Publié il y a 43 min - Mise à jour le 21.05.2026 - Stéphanie Marin - 4 min  - vu 19 fois

CULTURE Nouvelle saison au théâtre d'Arles : "Le besoin d’être ensemble existe encore"

Dominique Bluzet, directeur du théâtre d'Arles.

- S.Ma

Bien plus qu'une programmation, Dominique Bluzet, directeur du théâtre d'Arles, a défendu ce mercredi 20 mai une vision du théâtre comme lieu de rassemblement, de réflexion et de démocratie culturelle.

L’affiche de cette nouvelle saison, que faut-il y voir ? Un code barre, comme l’art bien de consommation ? Un rideau ajouré comme l’art ouvert et accessible à tous ? Derrière cette identité visuelle, Dominique Bluzet a déroulé mercredi soir une saison 2026-2027 pensée comme un antidote à l’isolement, où le théâtre devient un espace pour rire, réfléchir et se retrouver ensemble. "Les salles de spectacle, ça fait partie des derniers endroits où on peut être tous ensemble", a-t-il souligné devant le public arlésien et après une entrée sur une musique des Aventures de Rabbi Jacob, dans un jaillissement d’effets pyrotechniques. "Si j’ai fait du théâtre, c’est parce que je n’avais pas envie d’être seul", a insisté l'acteur, metteur en scène, producteur et directeur de théâtres.

Cette nouvelle saison s’ouvre d’ailleurs avec un bilan chiffré 2025/2026 que Dominique Bluzet présente comme un signal encourageant : environ 830 abonnés, scolaires compris — soit un nombre quasiment doublé — ainsi qu’une hausse de 30 % de la fréquentation et des recettes de billetterie. "Ça veut dire que ce théâtre est, de plus en plus, celui de tous les Arlésiens. Chacun peut dire qu’il rentre ici et que c’est son théâtre." Et le maître de cérémonie de poursuivre : "Mon objectif, c’est d’arriver à 1 000 abonnés, puis à 1 500." Non pas par obsession des chiffres, mais parce qu’il voit dans cette fréquentation une preuve que "le besoin d’être ensemble existe encore". 

"Un des fondements de la démocratie"

Dans un contexte budgétaire tendu pour les politiques culturelles, le directeur place la culture sur le devant de la scène. "C'est un combat, ce n’est pas quelque chose d’anecdotique. C’est un des fondements de la démocratie", a-t-il indiqué. Avant de saluer "les élus qui continuent à défendre des choses positives dans un monde qui ne voit que les problèmes." Pour mener "ce combat", le théâtre d'Arles s'est doté d'un outil mis en place par le ministère de la Culture, le dispositif Mieux produire, mieux diffuser, en partenariat avec le théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence, aussi dirigé par Dominique Bluzet, de même que le Grand Théâtre de Provence ainsi que les théâtres du Gymnase et des Bernardines à Marseille . "Aujourd’hui, quand un jeune metteur en scène reçoit 3 000 euros de coproduction, il est déjà content. Chez nous, avec ce dispositif, c’est 20 000 euros. Et ces spectacles vont se jouer ici à Arles, à Aix et à Marseille. Donc, si on additionne, ça fait dix représentations", détaille Dominique Bluzet.

Deux créations naîtront dans ce cadre à Arles : Fête des mères, mis en scène par Adèle Royné, et Canoës de la compagnie ildi ! eldi qui poursuit son travail autour de l'univers fictionnel de Maylis de Kerangal. La première (1ᵉʳ et 2 octobre 2026), s’annonce comme une comédie familiale douce-amère "dans un univers à la Jaoui-Bacri". La seconde (5 et 6 février 2027) explore la voix humaine à travers plusieurs récits entre intimité et mémoire.

La présentation de la saison 26/27 du théâtre d'Arles s'est achevée comme une fête.  • S.Ma

La programmation multiplie les registres et les émotions. Danse avec La Liesse du chorégraphe Pierre Pontvianne (5 novembre 2026) ou encore Oüm, hommage à la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum, du chorégraphe Fouad Boussouf (12 janvier 2027). Théâtre contemporain avec Article 353 du code pénal, adapté du roman de Tanguy Viel par Emmanuel Noblet, où un homme avoue un meurtre à un juge qui doit décider selon son intime conviction (13 et 14 novembre 2026). Théâtre classique revisité avec Don Juan. Un cœur à aimer la terre entière ? par Philippe Car et son Agence de voyages imaginaires (8 et 9 décembre 2026).

Des têtes d'affiche du théâtre français fouleront les planches arlésiennes, comme Jean-Pierre Darroussin avec Dans le couloir, un texte de Jean-Claude Grumberg sur un couple octogénaire contraint d'accueillir à nouveau sous leur toit leur fils âgé de 50 ans (20 et 21 janvier 2027) ou encore Rachida Brakni dans Médée/s (18 et 19 novembre 2026). L'actrice porte la parole d'une mère au bord de l'infanticide. Un spectacle qui explore la déchirure — intime, sociale, politique — et dont les résonances avec le drame familial survenu mercredi à Toulon, ont frappé la salle. "Cette détresse-là, cette solitude-là existent dans notre monde, a lancé Dominique Bluzet, ému. Et c’est pour cela qu’être ensemble est important." Autre grand acteur à découvrir, mais cette fois-ci au théâtre du Jeu de Paume à Aix, dans le cadre de l'une des opérations "On vous emmène" (navette obligatoire 7 €) : Francis Huster dans En Thérapie (10 avril 2027), une pièce adaptée de la série culte israélienne BeTipul.

Femmes, femmes, femmes... 

Qu’elles soient metteuses en scène, autrices ou interprètes, une large place sera faite aux femmes. La Religieuse, adapté du roman de Diderot (19 mars 2027), interprétée par Marie-Laure Crochant, 20 ans après sa création. Music-Hall Colette, avec Cléo Sénia, reviendra sur la liberté de l’écrivaine et artiste à travers chant, danse et effeuillage (24 et 25 mars 2027). La pièce Il n’y a pas de Ajar (2 et 3 avril 2027), inspirée du texte de Delphine Horvilleur autour de Romain Gary et de son double littéraire, Émile Ajar, explorera quant à elle les questions d’identité et de transmission.

Au-delà de la diversité des spectacles, Dominique Bluzet revendique surtout une invitation à "un voyage imaginaire". "Une saison, c’est comme ces dessins pour enfants où il faut relier des points, a-t-il précisé. À la fin, ça raconte quelque chose, ça transmet des émotions."

Pour retrouver la programmation complète du théâtre municipal d'Arles 26/27, cliquez ici. 

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