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Publié il y a 4 ans - Mise à jour le 07.02.2018 - thierry-allard - 3 min  - vu 568 fois

GRAND AVIGNON Avec la Fabrique, l’opéra se fait pédagogique

Un opéra coopératif, késako ?
Les lycées et leurs élèves participent au projet de la Fabrique opéra (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Disons que si vous n’avez jamais entendu parler du concept de La Fabrique Opéra, né il y a douze ans à Grenoble mais qui a depuis essaimé -notamment à Avignon récemment- le travail en cours autour de Carmen de Bizet en est une éclatante définition.

Quatre établissements impliqués

Non, l’opéra n’est pas qu'un truc de seniors, fortunés au surplus : c’est en partant d’une envie de démocratiser l’opéra et de le faire découvrir au plus grand nombre que l’idée de la Fabrique est née. Et pour y parvenir, quoi de mieux que d’aller directement dans les lycées, pour chercher les jeunes là où ils sont. « C’est une action pédagogique, explique le directeur artistique de la Fabrique Opéra Avignon Provence, Vincent Fuchs, qui proposera cinq représentations de Carmen en avril. On intègre les lycées techniques et professionnels pour réaliser les aspects techniques, comme les décors ou les costumes. »

Une belle idée. Du moins sur le papier, car l’exigence de l’ouvrage lyrique ne tolère que très modérément l’à-peu-près, et requiert un professionnalisme de tous les instants. Ça tombe bien, les jeunes des lycées du Grand Avignon en sont capables : « on met les élèves devant un projet, on les lance dans le grand bain et on s’aperçoit qu’ils sont bons. Ils nagent avec nous et ils nagent bien », lance Rémy Cagnolo, le directeur du lycée professionnel privé Vincent de Paul, à Avignon. Les élèves de la section mode -qui compte chaque année au moins un Meilleur apprenti de France, s’il vous plaît- vont créer les costumes des trois solistes. Dans un tout autre domaine, les élèves de seconde année de CAP agents de sécurité du lycée se chargeront de la sécurité des cinq représentations. « Ça représente une mise en dynamique d’une centaine de jeunes », souligne le chef d’établissement.

« Nos élèves vont intervenir sur trois chantiers, le maquillage et la coiffure des artistes, et sur la communication et la gestion administrative du projet. Nous allons réaliser une plaquette et nous occuper de la commercialisation et de la gestion du public scolaire, les classes de CM1, CM2, 6e et 5e », explique le proviseur du lycée professionnel Maria-Casarès d’Avignon, Pierre-Marie Combes. Un troisième établissement, le lycée des métiers du domaine d’Eguilles, à Vedène, mobilisera ses sections ébénisterie, peinture, brevet des métiers d’art et…transport routier pour concevoir, confectionner et transporter les décors. L’Institut des métiers de la communication audiovisuelle d’Avignon rejoindra lui aussi le projet.

Les élèves impliqués dès la création

Autant d’établissements qui s’impliquent donc pleinement dans le spectacle qui constitue pour les établissements « l’occasion de faire rentrer les exigences professionnelles dans la formation de nos jeunes », se félicite Rémy Cagnolo. Et pas juste dans la réalisation de costumes, de coiffures ou de décors : « on travaille depuis plusieurs mois avec les élèves. L’idée est de les impliquer dans la création, qu’ils puissent donner leurs idées », explique la metteuse-en-scène du spectacle Fanny Gioria.

Lors des premiers essayages, mardi matin au lycée Vincent de Paul (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Par exemple, « on a réfléchi ensemble. On a fait des propositions. On a appris pas mal de choses, ça nous a apporté beaucoup », affirme Jalal, élève en section mode à Vincent de Paul. Le choix des tissus et les premiers essayages se sont déroulés mardi matin, au lycée, en présence des trois solistes, dont la mezzo soprano Nîmoise Valentine Lemercier, qui jouera Carmen. Les élèves du lycée Maria-Casarès auront quant à eux la lourde tâche de maquiller et coiffer les artistes. « Beaucoup d’élèves ont l’ambition de devenir maquilleuses professionnelles, ça leur permet de se rendre compte que c’est un métier très difficile et ça éprouve leur motivation », souligne pour sa part la professeure d’esthétique Mme Bourcet.

« On est extrêmement fiers de mettre en valeur les savoir-faire des lycées, de leurs élèves et des équipes pédagogiques, c’est un concept innovant », avance Vincent Fuchs. La prochaine étape est pour la semaine prochaine, avec les premiers essayages de maquillages au lycée Maria-Casarès. « On entre dans la phase de réalisation », ajoute Vincent Fuchs, alors que la première représentation est pour le samedi 14 avril prochain. Elle se déroulera, comme les quatre autres du reste, à la FabricA d’Avignon, « un lieu populaire, mais pas forcément lié à l’opéra », souligne Vincent Fuchs. Un autre moyen de démocratiser l’opéra, en le faisant sortir des quartiers gentrifiés et des dorures…

D’ailleurs, le spectacle cassera lui aussi les codes, avec une mise en scène en bi-frontal et un orchestre au centre de la salle -ce qui ne l’empêchera pas de respecter la fin originelle de Carmen, soit dit en passant-. Carmen, une oeuvre populaire qui restera la première de la Fabrique, mais pas la seule : « on a envie que ce projet puisse s’inscrire dans le temps, annonce Vincent Fuchs. On a envie de refaire le même format l’année prochaine avec un ouvrage différent et de nouveaux élèves. »

Plus d’informations ici.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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