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LES GARDOIS AUX JO Patrick Cubaynes, le chercheur d’or

Cubaynes Los Angeles 1984 (archives NJ)
Patrick Cubaynes en 1984 (archives NJ)

Lors des Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984, l’équipe de France de football a décroché la médaille d’or. Une première pour les Français et un exploit qui n’a depuis jamais été renouvelé. Dans les rangs des Bleus se trouvait le Crocodile, Patrick Cubaynes, et il n’a rien oublié de son été américain.

L’année 1984 restera bénie pour le football français. Cette année-là, les Bleus de Michel Hidalgo décrochent leur premier titre international en remportant l’Euro organisé en France. Le fameux carrée magique (Platini, Giresse, Tigana et Genghini puis Fernandez) est sur le toit de l’Europe. Mais 1984, c’est aussi l’année d’une autre performance, beaucoup mois attendue, à laquelle a participé Patrick Cubaynes, le célèbre canonnier des Crocodiles.

Loin du stade Jean-Bouin et de l’hexagone, l’épopée qui nous intéresse se déroule aux États-Unis à l’occasion des Jeux Olympiques de Los Angeles. Ces premiers jeux version US depuis 1932 (déjà à Los Angeles) ont lieu dans un contexte de guerre froide. Quatre ans plus tôt, à Moscou, 66 pays dont les USA, le Canada, la Chine et l’Allemagne de l’Ouest décident de boycotter la compétition suite à la présence de troupes soviétiques en Afghanistan. En représailles, les pays du bloc communiste refusent d'aller aux JO californiens.

« Avec les résultats de Nîmes Olympique, j’avais peur de ne pas être sélectionné »

Pour le football, c’est un véritable tremblement de terre puisque les nations d’Europe de l’Est sont constamment championnes olympiques depuis 28 ans (Hongrie 1952, 1964 et 1968, URSS, 1956, Yougoslavie 1960, Pologne 1972, RDA 1976 et Tchécoslovaquie 1980). Ces absences représentent une chance pour beaucoup de pays habituellement cantonnés au rôle de faire-valoir. La France, qui n’a plus atteint les demi-finales depuis 1920, sent aussi l’opportunité de ramener une breloque.

Mais il faut d’abord passer par le tournoi préolympique. C’est chose faite quand l’équipe de France se débarrasse de la Belgique, de l’Espagne et de la RFA. Patrick Cubaynes est de la partie, mais ils jouent aussi avec un Nîmes Olympique englué dans les bas-fonds de la D1. Les Crocodiles sont relégués en D2 et malgré ses 11 buts en D1, l'avant-centre n’est pas serein : « Avec les résultats de Nîmes Olympique, j’avais peur de ne pas être sélectionné. Ça a été un soulagement d’en faire partie. Henri Michel était un mec franc et loyal, de la trempe de Pierre Barlaguet ».

Les résultats de la France sont prometteurs, d’autant que les adversaires des tricolores en phase de poule des JO semblent abordables avec la Norvège, le Chili et le Qatar. Basés sur la côte Est des Etats-Unis pour ce début de compétition, les joueurs d’Henri Michel s’éclatent de Boston (Massachussetts) à Annapolis (Maryland). « C’était mieux que des vacances, le soir nous allions dans les boites de nuit et le jour nous assistions aux compétitions des grands athlètes. C’était une équipe de bringueurs et même le coach sortait avec nous. »

L'ogre yougoslave en demi-finale

La détente n’exclut pas les performances. Sans surprise, les Français terminent premiers et ils écartent l’Égypte en quart-de-finale. Mais avec la Yougoslavie en demi-finale, c’est un ogre qui se dresse devant les bleus. On trouve Mehmed Bazdarevic, Milko Djurovski (deux futurs nîmois) et Dragan Stojkovic dans les rangs yougoslaves. « Ils avaient des grands joueurs, mais nous aussi, et nous étions solidaires », se souvient Patrick, qui entre presque à tous les matchs.

En 1984, Patrick Cubaynes jouait au Nîmes Olympique (archives NJ)

Devant plus 100 000 personnes et au terme de la prolongation, la France s’impose 4-2 et se qualifie pour la finale. Le grand jour arrive le 11 août 1984 au Rose Bowl de Pasadena, la France est opposée au Brésil (avec deux futurs champions de monde Gilmar et Dunga). Sous une chaleur accablante, les Bleus créent la surprise en disposant des Auriverdes grâce à des buts de Brisson (55e) et Xuereb (60e). Le Rose Bowl de Pasadena est garni de 101 799 spectateurs, pourtant notre Nîmois n’est pas perturbé par le contexte : « Les gens criaient quand il y avait un petit pont ou un beau geste, mais le reste du temps il n’y avait pas d’ambiance et ça ne m’a pas impressionné. Je préfère la ferveur de Marseille et Saint-Etienne. »

Trois minutes de bonheur et 103 000 frs

Les minutes passent, la victoire se dessine pour les Bleus et, sur le banc des remplaçants, Patrick Cubaynes s’impatiente : « J’ai dit au coach qu’il fallait que je rentre et Daniel Xuereb est venu me voir et il m’a dit « remplace moi vite ! » ». Le bonheur ne durera que trois minutes pour le Crocodile, mais il est champion olympique. Un mois et demi après l’Euro, les Français remportent leur première médaille d’or de la discipline. Hormis Patrick Cubaynes, on retrouve parmi les médaillés des futurs Crocodiles comme William Ayache (1991-92), François Brisson (coach 2002-03), Jean-Claude Lemoult (1991-93) et Jean-Louis Zanon (1989-91).

Cubaynes (au second rang troisième en partant de la gauche) avec sa médaille d'or (archives NJ)

Ce groupe a créé des liens indéfectibles et chaque année, les héros de Los Angeles se retrouvent autour d’un repas pour se remémorer leur été américain. Des souvenirs, ils en ont à la pelle : « Nous avons fait le tour des États-Unis, c’était fantasque. Sur les 27 jours passés là-bas nous avons passé 26 jours à bringuer ». De retour dans le Gard, Patrick Cubaynes fête sa médaille avec ses potes au Marinella, la discothèque que l’on appelle aujourd’hui le Joy. « Nous avions touché 103 000 francs chacun, mais aujourd’hui les joueurs toucheraient 1 million. C’est une fierté d’avoir gagné cette médaille, mais je ne sais pas pourquoi on n’a jamais été reconnus », regrette le Nîmois.

Peut-être que le triomphe de l’Euro 84 a mis au second plan la performance des Jeux de Los Angeles... Quant à sa médaille, le Nîmois n’est pas du style à l’exhiber ou à la contempler tous les jours : « Je ne sais pas où elle est et avec tous mes déménagements je ne suis pas certain de l’avoir encore. ». Peu importe... L’exploit des Français et de Patrick Cubaynes est gravé dans la panthéon du sport français.

Norman Jardin

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