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NÎMES Six à dix mois ferme pour les agresseurs d’un travesti

La salle d'audience du tribunal correctionnel de Nîmes. Photo Tony Duret / Objectif Gard
La salle d’audience du tribunal correctionnel de Nîmes. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Les quatre jeunes agresseurs d’un travesti, dans la nuit de vendredi à samedi, peu avant 2 heures du matin, rue de la Madeleine, à Nîmes, sont condamnés à des peines d’emprisonnement allant de 6 à 10 mois ferme, mardi 22 février, dans la soirée, par le tribunal judiciaire de Nîmes. Jugés en comparution immédiate, ils risquaient jusqu’à dix ans pour cette agression en réunion à caractère homophobe.

Sortie du bar La Réserve pour rentrer, seule, chez elle, en fin de soirée, vendredi, la victime, qui se fait appeler Samantha, croise un groupe, à proximité de la place de l’Horloge, dont l’un l’accoste en lui lançant : « Où tu vas ma belle ? » Alors qu’elle réplique qu’elle rentre chez elle, un autre éructe « C’est pas une femme, c’est un travelo ! », avant que les autres ne l’insultent. Pendant qu’elle prend son téléphone pour appeler de l’aide, le premier s’approche pour l’intimider.

Se défendant avec un bout de verre, elle blesse légèrement un des jeunes, venu au départ lui porter secours. Puis la situation dégénère : elle reçoit un premier coup, chute au sol et met ses mains sur son visage en position fœtale, sous une pluie de coups de pied. Une altercation violente filmée par un riverain. Victime de trois jours d’ITT et de nombreux hématomes, le travesti doit son salut à l’intervention immédiate d’une patrouille de police.

« Moi je ne mets qu’une claque »

« Vous vous êtes vu messieurs, vous avez le souvenir que c’était aussi violent ?, interroge la présidente Béatrice Almendros. Vous auriez pu lui briser la nuque et la tuer, tout simplement. » Mais à l’audience, aucun d’entre eux n’assume complètement les faits. « C’est vrai, je l’ai frappé et insulté, c’est allé trop vite avec l’alcool et tout », reconnaît à moitié le premier. « Vous, vous lui portez le dernier coup de pied avec de l’élan à la tête au moment où les policiers arrivent », décrit la juge, s’adressant à celui, venu au départ pour calmer le jeu. « Quand j’ai vu le sang sur ma joue, j’ai vrillé. Mais je n’ai pas à faire ça, je suis désolé », raconte le second. « J’ai donné des coups de pied pour lui enlever le bout de verre, mais je ne l’ai pas touché », prétend le troisième. « Moi je ne mets qu’une claque qui l’a fait tomber par terre », minimise le dernier.

« Une gifle de cow-boy »

Une version un peu trop édulcorée pour la juge. « C’est plus qu’une gifle, c’est plutôt un coup de poing. Ou alors une gifle de gros cow-boy », rétorque la présidente Béatrice Almendros, après avoir visionné les images accablantes. « Est-ce l’orientation de la victime qui vous a fait voir rouge ? », tente de savoir le juge auprès du plus âgé des quatre. « Non, ça c’est pas mon problème. J’aurais dû partir », regrette le dernier agresseur. « Cette scène a pris de telles proportions car vous étiez en groupe, résume la présidente. C’est de l’extrême violence gratuite. »

La victime a craint pour sa vie (Photo : Pierre Havez/Objectif Gard)

« C’est une meute »

À la barre, la victime, chemisier blanc, tailleur léopard et cheveux teints en rose décrit sa peur. Dans le box, les prévenus baissent les yeux. Plusieurs d’entre eux ont déjà été condamnés pour des faits de violences, de rébellion ou de vol.

« On reste sans voix devant cette vidéo. C’est d’une violence terrifiante, sans rapport avec leurs explications. C’est une meute d’agresseurs autour d’une personne seule, recroquevillée sur elle-même. Le coup de pied final est insoutenable : sa tête part en arrière comme un ballon, assène l’avocate de la victime, Margaux Expert. Il ne fait aucun doute que le motif est homophobe. C’est ignoble et cela interroge sur l’éducation qu’ils ont reçu. Ce n’est même pas une vision patriarcale, ce sont des hommes des cavernes ! »

« Elle vaut autant que ces quatre-là »

Le procureur se lève. « Depuis les deux dernières décennies, la loi a fortement durci les discriminations, jusqu’à dix années d’emprisonnement dans ce cas, pointe Jonathan Heurguier. Ces faits ne sont pas nouveaux mais s’aggravent très fortement aujourd’hui. Alors qu’elle tente de rentrer chez elle et refuse vos avances, vous l’insultez et la traitez comme une inférieure car elle se travestit ou s’habille différemment. Elle sait très bien que ça peut basculer et casse son verre pour se défendre. Mais ça ne vous a pas effrayé, et vous revenez en lui disant « où tu vas ma belle ? », comme à une proie prise au piège. L’effet de groupe est en marche et le piège se referme : le premier lui porte un violent coup de poing qui met KO, un autre l’attaque au visage pour lui dérober son téléphone. C’est un défouloir. Enfin, le dernier, débordé par ses émotions lui assène cet ultime coup de pied au visage d’une violence inouïe… »

Le magistrat reprend son souffle. « Elle vaut autant que ces quatre-là. Elle ne demande pas à être vengée. Elle souhaite simplement que sa dignité soit rétablie. Mais je n’imagine pas qu’ils puissent sortir libre, ce soir, de ce tribunal », conclut-il demandant à leur encontre des peines allant de 18 mois (dont 8 avec sursis) à 24 mois (dont 8 mois avec sursis) d’emprisonnement.

« Il faut voir la taille de sa main… »

« Il y a un décalage énorme entre ce qu’on voit sur les images et qui ils sont réellement, tente d’atténuer l’avocate des quatre jeunes, Ludivine Glories. Ils n’étaient pas tout seul, ce soir-là. Ils étaient beaucoup plus nombreux : on a un phénomène de meute. Mais ils ne l’ont pas agressé car c’est un travesti ou un transsexuel, je ne sais pas. Les coups pleuvent après le premier coup de tesson donné par Madame ! Celui-ci s’en prend à elle parce qu’elle lui a ouvert la joue, c’est tout. Celui-là lui assène bien une gifle, car c’en est bien une, mais il faut la voir la taille de sa main… On ne va pas minimiser la violence, mais ces jeunes ne sont pas homophobes. »

Le tribunal les condamne à 18 mois d’emprisonnement, dont de 8 à 12 mois avec sursis selon les prévenus, lesquels devront également se soigner et indemniser la victime. Les peines ferme pourront être aménagées auprès du juge d’application des peines.

Pierre Havez

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