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CARDET Se relever ou renoncer : les vignerons confient les clés de leur avenir à l’État

Guilhem Peladan confie son désarroi à la préfète du Gard, Marie-Françoise Lecaillon. (Photo Corentin Migoule)

Moins de six mois après une gelée noire d’une ampleur inédite et alors que la campagne 2021 des vendanges touche à sa fin, la préfète du Gard n’a pu que constater le désarroi des vignerons qui, pour certains, remettent en question leur avenir dans la profession.

Se relever ou jeter l’éponge ? Sauver les meubles ou tout arracher ? Des questions qui trottent dans les têtes de nombreux agriculteurs gardois depuis des mois à l’heure de trouver le sommeil. Car le violent épisode de gel qui a fait descendre le mercure jusqu’à -7°C au mois d’avril dernier, a laissé des traces. Certains viticulteurs et arboriculteurs du département ayant perdu l’intégralité de leur exploitation lors de cette nuit blanche passée à allumer des feux qui n’ont pas évité la gelée noire.

Alors, pour se rendre compte de l’ampleur du désastre, la préfète du Gard a entamé une tournée de plusieurs exploitations gardoises depuis quelques semaines. Ce jeudi, en milieu de matinée, la représentante de l’État était attendue au domaine des Arnasseaux, à Cardet. Guilhem Peladan est l’heureux propriétaire de ce site qui se transmet depuis cinq générations. Pourtant, le dernier nommé se fait des nœuds au cerveau ces dernières semaines, comme bon nombre de confrères.

« J’ai perdu 80% de mes récoltes », entame-t-il après avoir été interrogé par la préfète du département au sujet d’une campagne de vendange qui touche à sa fin. Habitué à produire entre 1 500 et 2 000 hectolitres, son domaine de 25 hectares n’a pu en fournir que 300 cette année. Un « moindre mal » pour celui qui, depuis le début des années 2000, écoule la totalité de sa production via des réseaux de cavistes et de restaurateurs, en plus de la vente en direct.

2022, l’année de tous les dangers

« Ça devrait être suffisant pour satisfaire mes marchés en 2022 », concède toutefois Guilhem Peladan, tout en espérant fortement qu’un tel « drame » ne se rejouera pas de si tôt. « Si on prend le même carreau l’année prochaine, il y aura des cessations d’activité », prévient de son côté Christophe Novara, président de la coopérative Le Cellier des Chartreux, implantée à Pujaut. Ce dernier sait de quoi il parle. Son domaine personnel de 35 hectares basé sur la commune de Sauveterre s’est lui aussi vu retirer 80% de son plein potentiel.

Dans ces conditions, et malgré la réactivité de l’État qui a déjà crédité « en urgence » les exploitations gardoises à hauteur de 700 000 euros, certains vignerons sont dans l’expectative quant au montant exact qui pourrait leur être alloué au titre d’une reconnaissance en « calamité agricole ». « Sur ce dossier, on attend l’État avec impatience pour pouvoir se situer. Car 2022 est l’année de tous les dangers », redoute Christophe Novara. « Pour les montants, si ça peut aider les viticulteurs à se projeter, on peut essayer des simulations, mais ça ne sera pas la vérité vraie », annonce Marie-Françoise Lecaillon, après avoir admis son impuissance à l’égard « d’une accélération des phénomènes climatiques extrêmes, avec des intensités de plus en plus fortes ».

En fin de visite, et avant que la préfète du Gard ne file en direction d’une exploitation durfortoise, l’assistance, composée d’élus, d’une douzaines de vignerons, et de membres de la Chambre d’agriculture, a tenté d’esquisser quelques propositions pour se prémunir de nouveaux épisodes de gel. « On pourrait réfléchir à une taille un peu plus tardive, mais ce sera compliqué de tout faire au dernier moment », lance l’hôte du jour. Tandis que la conclusion – pour le moins tranchante – est venue de la bouche de Pierre Jauffret, président des vignerons indépendants du Gard : « L’agriculture est une des mamelles nourricières du Gard. Si elle périclite, ça posera problème, car pas d’agriculture, pas de paysages, et pas de paysages, pas de touristes. »

Corentin Migoule

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