La gauche alésienne est sous le choc. Avec seulement 15 % des voix au premier tour des municipales, le résultat est bien en deçà des attentes, malgré un rejet massif de Christophe Rivenq et de son équipe sortante. Ce score obtenu au premier tour par la liste 'Alès c'est vous !' portée par Paul Planque reflète, selon lui, une « séquence électorale particulièrement complexe et décevante ».
Malgré une campagne de terrain intensive — 3 500 portes frappées, des réunions publiques thématiques, et une écoute attentive des Alésiens — la gauche n’a pas su convaincre. Le premier tour a révélé une abstention massive dans les quartiers populaires, « un rejet massif des choix politiques », et un sentiment de dépossession chez les électeurs qui s’étaient mobilisés lors des législatives de 2024.
Une gauche divisée, un électorat désabusé
Pour Paul Planque, la responsabilité de cet échec incombe en grande partie aux divisions de la gauche locale. Il pointe du doigt la stratégie du Parti socialiste alésien, dirigé par Basile Imbert, qui a choisi de « diaboliser » la liste communiste et de refuser toute alliance avec notamment LFI, malgré les appels répétés au rassemblement. « On a joué la carte de l’ego et de la stratégie à court terme, au détriment d’un projet commun pour Alès, déplore-t-il. L'ego de Basile Imbert, la stratégie du PS local et ses déclarations selon lesquelles il ne jouait pas pour ce coup-ci, mais pour le suivant, ainsi que son autosatisfaction après le vote, ont privé Alès et ses habitants d’une équipe de gauche qui aurait pu mettre en œuvre une politique différente. »
L’absence d’accord à gauche a, selon lui, privé les Alésiens d’une alternative crédible, réduisant le second tour à un duel entre la droite et l’extrême droite. « Les électeurs de gauche se sont sentis dépossédés de leur vote. Ils ont considéré qu'il était inutile de revoter, sachant que leur vote ne changerait pas forcément les choses. »
Un conseil municipal sans représentation de la gauche
Le retrait de la liste Planque au second tour a permis à Christophe Rivenq d’éviter une victoire du Rassemblement national, mais a aussi scellé l’absence de toute représentation de gauche au conseil municipal. Une première depuis la Seconde Guerre mondiale. « On a préféré sauver Alès du RN plutôt que de risquer une victoire de Rivenq », explique Planque, tout en reconnaissant que cette décision a été difficile.
Désormais, la gauche alésienne doit faire face à un « vaste chantier de reconstruction ». Paul Planque insiste sur la nécessité de continuer à défendre des projets concrets, comme la création d’un centre de santé municipal, malgré l’absence de sièges au conseil. « Même sans pied dedans, on peut encore faire entendre la voix des Alésiens », affirme-t-il, évoquant des initiatives symboliques — présence dans les tribunes publiques, diffusion en direct des séances du conseil, et mobilisation sur les réseaux sociaux.
Il dénonce aussi la « sourdité » de la nouvelle majorité municipale, qui, selon lui, « ne répond pas aux réalités du territoire et aux attentes des Alésiens ». « Aujourd’hui, l’ancien monde est mort, mais un nouveau n’est pas encore né. À nous de le reconstruire pour qu’Alès retrouve enfin le sens de l’histoire. »
Vers une reconstruction citoyenne ?
Face à cette situation, Paul Planque appelle à un rassemblement des forces de gauche, mais pas n’importe lequel : « Il faut que ce rassemblement soit imposé par les citoyens et non par les états-majors. » Il relance un appel du pied pour une alliance avec le PS local, pour les prochaines élections à venir.
Pour lui, la clé réside dans une gauche citoyenne, où la parole des Alésiens serait enfin prioritaire. « Les partis politiques doivent s’interroger sur leur fonctionnement. Ils ne font plus rêver les gens. Il faut inventer une nouvelle façon d’avoir un rapport à la politique, qui redonne envie aux désabusés de s’intéresser à la chose publique ».
Que s'est-il passé entre les deux tours ?
Dans une analyse détaillée des négociations de l’entre-deux-tours, Paul Planque a expliqué avoir proposé à Basile Imbert une fusion de leurs listes, après des heures de tractations dans la nuit du dimanche au lundi. Six ou sept propositions différentes avaient été formulées, mais Basile Imbert a d’abord refusé avant d’accepter, exigeant d’être placé en troisième position — une condition qu’il a vécue comme une provocation, refusant catégoriquement la deuxième place, occupée par une femme. L’accord, conclu à 1h30 du matin, a été rompu dès le lendemain matin : Basile Imbert aurait invoqué des questions de frais de campagne pour justifier son revirement, avant de rencontrer Christophe Rivenq, qui lui aurait proposé quatre postes sur sa liste (dont un pour les communistes). Face au refus des écologistes et de LFI de s’allier à Rivenq, Basile Imbert a finalement annoncé son retrait et son soutien à la liste sortante, contraignant Paul Planque à faire de même pour éviter une victoire du Rassemblement national, malgré les 15 % obtenus par sa liste. Planque souligne que Basile Imbert n’avait aucun mandat pour s’exprimer en son nom et que cette décision a scellé l’absence de la gauche au conseil municipal.