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AU PALAIS « Elle est bleu de la tête aux pieds ! »

Nîmes Palais de justice transfert de détenu (Photo Yannick Pons)
Nîmes Palais de justice transfert de détenu (Photo Yannick Pons)

Foued, 21 ans, comparaît pour des violences habituelles sur sa compagne Sylvana jusqu’au 9 juin dernier, quand, à 23 heures passées, après plus d’un mois sans nouvelle de la jeune maman, la sœur de Sylvana finit par se rendre au commissariat…

Cela faisait plusieurs mois que la jeune Nîmoise était coupée de sa famille. Lors de ses dernières conversations avec ses proches en visio, le visage de Sylvana présentait un gros coquard à l’œil gauche et des bleus au visage. Mais depuis, elle ne donnait plus de signes de vie que ce soit par téléphone, en visite, ou sur les réseaux sociaux. À tel point que les enquêteurs avaient au départ envisagé la piste de la séquestration.

« Et vous, vous dormez où ? »

Morsures, hématomes sur tout le corps, marques de strangulation : lorsque Sylvana est finalement présentée à un médecin, celui-ci lui prescrit six jours d’ITT. Elle raconte avoir été frappée à coups de chaises ou d’objets divers. « Je suis quelqu’un de violent, d’impulsif, d’hyperactif : c’est vrai que j’ai du mal à me canaliser. Je dois me faire soigner », tente de se dédouaner sans grande conviction le jeune homme, dans le box des détenus du tribunal correctionnel de Nîmes, mardi 28 juin 2022.

Le président tente de savoir ce qui a pu provoquer ces accès de rage sur sa compagne. « Je n’avais pas à la frapper, je m’en veux, je le referai plus, prétend mollement Foued. Mais je ne lui ai jamais interdit de voir sa famille. C’était notre décision à tous les deux, pour protéger notre fille de sa famille, avec laquelle il y avait des on-dit, des problèmes… »

Sans paraître comprendre la gravité des faits qui lui sont reprochés, le prévenu accuse le comportement violent de son beau-père ou l’une attitude chez sa belle-mère. Ce qui ne convainc pas le président Jean-Michel Perez. Il revient sur le rapport des policiers qui découvrent la jeune mère sur un matelas au sol avec sa fille, le jour de leur intervention chez eux. « Et vous, vous dormez où ? », veut savoir le juge. Le jeune homme le regarde sans comprendre. « Dans la chambre », répond-il laconiquement.

« Quand elle tente de s’enfuir, il l’étrangle »

L’avocate de la victime s’insurge devant tant de désinvolture. « Elle est bleu de la tête aux pieds ! Et elle n’a pas seulement reçu des coups, mais aussi des morsures. Quand elle tente de s’enfuir, il l’étrangle. Et depuis la maison d’arrêt, il poursuit ses menaces, expliquant qu’il va se faire justice lui-même, assène Isabelle Viremouneix. Il reconnait seulement l’avoir poussée il y a six mois, alors qu’elle était encore enceinte ! Mais en fait elle a été martyrisée pendant un an, tantôt à cause du ménage ou du repas ! »

La procureure de la République paraît elle-aussi choquée par le calvaire subit par la victime, qui n’a pas osé se présenter à l’audience. Elle réclame 4 ans d’emprisonnement ferme et un an avec sursis contre son tortionnaire, ainsi qu’une obligation de porter un bracelet électronique et le retrait de son autorité parentale. « Sous le joug de son bourreau, elle avait peur pour elle et pour son enfant, analyse Estelle Meyer. Mais en restant avec lui, elle détruit aussi son nourrisson qui hurle à chaque fois que sa mère prend des coups Ses cris lui disaient de fuir cet enfer fait d’étranglements, de coups de poing réguliers au visage ou dans les côtes, avec une bombe de mousse à raser ou une chaise, la tête frappée contre les murs, ou trainée par les cheveux jusqu’à la chambre… »

« C’est un suicide pénal »

L’avocat de Foued comprend que l’attitude de son client ne joue pas en sa faveur. « C’est un suicide pénal, soupire-t-il. Mais rappelez-vous qu’au départ, on le soupçonne de séquestration ! Depuis, il reconnait les violences sur sa compagne, mais il n’y en a pas eu sur l’enfant. La demande de retrait de son autorité parentale est donc totalement disproportionnée : c’est le dernier fil qui le retient aujourd’hui à la société. » Sentant le tribunal peu enclin à la clémence, Foued tente une dernière fois de l’apitoyer sur son sort. « En prison, on m’a accusé d’avoir violé et tué ma fille, je n’ose plus sortir en promenade à cause des menaces », pleurniche-t-il pour conclure.

Mais Foued est lourdement condamné à quatre ans de prison, dont deux avec sursis. Avec la révocation d’un sursis antérieur d’un an, il devra purger trois ans ferme et ne plus s’approcher de Sylvana.

Pierre Havez

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