’avons rien trouvé », indique l’Italien.

Il assure mieux gagner sa vie sur les exploitations françaises qu’italienne et table sur une différence de salaire de près de 400 euros. Et Marion de poursuivre : « Des exploitants ont perdu entre 50 et 70% de leur production. Alors nous avons cherché un peu de partout et avons trouvé ici. Après nous irons à Sisteron pour les pommes puis en Ardèche pour les châtaignes pourquoi pas, à Bordeaux pour la taille des vignes… Ce qui nous plaît, c’est de pouvoir bouger et de travailler en plein air. »  Selon la chargée de recrutement et de l’animation d’Agri Emploi 30, ce profil de saisonnier ambulant est de plus en plus fréquent dans les exploitations agricoles.

Mateo, 29 ans, est un saisonnier ambulant, il traverse la France au fil des saisons des fruits et légumes. (Photo : SMa)

La perte de production du domaine des Biches, liée à l’épisode de gel du mois d’avril, est estimée à 15%. « Les dégâts se voient maintenant. Les fruits touchés tombent ou pourrissent sur l’arbre », explique Florian. Malgré tout, il a décidé de maintenir ses effectifs de saisonniers : « Ce sont des personnes fidèles qui viennent chaque année. Alors même s’il faut parfois un peu réduire les heures, le but c’est de les faire venir cette saison pour qu’ils reviennent ensuite. C’est compliqué de trouver des saisonniers, mais c’est aussi compliqué de redémarrer avec une nouvelle équipe tous les ans. Il faut les former ce qui demande à chaque fois du temps. » Et le temps c’est de l’argent. Et de ce côté-là aussi, l’épisode de gel n’a pas été sans conséquence car pour pouvoir rentrer dans ses frais, l’exploitant est contraint d’augmenter ses prix d’environ 20%.

Stéphanie Marin

*Il s’agit d’une association créée en 2019 par la FDSEA, les JA et la Chambre d’agriculture, en partenariat avec la MSA et Pôle emploi.

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Un commentaire

  1. Il y a du travail partout pour qui veut bien travailler .
    Dans ma jeunesse j’ ai fait les tabacs ( Drôme), les mirabelles ( Lorraine) , gardienne de troupeau ( Nord) pour gagner un peu d’ argent de poche et apprendre la vie.
    Aujourd’hui les jeunes sont devenus comme leurs parents: râler et pleurnicher pour exiger toujours plus d ‘aide, ils savent faire. Se retrousser les manches et se lever tôt, je m’ interroge…

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