A la uneAlès-CévennesInsolite

FAIT DU SOIR 60 jours confinés dans la grotte de Trabuc : « On nous a traités de fous furieux »

Jean-Philippe Troux et Patrick Candela en pleine installation du campement dans la grotte de Trabuc. (Photo Denis Maljean, avec l’appui technique de MM. Troux & Candela)

Du 29 novembre au 27 janvier prochain, Patrick Candela disparaîtra des radars. Le spéléologue s’apprête en effet à participer à une expérience scientifique et humaine inédite, à 150 mètres sous terre, dans les entrailles de la grotte de Trabuc, à Mialet. Accompagné de Jean-Philippe Troux, géologue de formation, le Mialétain de 66 ans retente une immersion dans une grotte qu’il a investie trois semaines durant, en 2009, en autonomie complète, sans possibilité de communiquer avec l’extérieur. 

Objectif Gard : Quelle est la vocation de cette expérience hors du commun ?

Patrick Candela : Il y a d’abord l’aspect humain, pour comprendre les mécanismes biologiques du corps. Et puis il y a surtout l’expérience scientifique, avec une étude sur la climatologie pour tenter de démontrer que l’évolution du climat extérieur est corrélée à celle du climat de la grotte. On va aussi faire de la biospéléologie avec un recensement des espèces cavernicoles. Ainsi que de la topographie 3D afin de créer une représentation en images virtuelles de la grotte qui permettra aux personnes âgées, handicapées, et à ceux qui n’osent pas aller sous terre, de la découvrir. On n’y va pas pour hiberner ! Il y a quand même des gens qui nous suivent et qui aimeraient avoir des résultats.

Depuis quand la phase d’installation du campement a-t-elle débuté ?

Le premier gros portage a eu lieu au mois de mai dernier, lors du week-end de l’Ascension. Ça représente environ 1,5 tonne de matériel, dont 400 litres d’eau.

Où avez-vous établi votre campement dans la grotte ?

Dans la salle du Chaos, à 150 mètres de profondeur, à près de 700 mètres de l’entrée naturelle de la grotte. C’était vraiment pas évident de trouver un espace de 30 m² qui soit à peu près plat dans la cavité. C’est une salle qui a la particularité de rester sèche, même en cas d’épisodes orageux extérieurs, ce qui n’est pas le cas de tout le reste de la grotte de Trabuc.

Au-delà du matériel scientifique, il y a aussi tout ce qui est relatif à votre survie. Comment allez-vous vous alimenter durant ces 60 jours ?

Avec des plats déjà préparés que l’on trouve en grande surface. On en a descendu 152, ça commence à faire une belle pile sur la table ! Il nous faut aussi des desserts et des encas comme des tablettes de chocolat ou des biscuits. On suivra un régime diététique spécifique. Tout sera calculé. On aura même des compléments alimentaires en vitamines et sels minéraux, ainsi que des lampes de luminothérapie qui nous permettront de percevoir de la lumière une à deux heures par jour.

En 2009, lors de votre dernière aventure souterraine dans la grotte de Trabuc, vous n’étiez resté que trois semaines, avec déjà des conséquences sur votre physique…

J’avais perdu six kilos ! Alors est-ce que ça veut dire que cette fois je vais en perdre 18 ? Je n’espère pas (rires) ! Autre précision, en 2009, je n’avais aucun repère temporel. Mais ça ne présentait pas beaucoup d’intérêt, alors cette fois on aura l’heure et on suivra un rythme de sommeil classique.

Qu’en sera-t-il en termes d’hygiène alors que l’humidité dans la grotte s’établira aux alentours de 90% ?

On va prendre des vêtements de rechange, mais en quantité limitée. Il est évident qu’on n’aura pas 60 slips pour 60 jours. Pour se laver, on utilisera des lingettes et des brumisateurs. Il existe aussi des gants jetables sur lesquels on appose un tout petit peu de savon de Marseille, avant de se frotter avec. C’est comme ça que j’ai procédé en 2009. Évidemment j’étais ravi de pouvoir prendre une douche, mais quand je suis sorti je ne sentais pas mauvais. Enfin, il me paraît important de préciser qu’on ne laissera pas le moindre déchet dans la grotte. Le site sera plus propre que quand on y rentrera !

Suivez-vous une préparation physique et/ou mentale spécifique pour cette expérience ?

Je fais beaucoup de course à pied. Aussi, le fait d’être guide-spéléo pour la grotte de Trabuc en travaillant tous les jours dans la cavité s’apparente à un entraînement en soi. Sur le plan mental, il n’y a rien de spécial. Dans ma tête, le défi est accepté.

Avec Jean-Philippe Troux, vous êtes liés d’amitié depuis près de 15 ans. C’est un gage de réussite de l’expérience ?

Oui en effet, il vaut mieux qu’on s’entende bien si on veut éviter de se taper dessus (rires) !

La particularité de cette aventure, c’est qu’elle va se tenir durant une période marquée par les fêtes de fin d’année, généralement synonymes de retrouvailles familiales. Ça rajoute une difficulté ?

Personnellement je m’en moque complètement. Ça m’évitera de souhaiter bonne année à tout le monde (rires) ! Je suis issu d’une famille où on n’attend pas Noël pour dire aux gens qu’on les aime. D’autant qu’étant athée, Noël n’a pas une grande signification pour moi.

Comment votre démarche est-elle perçue par vos proches ?

Au départ, ma compagne ne comprenait pas. Maintenant elle est à fond dedans ! Il fallait le temps de l’acceptation. C’est sûr qu’on est atypiques et on a même été traités de fous furieux. Mais si on s’arrête à ça on ne fait rien dans la vie ! Ce qui me dérange, ce sont les gens qui font des remarques alors qu’on ne leur bouffe pas leur herbe. Ce n’est même pas un projet financé par de l’argent public, mais avec notre pognon ! Et on tire la langue…

Propos recueillis par Corentin Migoule

L’expérience vue par son partenaire, Jean-Philippe Troux :

« Je suis géologue de formation et j’ai découvert la spéléo à 17 ans. Ça a été une révélation, j’étais fait pour ça ! Ce qui m’intéresse dans cette expérience, outre son volet scientifique, c’est le côté psychologique. Car si on rentre dans la grotte avec un très bon mental de base, on ne sait pas du tout ce qui va se passer pendant 60 jours. Il va falloir vivre dans un espèce de bunker en faisant comme si on avait une vie normale, c’est pour ça que j’ai demandé à ce que nous descendions un vélo d’appartement pour pouvoir faire du sport et éviter que notre corps ne s’ankylose. Contrairement à Patrick, c’est plus difficile pour moi d’être éloigné de ma famille en pleine période de fêtes de fin d’année. J’ai été habitué à des grands rassemblements familiaux à cette occasion. Mais au fond, ce n’est pas très grave. On va être dans un environnement protégé, dans lequel on se sent bien, avec une vraie zénitude grâce à la roche. »

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page

Adblock détecté

S'il vous plaît envisager de nous soutenir en désactivant votre bloqueur de publicité