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PONT-DU-GARD Assises des violences faites aux femmes : un grand rendez-vous pour libérer la parole

Ce mardi, se sont tenues les premières assises du Gard sur la violence faite aux femmes, au Pont-du-Gard. (Marie Meunier / Objectif Gard)
Tous les acteurs de la prise en charge des femmes victimes étaient présents : policiers, gendarmes, avocats, personnels d'accueil, associations... (Marie Meunier / Objectif Gard)

"La honte et la peur doivent changer de camp". C'est par ces mots que Pierre Prat, président de la communauté de commune du Pont-du-Gard, et Anthony Cellier, député, ont ouvert les premières assises des violences faites aux femmes du Gard. L'occasion de faire un point d'étape sur tout ce qui est fait dans le département, mais aussi de s'améliorer et de chercher d'autres solutions pour aider les victimes. 

Pierre Prat a décidé d'élever la cause des violences faites aux femmes au coeur du mandat de la communauté de communes. C'est donc au Pont-du-Gard que se sont déroulées ces premières assises, organisées de concert avec le CIDFF (Centre d'information sur les droits des femmes et des familles) et la préfecture. Cet événement inédit a réuni toutes les maillons de la chaîne de prise en charge des femmes victimes : policiers, gendarmes, magistrats, avocats, associations, travailleurs sociaux, personnels d'accueil...

Ces premières assises des violences faites aux femmes ont été impulsées par la CCPG et son président, Pierre Prat, de concours avec le CIDFF 30 et la préfecture. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Chacun a un rôle déterminant à jouer. "D'un côté, on a le sentiment que la situation des femmes se dégrade : leurs droits sont de plus en plus remis en cause, la violence se multiplie dans toutes ces formes. Mais à l'inverse, une dynamique positive s'est mise en oeuvre depuis le Grenelle sur les violences conjugales", contextualise Éric Maurel, procureur de la République de Nîmes.

En 2020, en France, 125 personnes sont mortes sous les coups de leur partenaire ou ex-partenaire. Depuis le début de l'année 2021, 76 femmes sont décédées. "Au niveau local, il faut savoir que le Gard est le 2e département d'Occitanie le plus touché par les violences conjugales. Il n'y a pas eu de féminicide en 2020, mais il y en a eu un en juillet à Vauvert", commente Iulia Suc, directrice de cabinet de la préfète du Gard.

"En 2020, ce sont 1 650 femmes du Gard qui ont subi des violences"

Sans aller jusqu'au féminicide, dans le Gard, en 2020, il y a eu 2 034 interventions des forces de police et de gendarmerie pour des cas de violence conjugale. "En 2020, ce sont 1 650 femmes du Gard qui ont subi des violences. Et c'est sans compter celles qui le subissent et qui ne sont pas repérées", ajoute-t-elle.

Plusieurs saynètes ont été jouées par deux comédiennes de la Compagnie internationale Alligator pour se rendre compte du parcours des femmes victimes de violence. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Plusieurs dizaines d'années en arrière, ces violences au sein du foyer n'étaient pas mises sur le devant de la scène. Cela restait dans la sphère privée. Aujourd'hui, on observe une conscientisation de ces violences comme un phénomène sociétal et non plus comme des cas isolés. Le Grenelle des violences conjugales, lancé il y a deux ans par le Gouvernement, a donné lieu à 53 mesures. Et certaines s'appliquent au niveau du département comme la diffusion d'une carte recensant tous les points d'accueil, la sensibilisation des commerçants et des pharmacies... Il y a d'autres dispositifs portés par le CIDFF comme le téléphone grave danger, les bons de nuitées d'hôtel pour les femmes portant plainte... L'observatoire départemental des violences faites aux femmes a également été créé en 2020, permettant le lancement d'expérimentations et de dispositifs.

