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FAIT DU JOUR Jeux Olympiques d’hiver : Lionel Lefebvre, un Gardois acharné en bobsleigh

Maintenant qu'il est qualifié, le bobeur rêve d'une médaille aux JO ! (Photo IBSF/ Viesturs Lacis)
Plus de 100 kg de muscle pour le Castillonnais (Photo DR)

Vendredi prochain, les Jeux Olympiques d’hiver débutent à Pékin. Parmi les 87 athlètes français présents en Chine, un Gardois fait partie de la liste. Il s’agit de Lionel Lefebvre, âgé de 29 ans et résident de Castillon-du-Gard, qui va participer à ses premiers JO en bobsleigh. Après avoir subi une injustice en 2018, cette fois-ci il va vivre son rêve à fond même si la Covid perturbe encore cet événement mondial. 

Originaire de Roncq, dans le Nord, la famille Lefebvre débarque il y a 25 ans à Castillon-du-Gard près du célèbre aqueduc romain. Passionné de sport, Lionel teste plusieurs pratiques dont le rugby mais il se voit plus dans une discipline individuelle pour pouvoir performer et ne pas dépendre des autres. « Au collège on faisait du lancer de poids et de javelot. On avait un caddie rempli de disques mais le prof n’a jamais voulu me faire essayer », se souvient l’adolescent de 15 ans qui s’exerce au départ en lançant des haltères dans les vignes. Sa curiosité le pousse à frapper à la porte de son voisin qui s’entraîne à ce type de lancer. « Dans tous les sports que je fais, je veux être le plus fort », déclare Lionel pour planter directement le décor au sujet de son caractère.

Envoyer ce disque de plus en plus loin devient son obsession et il progresse. Vice-champion Juniors en 2011, troisième au Championnat de France Espoirs en 2014 et enfin un titre au championnat universitaire, le Castillonnais se distingue. « Je n’étais pas le meilleur mais je n’étais jamais très loin », confie-t-il. Se hissant parmi les meilleurs lanceurs français au niveau élite, il se fait remarquer par Romain Heinrich, membre de l’équipe de France de Bobsleigh. Pour pousser le petit engin glissant sur la piste, les profils de sprinteurs pour la vitesse et les lanceurs pour la force sont souvent recherchés. Les 100 kg de muscle de notre gardois ne sont pas passés inaperçus.

« J’étais tellement dégoûté que je ne pensais pas reprendre »

« Je ne pensais jamais avoir cette opportunité. C’était une chance que l’on me propose cela, ça me bottait de voir ce que je valais ! ». Ravi, il découvre donc avec succès cette nouvelle discipline. Dans l’ombre de l’équipe de France titulaire, il fait ses gammes avec Romain, devenu pilote, qui a financé leur bob. « On s’est fait tout seul. Pendant deux ans, on a dû prouver notre niveau. Nous avons réussi à qualifier un bob à deux aux Jeux Olympiques de 2018 (à PyeongChang) mais malheureusement je n’y suis pas allé. Un pousseur de l’équipe numéro un a été sélectionné à ma place », raconte encore amer Lionel. Une terrible désillusion pour le gaillard après plusieurs années d’efforts consentis pour aller chercher un ticket dans l’épreuve ultime qui fait rêver tous les sportifs de la planète.

C’est d’abord au lancer du disque que Lionel s’est fait remarquer (Photo DR)

Tellement frustré à ce moment-là, le Gardois d’adoption ne veut plus attendre parler de bobsleigh. « J’ai arrêté pendant six mois ! On ne se rend pas compte comme une saison est extrêmement éprouvante. On me vend un projet olympique, je me qualifie et on te remplace par quelqu’un d’autre sans mode de sélection, je l’ai vraiment vécu comme une injustice. J’étais tellement dégoûté que je ne pensais pas reprendre. » Pour oublier cet épisode, le jeune homme retourne à son premier amour : le lancer de disque. Alors qu’il devait y être, Lionel ne regarde même pas cette Olympiade. « Pour moi, ces JO n’ont pas existé. » Alors que le bobeur travaille dans un magasin de sport, son coéquipier Romain le convainc de revenir.

