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AU PALAIS « Cette nuit-là, on a tous fini à l’hôpital… »

Des agents de sécurité lors d'une fête votive dans le Gard en 2014 (Image d'illustration : Thierry Allard / Objectif Gard)
Des agents de sécurité lors d’une fête votive dans le Gard en 2014 (Image d’illustration : Thierry Allard / Objectif Gard)

Poursuivis pour des faits de violences avec arme et en réunion, Lorenzo et Tinka ont achevé leur soirée par une spectaculaire expédition punitive, lors la fête votive de Milhaud, en 2019. Armés d’un fusil, ils ont d’abord tiré en l’air avant de pointer le canon en direction de la foule…

La fête votive de Milhaud a carrément tourné à l’aigre pour les deux frères qui s’avancent à la barre du tribunal judiciaire de Nîmes, mardi 15 mars 2022. Dans la nuit du 26 au 27 juillet 2019, une bagarre dégénère d’abord entre gens du voyage et maghrébins. Mis en déroute par leurs opposants, Lorenzo et Tinka s’enfuient avant de refaire irruption sur les lieux de la fête en voiture, de tirer en l’air avec un fusil, de distribuer des coups de crosse et de poings au hasard, puis de viser une nouvelle fois en direction du public, sans toucher personne.

Les muscles saillants sous sa chemise noire, l’aîné explique comment la fête a dégénéré. « On avait bu un petit peu, ensuite ils ont commencé à se moquer de mon petit frère de 15 ans parce qu’il n’a qu’un œil… Puis, la dispute s’est poursuivie à la buvette où certains ont sorti des couteaux. Alors, on a essayé de partir dans une ruelle, mais là, ils nous ont attaqué en nombre : notre petit frère a eu le nez cassé et la lèvre ouverte, raconte le grand costaud de manière raisonnable.  On a dû partir précipitamment. Mais en arrivant à la maison, on a vu qu’il manquait du monde : ma mère, notre petite sœur, et d’autres. Comme on venait de prendre une correction, j’ai pris une arme pour leur faire peur et on est retourné là-bas. Cette nuit-là, on a tous finit à l’hôpital… »

« C’était compliqué de faire le tri… »

Le président réagit à cette version édulcorée. « Vos victimes aussi ont fini à l’hôpital, même ceux qui ne vous avaient absolument rien fait ! », fait remarquer Jean-Pierre Bandiera. Lorenzo écarte les bras. « Tout le monde nous est tombé dessus, même les vigiles, tente-t-il de se justifier d’une voix grave. On en avait tellement pris qu’on a cru que c’était eux. C’était compliqué de faire le tri… »

Le juge fait la moue. « Vous avez donné des coups au premier venu dès la descente de votre voiture : vous vous rendez compte, c’est hallucinant ce que vous dîtes, rétorque Jean-Pierre Bandiera, sévèrement. Pour le premier, c’était un coup de poing ou de crosse ? » Un peu gêné, le géant louvoie. « En fait j’ai donné un coup avec la main qui tenait la crosse », répond-il. Le juge coupe court. « Oui, enfin vous lui avez quand même décollé le poumon puis il s’est effondré au sol… », résume-t-il.

« On nous a quand même jeté un couteau dessus ! »

C’est le frère de Lorenzo, Tinka, qui a alors roué de coups de pied la victime au sol. « Et vous, courageusement, vous frappez un homme à terre ? », demande durement le magistrat en se tournant vers lui. Chemise à fleur, mince et cheveux coiffés en arrière, Tinka, semble sincèrement désolé. « Nous avons eu tort d’y retourner mais on devait aller chercher ma mère et ma petite sœur de 7 ans. Tout s’est passé tellement vite. Quelqu’un nous a quand même jeté un couteau dessus ! On n’a pas réfléchi… », admet-il, d’un air penaud. Le juge doute de sa sincérité. « Oui, et vous allez me dire que vous aviez bu et que vous ne savez plus ! », le tance-t-il. Le jeune frère s’insurge. « Non, je suis venu vous dire que je regrette », répond-il gravement, lassant le président sans voix.

« Deux communautés qui ne s’apprécient pas »

Le procureur semble un peu désabusé par la tournure de cette soirée. « Et voilà ! Encore une de ces fameuses fêtes votives qui se terminent presque toujours en bagarre et en coups de feu entre deux communautés qui ne s’apprécient pas, résume Arnaud Massip. C’est un miracle que le second coup de feu n’ait touché personne, heureusement. Mais ces deux-là auraient dû avoir la jugeote de s’arrêter avant ! » Le procureur requiert 15 mois d’emprisonnement avec sursis contre Tinka et 24 mois, dont 9 ferme, contre son grand-frère qui tenait le fusil.

« Oui, ils ont commis des violences, mais il faut essayer de comprendre pourquoi : leur petit frère a été moqué, trois d’entre eux ont d’abord été lynché avant qu’ils ne reviennent, tente de relativiser leur avocat Hugo Ferri. Oui, il y a eu des coups de feu, mais en l’air. Aucun impact ne sera trouvé sur les murs ou sur une voiture : ils ont voulu faire peur, et depuis trois ans, n’ont plus jamais fait parler d’eux… » Tinka est condamné à 12 mois avec sursis et son grand-frère à 15 mois, dont 9 ferme.

Pierre Havez

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