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Publié il y a 2 mois - Mise à jour le 25.09.2022 - norman-jardin - 4 min  - vu 1645 fois

FAIT DU JOUR Mathieu Arrag : « La France doit officiellement reconnaitre le génocide des harkis »

Mathieu Arrag, le président de la coordination harkis du Gard (photo Norman Jardin)

Mathieu Arrag, le président de le coordination harkis du Gard (photo Norman Jardin)

Ce dimanche 25 septembre est la journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives. Cette date est importante pour la coordination harkis du Gard, qui a été instaurée en 2012. Elle a pour objectif de faire vivre la mémoire des harkis de notre département. Pour son président, Mathieu Arrag, c’est aussi l’occasion d’évoquer le projet de monument hommage aux harkis du Gard dans la camp de Saint-Maurice l’Ardoise, mais aussi de combattre les insultes faites aux harkis.

Objectif Gard : Que représente la journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives pour votre association ?

Mathieu Arrag : C’est une fierté. Les harkis sont arrivés dans l’hexagone en 1962 et il a fallu attendre 2003 pour avoir cette journée. C’est grave qu’il ait fallu attendre autant. Mon papa a 80 ans, et il fait partie des derniers harkis. Cette journée est importante pour ne pas oublier qui étaient les harkis.

Lors d’une visite ministérielle en février dernier, Geneviève Darrieussecq, qui était à l'époque ministre déléguée à la Mémoire et aux Anciens Combattants, a évoqué le projet d'un monument en hommage aux harkis du Gard. Où en est ce projet ?

Il faut qu’il y ait un mémorial dans le camp de Saint-Maurice l’Ardoise. Il devrait voir le jour en octobre 2025 et je suis fier de faire partie de son groupe de travail. La France a caché l’histoire des harkis. Je vais faire en sorte que ce camp et le mémorial ne tombent pas dans l’oubli et je me battrai pour qu’ils soient faits dans le plus grand respect de la communauté harkie. Je ne veux pas que des personnages politiques, qui sont à l’opposé de la communauté harkie, soient présents à ces commémorations.

Quelle est votre crainte à ce sujet ?

La méfiance est en nous car il y a eu beaucoup de promesses depuis 1962. Je veux que les harkis aient la main dessus parce que c’est nous qui avons vécu dans ce camp.

« On aimera toujours la France et on veut que la France nous aime »

Quelle est votre histoire avec ce camp ?

Ma mère était dans le camp de Rivesaltes et mon père dans celui de Saint-Maurice l’Ardoise. La France a séparé mes parents pendant plus de deux ans. Nous étions parqués dans ces camps avec des conditions de vie inhumaines. Nous étions coupés du monde. Coupés des soins et de la scolarité, à l’écart de la société et entourés de barbelés. Le génocide des harkis existe. Je ne suis pas là pour victimiser, mais pour dire la vérité.

Les harkis ont-ils le sentiment d’être les oubliés de la guerre d’Algérie ?

Il n’y a que pendant les périodes d’élections que l’on parle des harkis et ça nous ne le voulons plus. Je suis très ému et ça me blesse que l'on nous insulte. Quand un harki se blesse, le sang qui coule dans ses veines est bleu, blanc et rouge. Quand on insulte les harkis, on insulte la France. On aimera toujours la France et on veut que la France nous aime.

Les harkis demandent-ils une loi de réparation ?

Le président Macron a fait une avancée avec un projet de loi porté par la ministre Geneviève Darrieussecq, mais ça ne fera jamais solde de tout comptes. Il y a des harkis qui ont perdu leurs enfants et ils ont été obligés de les enterrer de leur propres mains. Il leur était interdit d’enterrer leurs enfants dans les cimetières publics. La France nous a désarmé et livré à l’ennemi, le FLN (Front de libération nationale, NDLR). Aujourd’hui, un harki touche comme un ancien combattant. La France doit reconnaître officiellement le génocide des harkis.

L’ancien ministre, Jean-Marie Bockel, a été récemment nommé président de la commission pour l’indemnisation des harkis. Allez-vous le rencontrer ?

Il va à la rencontre des familles en France. Nous espérons son arrivée dans le Gard et nous allons lui remettre un rapport sur le préjudice subi par les harkis gardois.

« J’aimerais aller en Algérie, mais je ne peux pas»

Combien de harkis y a-t-il dans le Gard ?

Il y en a environ 5 000 familles, dont 2 800 font partie de notre coordination. Nous sommes 400 000 dans toute la France, mais les harkis sont en train de disparaitre.

Que représente l’Algérie pour les harkis ?

On a perdu notre terre natale. Mon père n’a jamais revu sa terre, ni sa maison et il n’a pas pu assister à l’enterrement de ses parents. Idem pour ma mère. J’aimerais aller en Algérie, mais je ne peux pas.

Y aller représenterait-il un danger ?

Le FLN est très implanté en France par des partis politiques qui l’honorent. Ces partis nous signalent au FLN, ce serait un risque d’y retourner. Quand on rentre en Algérie, on peut être menacé très fortement. Les harkis sont fichés en Algérie.

« J’ai envie de dire aux jeunes d’apprendre cette histoire »

Quels sont vos rapports avec les Pieds-noirs ?

J’ai énormément de respect pour les Pieds-noirs, toutefois nous étions dans les mêmes bateaux mais pas dans les mêmes hôtels.

Qu’avez-vous envie de dire aux Gardois qui ne connaissent pas l’histoire des harkis ?

Je leur dirais qu’un harki est un soldat français. Un harki, c’est l’histoire de France, la beauté de la France. C'étaient aussi les premières lignes pendant la guerre d’Algérie, les européens étaient derrière. J’ai envie de dire aux jeunes d’apprendre cette histoire et de ne pas croire des bêtises.

De quel genre de bêtises parlez-vous ?

Comme « Les harkis sont des traîtres ». Ça je ne veux plus l’entendre. Quand on insulte un harki, c’est condamnable, les associations se porteront partie civile et nous irons devant les tribunaux. Nous avons un avocat spécialiste en droit européen.

Propos recueillis par Norman Jardin

Norman Jardin

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