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Publié il y a 23 jours - Mise à jour le 07.11.2022 - francois-desmeures - 4 min  - vu 647 fois

FAIT DU SOIR La maternité de Ganges devrait être fortement soutenue ce jeudi soir

Collectif et élus de quatre communautés de communes appellent conjointement à manifester pour le maintien de la maternité (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Par manque de gynécologues, selon la direction, face à une pénurie organisée, selon le collectif qui lutte contre la fermeture, la maternité de Ganges n'a pour l'instant plus d'avenir au-delà du 19 décembre prochain. Le collectif pour le maintien de la maternité et les élus des quatre communautés de communes directement impactées appellent à une manifestation ce jeudi, à 18h, devant la polyclinique. 

Les pieds dans l'Hérault mais les recettes dans le Gard. On exagère à peine mais si la fermeture annoncée de la maternité de Ganges inquiète tant dans notre département, c'est que la polyclinique est bien plus fréquentée par ses voisins gardois que par des Héraultais. Les bébés de quatre communautés de communes sont ainsi susceptibles de naître à Ganges : Cévennes gangeoises et suménoises, Pays Viganais, Causse Aigoual Cévennes et Piémont cévenol dans une grande proportion. Un très vaste territoire d'environ 40 000 habitants.

Depuis la fermeture évoquée par le président de Cap Santé, Lamine Gharbi - groupe auquel appartient la polyclinique de Ganges (*) -, le 7 septembre un rassemblement a déjà eu lieu, ainsi qu'une réunion avec le directeur de l'Agence régionale de santé (ARS), le 6 octobre, où une reprise par le secteur public a été chaudement encouragé par Lamine Gharbi. "Il ne parle plus de fermeture mais dit juste que l'activité va cesser désormais", nuance Bruno Canard, du collectif citoyen.

Les communes autour de Ganges affichent leur soutien au maintien de la maternité, comme sur le fronton de la mairie de Brissac, dans l'Hérault... (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Pour la président de Cap santé, la maternité, qui a réalisé un peu moins de 300 accouchements l'an dernier, est appelé à manquer de gynécologues, de pédiatres et d'anesthésistes. Si leur garde est payée au même tarif forfaitaire que dans les autres cliniques, c'est le paiement à l'acte qu'ils trouveraient trop peu rémunérateur à Ganges, par manque d'actes justement.

Et Lamine Gharbi se refuse à payer indéfiniment des intérimaires à tarif très élevés, invoquant même un risque médical. Pour le collectif, qui ne nie pas la pénurie de professions médicales actuelles, la carence de spécialistes est partiellement organisée, les six anesthésistes potentiellement concernés ayant démissionné presque simultanément de la maternité (ce qui n'entrave pas leur activité dans d'autres services).

... ou dans les rues de Sumène (photo François Desmeures / Objectif Gard)

La piste d'une délégation de service public

Pour le collectif et les élus, il ne reste plus que l'appel au service public pour sauver la maternité qui assure, justement, une mission de service public pour un territoire rural reculé. "Une délégation de service public, cela peut prendre plusieurs mois et ça nécessite une aide supplémentaire", reconnaît Bruno Canard. Et les deux structures, privée et publique, pourraient coexister dans le même bâtiment.

Mais pour l'instant, au sein du comité, l'inquiétude domine et le précédent de Die, inquiète. Après des mois de lutte, la maternité avait finalement fermé dans cette commune de la Drôme de près de 5 000 habitants, le 31 décembre 2017. Dès le 1er janvier 2018, une femme enceinte souffrant de décollement du placenta arrivait in extremis à la maternité de Valence. En février 201I9, un bébé mourrait in utero alors que le protocole mis en place avait totalement dysfonctionné, faisant attendre les parents pendant trois heures. Depuis 2018, cinq bébés ont eu la "chance" de naître dans la voiture de leurs parents. Et si la justice a condamné la direction en 2020 pour l'absence de concertation lors de la fermeture, la décision n'a pas pour autant fait rouvrir la maternité.

Caricaturiste au Canard Enchaîné, et ami d'un membre du collectif, Jean-Michel Delambre a réalisé quelques dessins de soutien au maintien de la maternité

"C'est une atteinte au droit et à la santé des femmes", revendique Gersende Marceau, sage-femme et membre du planning familial de l'Hérault. Car la maternité n'assure pas que les naissances : elle accueille aussi un centre d'interruption volontaire de grossesse. La mort de la maternité, c'est aussi la fin de la possibilité d'accoucher à domicile. "Il faut que l'ARS fasse pression pour que Ganges puisse travailler avec Nîmes et Montpellier", poursuit Gersendre Marceau. "Quand on veut garder une maternité, on y met les moyens", s'emporte le maire de Brissac, Jean-Claude Rodriguez, qui ajoute cet abandon à la longue liste des services publics qui quittent petit à petit les territoires ruraux.

(Dessin : Jean-Michel Delambre)

"Le rôle de Cap Santé dans cette affaire, c'est aussi une grosse déception", lance le vice-président du Pays Viganais et maire de Mandagout, Emmanuel Grieu. La maternité de Ganges est d'ailleurs la seule du groupe privé. "Quand Cap Santé avait repris la clinique, abonde un autre membre du collectif. Le groupe s'était engagé à mettre 12 M€ d'investissements en travaux. En 2020, la note était passée à 20 M€. Aujourd'hui, M. Gharbi annonce 30 M€ pour nous expliquer qu'il ne les fera pas." Alors que le million de déficit de la maternité avait été couvert par l'ARS en 2021, Gersendre Marceau insiste : "La santé n'a pas pour but d'être rentable".

Le collectif, qui attend une réponse à son courrier envoyé au ministère de la Santé, a lancé une pétition en ligne qui atteignait ce lundi soir 4 931 signatures. Il en a également collecté 3 568 sur papier. Parmi les signataires, un certain... Lamine Gharbi. Emmanuel Grieu ne croit guère à sa sincérité. "À terme, c'est la question du maintien de la clinique qui se pose", craint le maire de Mandagout.

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

* Lamine Gharbi est également président national de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP)

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