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FAIT DU JOUR À Meynes, Jean-Claude Peretto dégoupille la tendance des grenades en France

Jean-Claude Peretto a relancé la production de grenades en France en 2007. Depuis, de nombreux producteurs l'ont suivi. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Faire ce que tout le monde fait déjà, très peu pour Jean-Claude Peretto. Ce Cavaillonnais d'origine s'est lancé en 2007 dans la grenade bio. Un fruit dont la culture avait totalement périclité en France. Alors au début, personne ne croyait en son projet. Surtout que notre néo-agriculteur de 70 ans aujourd'hui n'est pas du tout du milieu. Nous l'avons rencontré sur son exploitation de 10 hectares à Meynes, quelques semaines avant le début de la récolte.

Rien ne prédestinait Jean-Claude Peretto à se tourner vers l'arboriculture, et encore moins à réintroduire ce fruit aux graines rouges. Quoique. Après avoir obtenu son diplôme au Centre des fruits et légumes de la CCI d'Avignon, il a entamé sa carrière dans la grande distribution. Il est ensuite resté une quinzaine d'années chez Ferrero jusqu'à devenir directeur régional à Tours. Mais à 41 ans, il ne se sent plus en phase avec ce travail "qui a changé", il quitte alors l'entreprise agroalimentaire mais peine à retrouver un emploi.

Après un passage de dix ans à Paris, il est licencié à l'aube de la retraite et finit par s'installer dans le Gard. Avec un projet dans les valises : celui du retour à la terre. Mais pas question de planter des vignes ou des abricotiers : "Je ne voulais me frotter à une agriculture qu'il y a déjà sur place, où il y a déjà un savoir-faire. J'ai étudié la possibilité de faire du kaki, de la pistache... Je voulais un fruit qui sorte de l'ordinaire. C'est finalement la grenade qui s'y prêtait le mieux", raconte Jean-Claude Peretto.

Les 3 000 premiers arbres plantés en 2007

Quand il travaillait dans la grande distribution, il mettait souvent les grenades en tête de gondole et elles se vendaient comme des petits pains. Aux États-Unis, le fruit a déjà son petit succès à ce moment-là. Pourtant, pas grand monde ne croyait en l'ambition de Jean-Claude Peretto. À part quelques arbres isolés, la culture de la grenade en France a totalement disparu.

Jen-Claude Peretto se rend en Espagne, à Elche, rencontrer des producteurs. Là-bas, il se heurte à des discours assez pessimistes et mines renfrognées. Il glisse à son interprète : "Dis-leur que je ne suis pas agriculteur de métier et que l'on me traite de fou." La petite phrase fait mouche et le contact se noue assez facilement.

Finalement, en mars 2007, Jean-Claude Peretto plante ses 3 000 premiers plants dans un bout de terre de 10 hectares à Meynes. Et ils se plaisent bien sous le climat méditerranéen du Gard. L'agriculteur n'a pas choisi la Wonderful, la variété la plus courante, très rentable, mais pas forcément la meilleure en goût. Il privilégie la Mollar de Elche. Quelques années plus tard, il se tournera vers la "Provence - la mióugrano de la prouvènço", qui est maintenant une marque déposée.

Deux ans en arrière, un incendie a ravagé la parcelle

Au fur et à mesure des années, les arbres montent en rentabilité. 1 000 autres seront plantés. Il cultive 100% en bio, d'autant que les arbres attrapent peu de maladies. Pendant les récoltes fastes, il atteignait les 200 tonnes. Mais un douloureux événement a donné un grand coup de frein à la production. Il y a deux ans, la parcelle de Jean-Claude Peretto a été ravagée par les flammes : "On n'a produit que 10 tonnes l'an dernier, on en espère 15 ou 20 cette année. On a perdu 300-350 000 euros mais on est résilient, on ne reste pas les bras ballants."

Loin de se décourager, l'agriculteur veut encore se développer. En plus des fruits et des jus qu'il proposent à la vente, il veut lancer sa compote composée à 15% de grenade. Il a aussi élaboré une bière blonde à base de ce fruit. "La grenade a des vertus d'antioxydant. C'est très bon pour les maladies du coeur. Pour les hommes, c'est aussi super pour la prostate. Après un jus, on passe généralement une bonne nuit", atteste-t-il. On peut trouver sa production d'octobre à fin novembre dans les magasins Satoriz et dans certains Biocoop. Toujours estampillée "Grenade de France".

Depuis qu'il s'est lancé à son compte, la grenade a gagné en notoriété. Jean-Claude Peretto est d'ailleurs apparu dans beaucoup de médias : Le Point, L'Express, Le Nouvel Observateur et même à la télévision coréenne. "C'est vraiment devenu un produit santé. Avant, je me rappelle que les magasins me prenaient deux plateaux pour me faire plaisir. Maintenant les magasins m'appellent pour 10 palettes."

S'il a créé la première exploitation du Gard et même de France, de nombreux producteurs l'ont suivi depuis. Il attend début octobre pour commencer la cueillette aidée de ses fidèles équipes. À 70 ans, Jean-Claude Peretto se donne encore quelques années dans les champs. Le temps aussi que sa production redevienne rentable. Il espère tendre le flambeau familial à sa fille pour que la grenadière continue de faire éclater ses fruits à la chair flamboyante.

Marie Meunier

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