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CROCO D’UN JOUR Henri Malabave : « Kabile me porte sur ses épaules et m’amène chez un rebouteux »

Henri Malabave (à droite ) lors de son unique match avec les pros de Nîmes Olympique (archives privées Henri Malabave)
Henri Malabave est aujourd’hui retraité au Grau-du-Roi (photo Norman Jardin)

Tous les mercredis du mois d’août nous donnons la parole à des joueurs qui ont porté le maillot du Nîmes Olympique une seule fois en professionnel. Qu’ils soient connus, méconnus ou oubliés, ils nous livrent leur vie au NO et ils se souviennent de ce match qui les a fait entrer dans l’histoire du club. Découvrez, avec nous, ces Crocodiles pas comme les autres. Pour ce premier épisode nous sommes allés au Grau-du-Roi, à la rencontre d’Henri Malabave (72 ans) qui, le 27 mai 1972, a joué dans les cages Nîmoises lors d’une victoire contre Saint-Étienne (4-0). Entre des poteaux salvateurs, une coupe Gambardella gagnée, des buts marqués en réserve et une grave blessure, le Graulen a connu des émotions fortes avec Nîmes.

Objectif Gard : Souvenez-vous du moment où Kader Firoud vous a appris votre titularisation ?

Henri Malabave : Luigi Landi, le gardien de but titulaire, était blessé. Mais il a mis du temps avant de déclarer forfait et j’ai appris au dernier moment que j’allais jouer. Tout s’est passé dans les vestiaires et ça a été une très grande joie, surtout pour mon père.

Étiez-vous impressionné ?

Oui parce que le stade Jean-Bouin était une bonbonnière. J’avais la chair de poule mais je n’avais pas peur. Le dimanche d’après je jouais à Rousson avec la réserve, c’était le grand écart émotionnel.

Comment se sont comportés les joueurs nîmois avec vous ?

Dédé Kabile, Augé, Betton et Odasso m’ont mis en confiance, ils m’ont vraiment aidé. J’étais proche d’eux et Landi était un ami. C’était un très grand gardien de but et un bon vivant.

« Certains disent que l’ASSE a touché trois fois les poteaux »

Quel souvenir gardez-vous du match ?

Je ne me souviens pas trop du contenu mais je me rappelle que le Stéphanois Georges Bereta a envoyé le ballon sur ma transversale. Certains disent que l’ASSE a touché trois fois les poteaux. C’était une rencontre de fin de saison sans enjeu mais on a fait un gros match et tout s’est enchainé. J’étais fier de moi !

Avec ce premier match, avez-vous senti que votre carrière prenait une autre dimension ?

Pas du tout. Il y avait Luigi Landi à la place de titulaire et c’était un géant devant moi.

Henri Malabave (à gauche) remportant la coupe Gambardella avec Nîmes (archives privées Henri Malabave)

À quoi ressemblaient les entraînements de gardien de but à l’époque ?

C’était une horreur ! Nous travaillons sur des terrains pourris, c’était de la sablette. Tous les jours, nous avions la peau écorchée. Par rapport aux clubs que j’ai connu après, Nîmes c’était de l’amateurisme amélioré.

Quels étaient vos qualités ?

J’étais très tonique. Je plongeais bien dans les pieds et j’étais courageux. Ma taille m’a un peu desservi et aujourd’hui j’aurais du mal à jouer. Mais avant, il y avait de la place pour les gardiens pas très grands. Je mesurais 1,75m, à l’époque c’était dans la moyenne.

« Si j’avais autant aimé le football que les chevaux, j’aurais fait une autre carrière »

Au lendemain de votre match contre Saint-Étienne, le Grau-du-Roi ne devait parler que de cela ?

Non, on est des gens simple. Cependant, quand je rentrais à la maison, mon père voulait tout savoir des entraînements tous les jours. C’était un passionné de Nîmes Olympique et du FC Sète. Parfois ça m’agaçait mais aujourd’hui je me dis que j’aurais dû lui parler un peu plus.

Pourquoi c’était très important pour lui ?

