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LE 7H50 Emma Daumas (ex-Star Academy) : « Travailler avec des artistes contemporains m’a décomplexée… »

Le cinquième et dernier album d'Emma Daumas "L'art des naufrage" a remporté le prix Coup de coeur de l'Académie Charles-Cros. (Marie Meunier / Objectif Gard)

La chanteuse gardoise Emma Daumas a retrouvé le chemin des salles de concert pour présenter son cinquième opus L'Art des naufrages sorti le 15 janvier 2021. Plus de dix ans se sont écoulés entre ses deux derniers albums, pour autant, elle n'a jamais cessé de créer, explorant au fil de ses rencontres, de nouveaux formats d'expression, de l'écriture à l'art contemporain. L'ex-candidate de la Star Ac' sera sur la scène de la SMAC Paloma à Nîmes ce jeudi 23 septembre à 20h. 

Objectif Gard : Vous retrouvez le chemin des salles de concert pour présenter votre dernier album L'Art des naufrages. Avant cela, il y a eu dix années d'absence sur la scène musicale. Dix années lors desquelles vous vous êtes réfugiée dans l'écriture et l'art contemporain. Pourquoi ce choix ?

Emma Daumas : J'ai vécu huit années folles au sein d'une grande maison de disques, à passer à la télévision, c'était super. Mais je ressentais une frustration dans le fait d'avoir cette position de "star" et de ne pas être reconnue pour mes capacités artistiques. Je suis auteur-compositeur depuis toute jeune et ce n'est pas quelque chose que j'ai pu mettre en exergue et travailler pendant toute la durée de mon contrat avec Universal. Donc la première chose que j'ai faite, c'est de me replonger dans l'écriture. J'ai eu l'incroyable chance d'être accompagnée par Maxime Le Forestier. Et puis, j'ai écrit un roman Supernova, pour lequel je me suis intéressée à tous les principes de narration. Je ne me suis jamais dit que je pourrais me lancer dans l'aventure d'un récit et finalement depuis ce travail sur Supernova, la narration fait partie de quasiment tous mes spectacles et mes créations artistiques. Aujourd'hui, je ne peux plus me présenter sur scène et ne faire que chanter. J'ai besoin que ça s'inscrive dans une histoire.

L'Art des naufrages était au départ un spectacle protéiforme présenté au Théâtre du chêne noir à Avignon lors du Festival Off 2019. En faire un album était la suite logique ? 

Ces chansons, je les ai écrites lorsque j'étais en résidence à la Cité internationale des arts de Paris, en 2016. À ce moment-là, je travaillais avec Danièle Molko avec qui je signe et qui me dit qu'on va enregistrer un album. Mais au moment de rentrer en studio, Danièle est décédée très brutalement. Ça a été un tsunami, Danièle ne m'a jamais rien imposé, a toujours respecté ma logique artistique, mon processus de création. Il n'était alors plus question pour moi de faire un album. Je ne voulais pas aller frapper à la porte des producteurs, par contre j'ai imaginé un projet en me disant : vas où le vent te mène. Et au fil des rencontres avec des musiciens, avec une artiste plasticienne dans les arts numériques, Justine Emard, avec un metteur en scène avignonnais, Nicolas Génie et avec l'auteur Muriel Magellan, on a créé ce spectacle au Théâtre du chêne noir. En créant ce spectacle je savais que ça allait nourrir mes chansons. Sur scène, en écoutant bien les chansons et la narration qui les entoure, les gens s'aperçoivent très vite que je raconte mon cheminement, mon parcours, ce que j'ai vécu ces 12 dernières années.

Vous revendiquez votre indépendance. En quoi vous sentez-vous plus libre aujourd'hui ? 

Le mot artiste est très galvaudé aujourd'hui, on y met beaucoup de choses et chaque milieu a sa vision de ce qu'est un artiste. Pour avoir navigué dans le milieu de l'industrie musicale à mes débuts, ce que j'en ai vu c'est tellement peu de liberté. Ce n'est pas comme cela que j'aborde un travail artistique. C'est très facile de faire du beau, du propre, de l'efficace avec une armada d'auteurs-compositeurs, des coiffeurs, des stylistes etc. Je considère que ma chance aujourd'hui c'est de m'être rendu compte à un moment donné que j'étais autre chose que ça, même si j'avais un peu de ça en moi et que je me suis éclatée. Mais j'avais autre chose qui cherchait à s'épanouir. Je me suis donnée les moyens, une fois l'avoir réalisé, de toujours conserver cette liberté jusqu'à produire ce disque moi-même avec ma petite structure. C'est peut-être plus artisanal, mais c'est comme cela que j'arrive à garder mon âme ce qui me garantit ma liberté créative.

On vous connaissait plus artiste rock, on vous surnommait la Avril Lavigne française. L'ambiance de ce cinquième album est plus florale, plus folk peut-être même paradoxale avec le titre L'Art des naufrages.

Je pense que ce titre est ouvert à l'interprétation de chacun. Il y a certes "naufrages" mais il y a "l'art" aussi. C'était juste une façon pour moi de mettre le doigt sur le fait que l'existence ce n'est pas juste la lumière, c'est aussi les parts d'ombre. C'est ce qui selon moi fait une existence réussie. On n'est pas toujours épargné par la vie. Pour moi, ce sont ces douze dernières années qui sont contenues dans cet album, retraçant tout ce cheminement de petite révolution intérieure, à la recherche de mon âme créatrice.

La chanson "Saltimbranques" est certainement celle qui illustre le mieux vos propos...

C'est une chanson sur les moments où effectivement on se demande : "Mais pourquoi on fait ce métier ?" La chanson est un métier qui nécessite énormément de don de soi et d'engagement de soi et puis en même temps on est tributaire des autres, on s'expose au regard des autres... "Saltimbranques" c'est une manière de se dire avec autodérision : "Mais qu'est-ce qui m'attire là-dedans ? Pourquoi est-ce que je continue ? Pourquoi quand c'est difficile on s'accroche quand même ?" C'est une façon d'en rire un peu et de comprendre ce désir de laisser sa trace, de toujours un peu exister par la reconnaissance des autres, ce qu'on appelle l'amour du public. Alors moi, je suis un peu critique avec ça. J'ai bien compris que tout ça était très volatile.

Justement, vous êtes maman. Si l'un de vos enfants vous disait qu'il souhaiterait participer à The Voice par exemple, le laisseriez-vous faire ?

Je ne suis pas du tout contre. Quand on a une passion, de se donner les moyens de la vivre. Au contraire... Mais je pense qu'il faut toujours être très lucide et très clair avec ce pourquoi on fait ce métier. L'important est de bien garder les pieds sur terre et s'interroger sur ce qu'on est prêt à faire ou pas pour réussir dans ce métier.

Entre nous Emma, si vous deviez écrire une chanson suite à notre entretien, quel en serait le titre ? Lâchez-vous la susceptibilité n'est pas mon plus grand défaut !

(Rires) "Et toi raconte-moi ta vie !" On passe notre temps à parler de nous, et parfois de choses un peu intimes, à des gens qui finalement ne se dévoilent pas.

Propos recueillis par Stéphanie Marin

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