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FAIT DU JOUR Avancée de la mer au Boucanet : des bungalows remplacés par un cordon dunaire ?

Le camping Cap Fun est au cœur d'un bras de fer. (Photo Boris Boutet)
Les coups de mer menacent le camping Cap Fun. (photo DR)

Le Grau-du-Roi est confronté à de nombreuses problématiques liées à l’évolution de son trait de côte et aux changements climatiques. Un phénomène d'accrétion - une accumulation de sable - est constaté à l'ouest de l'Espiguette, formant un banc de sable qui menace de boucher l'accès aux ports de pêche de plaisance. Le problème inverse touche les Baronnets, mais aussi et surtout la partie ouest de la plage du Boucanet où l'érosion synonyme d'avancée de la mer nécessite une intervention humaine rapide dont la nature fait débat. 

La question est sensible, tant sur le plan environnemental qu'économique. À l'ouest de la plage du Boucanet, la mer ne cesse de progresser. Elle menace désormais un camping et une résidence de vacances. "Ces deux établissements représentent 10 M€ de chiffre d’affaires annuel et 60 équivalents temps plein", chiffre le maire du Grau-du-Roi, Robert Crauste, qui se dit "pleinement engagé pour la défense de ces établissements." 

"Une première préconisation suggérait la création d’un brise lame, mais elle a été refusée par l’État qui considère que la zone n’est pas urbaine, poursuit-il. Il y pourtant notamment un collège et un hôpital sur ce linéaire." Une autre option est donc recherchée et le Symadrem a été sollicité par la Communauté de communes Terre de Camargue pour réaliser une étude.

Fruit d'un travail de près d'un an piloté par un ingénieur, cette dernière a été présentée en février dernier aux différents acteurs concernés. Elle suggère la suppression des enrochements protecteurs existants et la création d’un cordon dunaire de 40 mètres de large. Une solution qui contraindrait le camping Cap Fun, situé en bord de mer, à renoncer à une trentaine de bungalows. Son PDG, Pierre Houé, l’a rejetée.

600 000€ par an de manque à gagner

Il faut dire que la suppression de ces mobil homes situés en front de mer reviendrait, selon lui, à faire une croix sur "plus de 600 000€ de chiffre d'affaires annuel". Surtout, Pierre Houé s'oppose à la suppression d'un enrochement "qui a fait ses preuves en 20 ans. L'enlever nous rendrait plus vulnérable." Du côté du Symadrem, l'analyse est tout à fait différente. "Quand la mer butte sur l'enrochement, ça aggrave la situation en créant un courant qui emporte le sable et active l'érosion, estime son président, Pierre Raviol.  L'avantage du cordon dunaire, c'est que quand la vague vient s'écraser petit à petit sur le sable, l'impact est moins fort."

Un dispositif qui s'appuierait sur le phénomène d'accrétion constaté à l'ouest de la plage de l'Espiguette où un banc de sable s'est formé et prend une importance exponentielle. "On estime qu’environ 350 000 m3 de sable arrive sur cette zone chaque année", évalue Christophe Rosso, le responsable du pôle espaces naturels du Grau-du-Roi. Le coût des travaux est évalué entre 4 et 5 M€, largement pris en charge par l'État et la Région. Mais là aussi, la direction du camping Cap Fun est sceptique. "Une mesure similaire s'est révélée tout à fait inefficace à Vias, dans l'Hérault, pointe Pierre Houé. Quelques mois après les travaux, le cordon dunaire a été emporté par le premier coup de mer. En plus de préserver notre enrochement, les solutions basées sur des atténuateurs de houle, par des filets ou par des boudins paraissent plus adéquates et moins onéreuses."

Les bungalows en front de mer sont menacés. (Photo Boris Boutet)

"Ces mesures ne permettent pas de stopper l'érosion, se défend Pierre Raviol. Quant à Vias, le contexte n'est pas le même qu'au Grau-du-Roi." Elle aussi implantée dans la zone sensible mais un peu moins exposée que le camping, l'enseigne Belambra ne s'est pour l'heure pas prononcée sur la question. "C'est un sujet complexe à mûrir, nous ne sommes pas experts", temporise Patrick Illiano, son directeur immobilier. Même si là-bas également, les effets de l'érosion se font clairement ressentir. "La plage recule et laisse apparaître des cailloux anguleux et des zones dangereuses, pointe la responsable de l'établissement graulen, Bernadette Cibenel. Ça nous pose clairement des problèmes de satisfactions clients." 

Des événements climatiques plus violents

Une dégradation de surcroît renforcée par des événements climatiques qui sont de plus en plus violents et imprévisibles. "On observe des changements radicaux dans l’amplitude et la saisonnalité des tempêtes, analyse Christophe Rosso. On en a par exemple vécue une en juin dernier, alors que d’habitude on ne voit ça que l’hiver. Paradoxalement, on observe que plus on est éloigné de la côte, plus les gens ont conscience du danger. Ceux qui sont les plus exposés ont tendance à fermer les yeux. De toute façon, quoi qu’on fasse, on ne pourra pas lutter perpétuellement contre la progression de la mer." 

Pour l'heure, des évolutions importantes de la largeur de la plage apparaissent en fonction des périodes de l'année et ont été constatées par un huissier mandaté par le Cap Fun. Refusant une action précipitée, Pierre Houé espère "qu'un dialogue soit instauré avec l'administration. Des filets devraient être testés sur Vias. Il semblerait sage d’attendre cette expérimentation avant de détruire notre outil de travail." 

Mais pour Pierre Raviol et le Symadrem, la situation doit évoluer rapidement : "Elle est entre les mains de la préfecture qui temporise pour le moment. Mais si on ne fait rien, la mer va grignoter du terrain jusqu'au camping puis la résidence de vacances." Sur le plan financier comme environnemental, les enjeux sont cruciaux et l'avenir de cette zone pourrait être l'un des dossiers chauds des prochains mois.

Boris Boutet

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