Publié il y a 1 an - Mise à jour le 26.10.2022 - anthony-maurin - 4 min  - vu 4439 fois

COSTIÈRES STORY Le récit de la construction du stade de l'an 2000

Le stade des Costières en pleine construction (Photo archives municipales de Nîmes)

Le pesage Est, qui a fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois, était alors en chantier (photo Archives municipales de Nîmes)

Nous sommes à 10 jours du dernier match de championnat disputé dans le stade des Costières contre Bordeaux le samedi 5 novembre à 15h, avant que Nîmes Olympique ne déménage au stade provisoire des Antonins. Après 33 ans de bons et loyaux services, cette enceinte sera détruite et reconstruite d’ici 2026 sur le même emplacement mais avec une orientation différente.

Pour rendre hommage à cette enceinte mythique qui évoque forcément des souvenirs à tous les Nîmois et supporters des Crocos, Objectif Gard vous propose une saga exceptionnelle déclinée chaque jour à 9h et intitulée : Costières Story. Place à l'épisode 3 aujourd'hui avec le récit de la construction du stade. Dessiné par Vittorio Gregotti, le chantier du stade des Costières a été imaginé par l’architecte nîmois Marc Chausse (qui a aussi réalisé la tour BRL, NDLR). Au boulot, une centaine d’hommes et de femmes pour un chantier record et un stade sorti de terre en un temps quasi-record et avec des fonctionnalités exceptionnelles pour l’époque.

Une billetterie dans chaque angle, des accès multiples facilités et variés, une salle de 2 000 m² pour des expositions, les bureaux de la direction des sports de la Ville, des salles omnisports (gymnastique, volley-ball, basket-ball, escrime, billard…), le siège du club du Nîmes Olympique et une nouvelle technologie qui naissait quelques mois après le drame du Heysel en vue de la participation de la cité des Antonins aux Jeux méditerranéens de 1993.

Les premières formes du stade sortent de terre (photo archives municipales de Nîmes)

En quinze mois, les Costières sortaient de terre. Une naissance douloureuse après l’abandon du mythique stade Jean-Bouin, le traditionnel bastion des Crocos où les adversaires avaient du mal à gagner et à se concentrer du fait de la proximité d’un public constamment en feu. Le stade des Costières allait être plus froid, plus clair, plus carré, plus professionnel. 150 000 m3 de terre, 10 000 m² de cloisons, 15 000 m3 de béton, 30 000 m² de gazon, 70 km de câbles électriques et 48 km de tuyaux enterrés. Unique en France, le nouveau-né usait de procédés originaux en tout. Nouveau système de drainage de la pelouse, des tribunes "à l’anglaise", 1 000 lux émanant des projecteurs, 18 600 places assises pour un total de 26 180 entrées potentielles. Sans oublier le parking de 2 000 places et un stade annexe avec une tribune de 900 places avec l’autoroute pour frontière virtuelle.

Construit au moment des inondations

Construit alors que les inondations faisaient de Nîmes une cité proche de l’apocalypse, le chantier des Costières n’a pas été impacté par le ciel qui tombait sur la tête des Nîmois en ce mois d’octobre 1988. L’architecte nîmois a d’ailleurs dit qu’un match aurait pu se disputer sur la pelouse tant le drainage avait été une bonne surprise pour son équipe et lui. Gradins et tours sont indépendants et le public ne risquait plus d’être écrasé par un mouvement de foule. Ceinturant le terrain, un nouveau système d’ouverture automatique des grilles était testé pour ce nouveau stade. On se rendra compte bien plus tard qu’il était difficile à mettre en œuvre et qu’il obérait la visibilité d’un bon millier de spectateurs. Au XXe siècle dans les stades de football, on dénombrait 965 décès et plus de 5 600 blessés.

Grâce au système Cloez, les Costières promettait d’en finir avec cette hécatombe. Du nom de son inventeur, cette technologie novatrice permettait d’ouvrir les grilles à distance et rapidement afin que les spectateurs puissent s’échapper en cas de problème. Lors des essais réalisés in situ, une travée de 125 mètres s’ouvrait en 1,17 minute. Nîmes fut le premier stade à adopter cette invention anti-panique qui allait cependant rester confidentielle. Autre innovation nîmoise : le tunnel. Escamotable sur une quinzaine de mètres, la structure protégeait les joueurs de la fureur supportrice. Un pédiluve était même mis en place pour ne pas voir de champignon infester accidentellement la verte pelouse d’origine.

Les fameuses grilles à ouverture automatique en cas de mouvement de foule (Archives Municipales de Nîmes)

Installées derrière les buts, les tribunes populaires étaient modulables. Équipées de bancs qui pouvaient s’abaisser si l’affluence le méritait, cet aménagement pouvait presque doubler leur capacité. Une première mondiale ! Mais les Costières, avant même ces rendez-vous historiques et ces innovations conceptuelles, c’est aussi un geste architectural fort. Il est unique (ou presque quand on voit, la même année, l’autre réalisation du Gregotti à Gênes pour le stade Luigi-Ferraris) et on le reconnaît entre mille. Nîmes est habituée à cela. Face à la magique Maison carrée, le moderne Carré d’art, aux antiques arènes, le contemporain Musée de la romanité et au pied du plateau des Costières, le stade éponyme est construit au sud de la cité, au milieu des champs à urbaniser.

L’arène est vantée par tous les médias pour son public et sa bouillonnante ambiance. Elle est appréciée par les Gardois qui y viennent naturellement depuis plus de trois décennies mais il est certain qu’elle a vieilli… Faute d’entretien et de travaux, sans même un salvateur lifting qui aurait pu le mettre aux exigeantes normes sécuritaires, la vénérable enceinte tombe peu à peu en décrépitude et va donc être détruite après 33 ans de bons et loyaux services pour la construction d'un nouveau stade plus moderne. Une nouvelle histoire reste à écrire mais comme son prédécesseur Jean-Bouin, à n’en pas douter, il ravivera une certaine nostalgie dans le cœur du peuple rouge.

Anthony Maurin

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