Un autre axe du Grenelle portait sur la création de places d'hébergement d'urgence. Sur les 1 000 créées, le Gard en a bénéficié de 43, ce qui porte le nombre de places dans le département à 64. Et bien sûr, la lutte contre les violences passe également par la lutte contre la récidive. Depuis fin 2020, un centre de prise en charge des auteurs de violence a ouvert, avec tout un accompagnement et des stages de responsabilisation.

Avec le covid-19, "le tribunal judiciaire de Nîmes a connu 100% d'augmentation des violences conjugales"

Plusieurs expérimentations sont menées sur l'éloignement des auteurs, comme l'explique Éric Maurel : "Nous sommes un site expérimental depuis décembre à la demande du cabinet du Garde des Sceaux du contrôle judiciaire avec placement probatoire. Il n'y a que deux juridictions qui le font en France, Colmar et nous. On propose une assignation à résidence dans une structure dédiée, avec un accompagnement pour que le jour du jugement, on puisse apprécier le parcours du mis en cause." 25 des 30 appartements sont occupés aujourd'hui. Les résultats sont plutôt encourageants avec une vraie réflexion comportementale des mis en cause.

Une table ronde a été organisée avec Iulia Suc, directrice de cabinet de la préfète, Éric Maurel, procureur de la République de Nîmes, Béatrice Bertrand, présidente du CIDFF 30, le général Éric Chuberre du groupement de gendarmerie départementale, et le commissaire Emmanuel Dumas, chargé de sûreté départementale. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Toutes ces actions revêtent une importance encore plus grande, après une période covid "particulièrement inquiétante sur le plan judiciaire" : "Au regard de la même période les années précédentes, le tribunal judiciaire de Nîmes a connu 100% d'augmentation des violences conjugales. Ça donne une idée de la massification des dossiers", déclare Éric Maurel. Il ressent une plus grande implication de la gendarmerie et de la police sur cette thématique : "Avant le Grenelle, nous recevions 3-4 appels par jour, aujourd'hui, nous en sommes à 10-12, avec quasiment systématiquement des déferrements. De manière assez empirique, on peut dire que la promiscuité et le caractère anxiogène du confinement peuvent expliquer cette hausse des violences conjugales."

Dans le Gard, des formations sont organisées pour les policiers et les gendarmes : "L'idée centrale, c'est que le policier ne doit plus être livré à lui-même. Appréhender la victime sur l'aspect psychologique, recueillir la parole, caractériser la dangerosité de l'auteur sont au coeur de la formation des policiers", atteste le commissaire Emmanuel Dumas. Le but étant de faciliter la discussion. Du côté des gendarmes aussi, 450 actions de formation ont été menées l'année dernière par l'AMPF et les militaires du groupement au sein des structures scolaires.

Davantage écouter les femmes et les croire

Malgré cet élan commun, ces dispositifs, ces formations, il reste une marge de progression pour aider encore plus efficacement ces femmes. "Le parcours des femmes victimes est long et semé d'embûches. On a besoin que toutes les plaintes soient prises. On a encore des soucis à ce niveau. Il faudrait aussi un traitement judiciaire prioritaire des plaintes et protéger ces femmes dans l'urgence en utilisant davantage les ordonnances de protection", avance comme pistes d'amélioration, Béatrice Bertrand, directrice du CIDFF 30.

Elle déplore la non-reconduction du poste de référent violence de l'association instauré depuis 2009, faute de financement. Mais côté expérimentations, plusieurs sont en cours : la mesure d'accompagnement protégé (sécurisant le droit de visite) qui sera en place d'ici la fin de l'année, et l'hospitalisation totale des enfants qui ont assisté à des féminicides.

Plusieurs ateliers se sont tenus à midi pour faire émerger des problématiques rencontrées par les femmes dans leur parcours. En espérant que de nouvelles idées émergent pour faciliter la prise de parole et pour que les victimes retrouvent le plus vite possible une existence paisible.

Marie Meunier

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