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FAIT DU SOIR Bousmaha Amara, enseignant de boxe à l’école de la vie

Bousmaha Amara n'est pas un enseignant de boxe ordinaire. (Photo Boris Boutet)
L’enseignant a su insuffler un esprit familial dans son club. (Photo Boris Boutet)

Créé en 2014, le Boxing club de Beauvoisin est aujourd’hui l’un des plus importants du département en nombre de licenciés. Cette réussite, l’association la doit beaucoup à Bousmaha Amara qui est bien plus qu’un enseignant au sein de cette structure. 

Il avait tiré un trait sur la boxe qu’il croyait définitif. « J’avais 16 ans et j’étais champion de France de ma catégorie quand on ma détecté un kératocône, une maladie de la cornée, rembobine Bousmaha Amara. Pour moi, c’était la fin : on m’a radié à vie de tous les sports de contact. » Dévasté, l’ex-boxeur range ses gants et s’éloigne des rings jusqu’à ses 33 ans. Alors médiateur pour la ville de Vauvert, il se laisse finalement convaincre par une expérience dans l’enseignement.

« Quand j’ai eu obtenu mon diplôme, j’ai décidé de créer mon club dans ma commune de Beauvoisin, se rappelle-t-il. C’était en 2014. Au départ, on n’était pas nombreux. Le club a vraiment pris de l’ampleur avec les Jeux olympiques de 2016. » Les exploits de l’équipe de France de Tony Yoka font des émules et les effectifs du Boxing club 1980 explosent. Bénéficiaire d’une pension d’invalidité, Bousmaha Amara se consacre aujourd’hui à sa passion à plein temps.

Rigueur militaire et soutien exemplaire

Sur place, la rigueur est de mise. « Je refuse les maillots de football, on n’est pas là pour montrer nos origines, indique celui que tout le monde surnomme Bous’. Ici, on est tous à égalité. Chacun doit porter la tenue du club pour venir s’entraîner. » Sans signes distinctifs, il est plus facile pour lui d’observer le comportement de ses boxeurs en herbe. « Quand un petit arrive, je sais immédiatement s’il est bien ou s’il ne l’est pas, confirme-t-il. Le club doit avoir un vrai rôle social. Lorsqu’il y a un problème à l’école ou à la maison, j’incite les enfants comme leurs parents à m’en parler. Le sport peut permettre de débloquer des situations. » 

Ludivine en sait quelque chose. Il y a trois ans, elle pousse la porte du Boxing club pour la première fois. « Mon fils Ethan était en CM1. Je le trouvais trop renfermé mais je ne savais pas vraiment pourquoi, se souvient-elle. Auprès de Bous’, il s’est libéré. Il a parlé du harcèlement qu’il subissait à l’école. Il se faisait insulter, bousculer, frapper et ne savait pas comment réagir. En fait, il avait tout simplement peur. » 

« Quand Bous’ a su qui était le petit qui le harcelait, il l’a ramené au club, poursuit-elle. Quand il a vu Ethan boxer, tout est rentré dans l’ordre. Aujourd’hui, mon fils est en 5e. Il est toujours un peu trop gentil, mais quand les choses vont trop loin, il sait comment réagir. Il a pris confiance en lui grâce à la boxe. » À Beauvoisin et aux alentours, son cas n’est pas isolé. Bousmaha Amara a pris sous son aile de très nombreux enfants mal dans leur peau. « Je les pousse à affronter leurs peurs et à aller de l’avant, avance le coach. Il faut s’adapter au cas par cas mais je pense que la boxe peut les aider à révéler leur potentiel. » 

S’ils se battent à l’école, il y aura des conséquences pour eux au club »

Dans certains cas, Bous’ n’hésite pas à mettre en avant son histoire personnelle. « Quand j’étais plus jeune, on se moquait de mon cheveu sur la langue et de mes lunettes, confie-t-il. On parle plus du harcèlement qu’avant, mais je crois que le phénomène est encore sous-estimé. Certaines paroles sont toujours prises à la légère par les adultes. J’ai eu des cas d’enfants qui parlaient de se suicider à cause de ce qu’ils vivaient. Ces jeunes-là ont besoin d’attention, qu’on leur fasse confiance. » 

La philosophie de l’enseignant transpire aujourd’hui partout dans son club. Si pour certains enfants la boxe est libératrice, elle est pour d’autres un moyen de canaliser leur trop plein d’énergie. « Mon fils Nolhan a 8 ans. Il souffre de troubles du comportements et de problèmes de concentration, raconte Karim, bénévole au club depuis cette année. Je l’ai inscrit à la boxe en septembre et je vois déjà des résultats positifs sur son comportement. Il parvient à extérioriser son énergie négative dans la boxe pour être un peu plus calme en dehors. » 

Au quotidien, Bousmaha Amara voit sa mission se poursuivre bien au-delà du ring. « Il veille sur tout le monde, estime Ludivine. Les enfants savent que s’ils se battent ou se comportent mal à l’école, il y aura des répercussions pour eux au club. » Grand frère ou Père Fouettard, l’ex-boxeur enfile aussi parfois son costume d’ange gardien. « Un de mes fils était licencié au club, témoigne Mickaël. Son petit frère était atteint d’une leucémie. Bous’ s’est rendu à son chevet à l’hôpital de Montpellier pour lui offrir une paire de gant. Ce fut une véritable bouffée d’oxygène pour lui dans son combat contre la maladie. » Un geste supplémentaire qui prouve que le coach de boxe enseigne avant tout à l’école de la vie.

Boris Boutet

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