Le Gardois négocie une aide financière plus avantageuse pour pouvoir se consacrer uniquement au sport. « Je n’avais à rien perdre, j’allais gagner autant ma vie qu’en travaillant alors j’ai accepté tout en posant mes conditions. » Une petite aide personnalisée de la fédération pour les dépenses du quotidien qu’il cumule avec le RSA (Revenu de solidarité active). Comme il est difficile de gagner sa vie avec le bobsleigh, l’homme de 29 ans espère intégrer la police ou les douanes dans le futur pour cumuler avec un emploi stable. Mais la question de l’argent ne l’a jamais empêché de vivre ses rêves à fond. Il bénéficie d’ailleurs d’un soutien matériel de la part de marques de boissons énergisantes et de compléments alimentaires ainsi que du CrossFit de Nîmes qui lui met à disposition ses équipements pour s’entraîner.

Des Jeux sous covid

L’aventure repart donc avec une meilleure ambiance et Lionel fait partie de l’équipe phare sous la bannière tricolore. Prendre du plaisir est d’abord son objectif premier mais les résultats satisfaisants ont permis de relancer le rêve olympien. La saison a été réussie et grâce à une bonne place au classement mondial, la France a obtenu son ticket pour Pékin. Il restait à savoir avec quels hommes… Et forcément pour Lionel la crainte de revivre le même cauchemar qu’il y a quatre ans était bien présente. Mais malgré la fatigue avec l’enchaînement des compétitions, le Gardois assure lors des sélections nationales. « Notre sport se joue à des centièmes de seconde. Donc un peu de fraîcheur supplémentaire peut faire la différence. Mais finalement sans briller j’étais devant tout le monde. »

Au second plan, le rôle de Lionel en tant que pousseur est indispensable (Photo IBSF/Viesturs Lacis)

Quelques jours, plus tard le résident de Castillon peut célébrer ! Sa participation aux JO est officielle pour l’épreuve du bob à quatre en tant que pousseur. Un rêve qui se réalise enfin mais le contexte sanitaire actuel vient entacher sa joie. « Je suis content mais je reste sur la réserve car avec la Covid on psychote », confie notre interlocuteur. Une crainte justifiée car il suffit d’un test positif avant de partir pour que tout s’écroule. Après s’être enfermé chez lui, le bobeur est parti en stage en Allemagne avant de rejoindre ce week-end l’Empire du Milieu. Une 24e olympiade d’hiver qui débute vendredi prochain et qui se tient jusqu’au dimanche 20 février. Notre Français entrera en lice dans les derniers jours de cette quinzaine. S’il aura la chance de vivre les cérémonies d’ouverture et de fermeture, les conditions de vie sur place seront draconiennes et encore plus strictes que l’été dernier à Tokyo.

Les athlètes seront testés tous les jours et vivront dans une bulle sanitaire sans pouvoir sortir d’un périmètre autorisé ni rencontrer le public. Par ailleurs, les épreuves se disputeront à huis clos. « J’attends d’avoir le cul dans l’avion pour faire place à l’euphorie ! », laisse éclater Lionel. Des années d’efforts jugés sur environ une minute, le temps de la descente. En tant que premier pousseur, notre Gardois a pour mission de lancer à pleine vitesse un engin de 240 kg et de monter ensuite dedans à près de 40 km/h sans le freiner avant d’atteindre une vitesse maximale pouvant aller jusqu’à 150 km/h. Pendant la course, il doit adopter une position aérodynamique efficace pour ne pas perdre de temps. À Pékin, les Bleus visent un Top 10. « La médaille ce serait un hold-up », avoue Lionel qui ne s’interdit rien. Car aux Jeux tous les rêves sont permis !

Corentin Corger

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