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NÎMES Il appelle son ex-femme plus de 275 fois dans la même journée : un an et demi avec sursis

Le tribunal correctionnel de Nîmes. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Le tribunal correctionnel de Nîmes. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Le tribunal correctionnel de Nîmes. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Lamiaa s’installe craintivement sur le banc des victimes du tribunal de Nîmes, ce mardi 10 mai. La mère de quatre enfants subit harcèlement et violences de la part de son ex-compagnon, depuis leur séparation il y a plus d’un an.

Après deux nuits en détention, Mohamed, chemise à fleurs et petit gilet en laine bleu foncé, reconnaît presque tout, même les plus de 200 appels quotidiens qu’il lui arrivait de lui passer. « Depuis le mois de janvier, c’est fini, je ne l’appelle plus. On avait besoin de s’appeler parfois cinquante ou soixante fois pour les besoins de notre société. Mais les autres appels, c’était du harcèlement, je le reconnais, explique l’élégant chef d’entreprise dans la fibre optique. Je reconnais tout, j’ai eu beaucoup de mal avec cette séparation, nos quatre enfants, une liquidation judiciaire, le covid, la dépression, de l’hypertension… »

« Pourquoi l’appeliez-vous continuellement ? », insiste tout de même le juge Jean-Michel Perez. Le grand dégingandé se dandine d’un pied sur l’autre. « Je voulais sauver notre couple et notre famille, montrer l’image d’un père exemplaire… », commence-t-il. Le juge l’interrompt. « Sauf qu’on a le sentiment que les enfants ne sont qu’un prétexte pour emmerder madame qui ne veut plus communiquer avec vous », fait-il remarquer. Le prévenu s’insurge. « Je respecte son choix ! » Mais le président secoue la tête et l’index. « Non, non ! Vous n’acceptez cela que parce que vous êtes derrière les barreaux ! »

« Il sort, il boit, il fume »

Pour en arriver-là, la mère de famille a dû déposer 17 plaintes contre lui. Depuis leur divorce il y a des mois, son ancien mari continue à l’insulter, lui crève les pneus de sa voiture, et la suit quand elle sort au supermarché et même jusqu’au commissariat où elle va déposer plainte, à tel point qu’elle s’interroge sur la présence d’un traceur GPS installé par son mari dans son véhicule. Un jour, en la croisant, il lui crache même dessus.

« Il ne supporte pas ma liberté, il veut toujours contrôler ma vie. Je lui appartiens, je suis sa chose… », résume-t-elle à la barre du tribunal. Mais l’ancien mari fait non de la tête. « Ce n’est pas ma chose, c’est un être humain, une femme à qui on doit du respect… même si c’est la plus tordue au monde ! », conclut-il, maladroitement.

Le magistrat se tourne vers la mère de famille. « Il vous reproche d’être trop francisé ? », demande-t-il. « Oui. Mais monsieur aussi : il sort, il boit, il fume, il n’est jamais à la maison ! Et alors quelle différence ? répond-elle avec franchise. J’ai accepté pendant des années son comportement et il ne comprend donc pas pourquoi je m’y oppose aujourd’hui. Mais je ne l’accepte plus et je ne l’aime plus ! »

Bracelet anti-rapprochement

Le procureur de la République analyse le comportement déviant du père de famille. « Ce qui est inacceptable c’est quand vous prétendez vous battre pour sauver votre famille. Mais quand on insulte, qu’on suit, qu’on appelle 275 fois et qu’on crache sur son ex-compagne, on ne se bat pas pour sauver, mais pour détruire et faire souffrir autant qu’on souffre soi-même, décrit Adrien Roux. Votre devoir est d’empêcher cette spirale de destruction. Vous pouvez encore sauver des choses : vos quatre enfants ont besoin d’un père qui ne leur fasse pas peur. Vous avez fait une petite part du chemin. Mais vous n’êtes pas encore prêt à tourner cette page. Il faudra plus de temps. » Le tribunal le condamne à 18 mois d’emprisonnement avec sursis, et l’obligation de porter un bracelet anti-rapprochement afin de ne plus approcher Lamiaa.

Pierre Havez

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