À cause de la guerre, il n’avait pas pu devenir footballeur. C’était un allier gauche avec une frappe de mule. Il aimait ça, c’était mon père mais aussi mon meilleur ami. Pour lui faire plaisir, j’ai joué tant qu’il était vivant. Mon père allait travailler et il me disait « va t’entraîner ». Il n’en parlait pas mais on voyait dans ses yeux qu’il était fier quand il en discutait avec ses copains pêcheurs.

Henri Malabave dans ses œuvres (archives privées Henri Malabave)

Vous n’aimiez pas le football ?

En Juniors, à Nîmes, j’ai pris du plaisir avec Moretti, Boissier et les autres. C’était la meilleure équipe française de cette catégorie et nous avons gagné la Gambardella en 1969. Mais ma vraie passion ce sont les chevaux, pas le football. Si j’avais autant aimé le football que les chevaux, j’aurais fait une autre carrière. Le foot me permettait quand même de ne pas faire le dur métier de pêcheur.

« Réginald Dortomb me bouscule, je tombe à la renverse et je me casse le péroné »

Vous aviez la particularité de jouer aussi dans le champ. Expliquez-nous ?

J’ai toujours aimé courir et je n’appréciais pas l’entraînement du gardien de but. En revanche, dans le champ, je me régalais et Kader Firoud me prenait pour faire le nombre à l’entrainement. J’ai fait une demi-saison sur une aile avec la réserve en D3. Nous jouions en lever de rideau des pros et j’ai marqué quelques buts, notamment un doublé contre Rodez.

Votre passage à Nîmes a été marqué par une grave blessure, comment cela s’est-il passé ?

J’ai joué un match amical contre l’armée qui s’est bien passé et le lendemain à la fin de l’entraînement, Kader Firoud me demande de rester pour travailler avec les attaquants. Sur une balle haute, je dégage le ballon des poings, l’avant-centre Réginald Dortomb me bouscule, je tombe à la renverse et je me casse le péroné. Dommage, car le week-end suivant je devais être retenu pour un match à Marseille. C’est ma seule amertume avec Nîmes.

Henri Malabave (avec le ballon) jouait parfois dans le champ avec la réserve nîmoise (archives privées Henri Malabave)

Avez-vous été immédiatement pris en charge par le médecin du club ?

Non, Kabile m’a pris sur ses épaules et il m’a amené chez un rebouteux. Quand le gars a mis ses doigts sur la blessure, j’ai eu très mal. Ce n’est que le soir que j’ai passé une radio et j’avais le péroné coupé. À partir de là, pour moi la flamme était partie.

Après votre départ de Nîmes, vous avez fait des misères aux Crocodiles…

Avec Montpellier, nous affrontions les Crocodiles en coupe de France. Le match s’est joué à Alès et nous menions 1-0 mais avec la pluie, le terrain est devenu impraticable. Il a fallu rejouer et cette fois à Sète. C’était chaud, ça a fini aux tirs au but. J’arrête celui de Gilbert Marguerite et on se qualifie. C’était bizarre car je n’avais aucun esprit de revanche et j’avais beaucoup de copains à Nîmes.

Propos recueillis par Norman Jardin

Le match.

27 mai 1972. 38e journée de Division 1. NÎMES OLYMPIQUE (2e) – AS SAINT-ETIENNE (5e) 4-0. Stade Jean-Bouin. Mi-temps : 1-0. Spectateurs : 9 860. Arbitre : M. Frauciel. Buts : Bonnet (6e et 89e) et Vergnes (75e et 77e).

 Nîmes : Malabave – Odasso, Betton, Adams, Kabile, Mézy, Augé, Bonnet, Pircalab, Vergnes, Voinea (Canetti, 68e). Entraîneur : Kader Firoud.

Saint-Étienne : Castel – Broissart, Farizon, Lopez, Sanlaville, Larqué, Santini, Revelli, Bereta, Herbin, Keïta. Entraîneur : Albert Batteux.

Sa Fiche

Henri Malabave. Né le 9 mai 1950 au Grau-du-Roi. Poste : Gardien de but. Clubs : Formé au Nîmes Olympique, Montpellier Littoral (1970-71), Nîmes Olympique (1971-73), Olympique d’Alès (1973-76), AC Arles (1976-78) et Montpellier Paillade (1978-80). Palmarès : vainqueur de la coupe Gambardella avec Nîmes en 1969, meilleur gardien de but de D2 et meilleur joueur de D2 avec Arles.

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