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FAIT DU SOIR L’homme qui tua… le cinéma

Terry Gilliam (Photo Anthony Maurin).
Au cinéma nîmois, Le Sémaphore, Terry Gilliam s’est prêté au jeu du questions/réponses (Photo Anthony Maurin).

Le festival des Écrans britanniques, qui voulait marquer le coup en 2022, voulait aussi et surtout un parrain de poids. Et Terry Gilliam vint à Nîmes… Quelle chance de pouvoir approcher un tel génie créatif ! Avec lui, le cinéma change de philosophie.

Terry Gilliam est un immense contributeur du secteur audiovisuel de ces 50 dernières années. Monty Python hilarant, artiste perturbant, réalisateur accompli : sa palette de propositions est une des plus amples que l’on puisse imaginer. Petites chaussettes à rayures sous sandalettes en cuir, Terry Gilliam était en jeans pour sa venue à Nîmes, logique. Sourire espiègle et oeil d’enfant, le bonhomme répond aux questions de la presse.

Objectif Gard : Vous voilà à Nîmes. Comment trouvez-vous la ville ?

Terry Gilliam : Tout ce que je peux dire c’est qu’en tant qu’invité c’est moi qui fais tout le boulot ! Nîmes est une ville aux belles pierres, bien construite, belle. Cependant, il y a en centre-ville une sorte de chose ovale que l’on ne peut pas traverser et que l’on doit contourner en voiture. C’est dommage d’avoir un gros rond-point en pierres en plein milieu de la ville. On dépense plus d’essence et on pollue plus… Les Romains, en faisant les arènes, n’avaient pas pensé à ça !

Quelle a été votre première réaction quand on vous a proposé de venir parrainer ce festival nîmois ?

Fucking ! C’était très sympa de m’inviter et comme je déprimais un peu sur un projet dont je ne vois pas la fin venir, ça m’a comblé de bonheur ! Je suis venu fêter ma carrière passée avant de vous montrer ce qui me reste à accomplir dans le peu de temps imparti. Le cinéma me nourrit et avec lui mes cauchemars s’évanouissent.

Monsieur Terry Gilliam, sympathique et inspirant (Photo Anthony Maurin).

Êtes-vous heureux d’être celui que vous êtes devenu ?

J’ai eu beaucoup de chance ! Je m’en suis tiré comme si c’était un crime parfait. Ce que j’aime, c’est contrôler ce que je fais et je peux vous dire que j’ai fait les films que je voulais faire. On dit parfois que je suis malchanceux, ceci est un avertissement… Il ne faut pas être trop génial, soyez médiocre et vous aurez moins de souci !

Chez vous, l’imaginaire joue un rôle prépondérant…

L’imagination est un moyen de s’évader. Je voulais faire quelque chose d’autre que ce que les médias nous proposent dans leur monde médiocre. Je n’aime pas cette réalité et j’essaie de faire des films pour encourager les gens à utiliser leur imagination pour bâtir un monde meilleur. L’imagination n’est ni une bonne chose ni une mauvaise mais je préfère vivre avec car je trouve ça plus intéressant de faire les choses en les imaginant ! Attention, quel que soit le monde imaginé, regardez à droite puis à gauche avant de traverser…

Vos films ont toujours quelque chose à raconter. Quelle sera la thématique du prochain ?

Dans le passé, tous mes films étaient des bouteilles jetées à la mer en direction des USA. Puis, peu à peu, mes films sont devenus des réactions à l’état du monde dans lequel nous vivons au moment où je les tournais. Dans mon prochain film Dieu détruit l’humanité. Il considère que l’espèce humaine a bousillé le bijou qu’il a créé. Donnez-moi l’argent qu’il faut pour le faire et je le ferai ! Vous savez, on doit toujours repousser les limites. Hollywood fait des films pour que les gens qui les regardent se sentent à l’aise, tranquille. Moi c’est tout l’inverse. Mes personnages finissent souvent mal mais rien n’est jamais gratuit. L’ordre a besoin du chaos car il apporte la vie, la surprise, l’inattendu.

(Photo Anthony Maurin).

Du cinéma français, qu’aimez-vous ?

J’adore Albert Dupontel. Ça, pour moi, c’est le vrai cinéma français ! Il est un bien meilleur acteur que moi mais je ne me trouve bon que dans mon rôle de réalisateur.

Humour ou tragédie, certains choisissent. Pas vous. Pourquoi ?

L’humour est à utiliser pour aller à l’encontre de la tragédie. Rire est un bon moyen de faire passer des messages et mes films sont moins chers que la drogue. L’humour est une chose et cela peut suffire mais parfois l’ennui est bien pire que la folie…

Vous étiez proche d’Heath Ledger. Il a tourné son dernier film avec vous et son décès vous a bouleversé. Pouvez-vous nous parler de lui ?

Heath Ledger était un acteur exceptionnel. Sa mort a été terrible. Il était doté d’une belle sagesse et quand il est parti personne ne l’a remplacé. Ils s’y sont mis à trois, Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell et ça ne marchait pas aussi bien. C’était, en plus du bon acteur qu’il était réellement, un bon gars, un mec profond. Sa mort a vraiment été catastrophique, vraiment. J’avais décidé qu’il serait dans tous mes films et ça a foutu ma carrière en l’air (rire forcé). Quand nous tournions L’imaginarium du docteur Parnassius, son dernier film, et qu’il venait de mourir, j’ai quand même mis une scène, pas virtuelle et bien réelle, où on le voit. Je ne vous dis pas laquelle mais c’est plus qu’un clin d’oeil.

Vous répondez à nos questions mais qu’avez-vous à dire ?

Je ne suis pas un politicien. Quand je n’ai pas envie de parler ou que je ne trouve rien à dire, je ne dis rien. Je n’ai jamais eu de plan de carrière. Enfant, j’avançais. Aujourd’hui, quand j’ai une idée et qu’elle m’inspire j’essaie d’en faire un film mais je ne suis pas inspiré continuellement. J’aime les choses spontanées. Parfois une idée me vient au réveil, après un rêve ou un cauchemar et je fais avec.

Terry Gilliam (Photo Anthony Maurin).

Vous vous êtes frotté à plusieurs questions/réponses avec des lycéens nîmois. Comment cela s’est-il passé ?

Les jeunes doivent se montrer plus courageux, plus audacieux. Pendant ces questions/réponses, j’aurais aimé qu’ils me poussent dans mes retranchements. Ils ont été trop gentils. Un peu plus d’audace aurait été sympathique mais ils avaient parfois de bonnes questions. C’est comme toujours, je n’aime pas les questions mais elles m’obligent à penser et c’est souvent utile. Les jeunes sont effrayés de dire ce qu’ils pensent et moi ça, ça m’effraie. Il faut être honnête et audacieux. Blesser ou offenser quelqu’un n’est pas toujours mauvais.

Vous aimez produire des films spéciaux. De ceux que l’on se rappelle longtemps. Est-ce aussi dû au matériel ?

L’important n’est pas vraiment le matériel, on peut très bien faire un film à l’iPhone. La technologie ne m’intéresse pas. Je ne m’attache qu’à raconter des histoires. De son côté, Netflix, par exemple, est une autre manière de raconter des histoires. On peut rester des heures et des heures devant à écouter et voir des histoires. Moi, j’aime capter l’attention du public à 100 % pendant un court instant de sa vie. J’ai un projet en cours avec Netflix car je travaillais sur un film que l’on pourrait découper pour en faire une série mais comme souvent, j’aime les films qui coûtent cher alors on verra.

(Photo Anthony Maurin).

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 38 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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