Publié il y a 39 min - Mise à jour le 21.05.2026 - Stéphanie Marin - 4 min  - vu 74 fois

TARASCON Entre défense de l’emploi et inquiétudes environnementales, l’avenir de Fibre Excellence divise

L'usine de pâte à papier Fibre Excellence Provence à Tarascon.

- S.Ma

Alors que le groupe Fibre Excellence a été placé en redressement judiciaire le 27 avril dernier par le tribunal de commerce de Toulouse, syndicats, élus et collectivités multiplient les démarches pour éviter une liquidation qui menacerait près de 700 emplois entre les deux usines de production de pâte à papier, à Tarascon et Saint-Gaudens. Mais face au discours de sauvegarde industrielle porté par l’intersyndicale et les régions Sud et Occitanie, les associations environnementales dénoncent un modèle industriel "à bout de souffle".

"Sans intervention immédiate, ce ne sont pas seulement plusieurs centaines d'emplois directs - près de 700, NDLR - qui disparaitraient, mais également tout un pan stratégique de la filière industrielle française." Dans un communiqué en date du mercredi 20 mai, rédigé à l'issue de la table ronde organisée à Bercy, les représentants des salariés de Fibre Excellence ont rappelé le caractère "indispensable", d'une "injection urgente de 20 millions d'euros par site afin de permettre le redémarrage des installations et d'éviter un arrêt industriel irréversible."

L'intersyndicale CGT-FO-CFDT indique également qu'une "expertise technique et industrielle, demandée par le ministre de l'Industrie, devra être rendue sous 48 à 72 heures." Une visioconférence réunissant Sébastien Martin, les Régions Sud et Occitanie, les syndicats et la SAS se tiendra ce week-end.

Le ministre en contact avec une dizaine d'industriels

Toujours selon les représentants des salariés, "le ministre a indiqué avoir pris contact avec une dizaine d'industriels. Parmi eux, un industriel suédois manifesterait un intérêt sérieux dans une logique de sécurisation de ses approvisionnements européens (...) Il a également été confirmé que la revalorisation de 20 % du MWh serait inscrite dans le projet de loi de finances 2027 et que les 150 M€ sont toujours d'actualité pour un repreneur avec un projet solide et d'avenir", complètent-ils.

Plusieurs demandes ont été formulées par les organisations syndicales : une expertise comparative immédiate des deux projets afin de construire une solution industrielle crédible et attractive pour les repreneurs, la formalisation écrite des engagements de l'État concernant l'énergie et le soutien aux investissements, la sécurisation durable des approvisionnements en bois avec l'ONF, des mesures européennes contre le dumping environnemental et social lié aux importations massives de pâte sud-américaine attendues à l'horizon 2029.

Les Régions Sud et Occitanie en soutien

Dans un communiqué diffusé le 19 mai, la Région Sud a réaffirmé son soutien au site tarasconnais, considéré comme "un des fleurons industriels du territoire". Déjà engagée depuis 2021 avec un prêt de 3 millions d’euros, dont 2,3 millions restent à rembourser, elle se dit prête à renoncer à cette créance "dans le cadre d’un projet de reprise crédible et durable". La Région Occitanie, avec Carole Delga en chef de file, est également mobilisée depuis plusieurs mois. "Grâce au travail et à l’engagement de tous les acteurs, une issue est possible, sans aucune fatalité, pour assurer la pérennité de Fibre Excellence et conserver les emplois. Je le rappelle, la Région Occitanie est prête à intégrer la gouvernance de l’entreprise et à investir 5 M€ pour conserver le savoir-faire de la pâte à papier sur nos territoires. Désormais, nous devons poursuivre le travail engagé avec l’ensemble des parties prenantes jusqu’à la prochaine échéance fixée par le Tribunal de commerce", a déclaré la présidente de la Région Occitanie.

>> À relire : TARASCON. Fibre Excellence : redressement judiciaire, usines arrêtées, la course contre la montre est lancée.

De même que la CCI du Pays d'Arles, qui dans un courrier adressé au Premier ministre notamment, en date du 20 mai, a indiqué "poursuivre ses échanges et ses travaux afin de contribuer à l'identification de solutions opérationnelles à court et moyen terme."

"À 300 mètres de la chaudière, il y a une école avec 200 élèves"

Pour l’association Les Flamants roses du Trébon - qui a déposé, avec FNE Paca et FNE 13, une nouvelle plainte contre l'usine auprès du tribunal judiciaire de Tarascon, pour non-respect des exigences liées à ses obligations réglementaires -, l’urgence est ailleurs. "Ce qu’on demande, c’est la mise aux normes", martèlent Claire Simonin, Bruno Emeric, vice-présidents de l’association, et Bruno Schickelé, trésorier. Les deux Bruno sont riverains de l'usine tarasconnaise. "Ils se foutent pas mal de ce qui se passe et ça depuis très longtemps", ajoutent-ils. Eux, ont compilé de nombreux dossiers.

Bruno Schickelé, Bruno Emeric et Claire Simonin, de l'association Les Flamants roses du Trébon. • S.Ma

Les militants dénoncent des années de dérogations préfectorales, des nuisances persistantes et des risques industriels majeurs. Au-delà des rejets atmosphériques, ils pointent les odeurs, le bruit et les conséquences sanitaires potentielles. L’association cible également la chaudière à liqueur noire, "talon d’Achille de l’usine", en fonction depuis quatre décennies. "Cette usine va péter, si on continue", alerte Bruno Emeric, pointant un équipement "rafistolé" et des incidents, "trois fois si l’on considère les deux sites français de Fibre Excellence". "Pas plus tard que le 15 avril dernier, une nouvelle fuite à FEP a nécessité deux jours d’arrêt pour réparations." Et le trio d'insister : "À 300 mètres de la chaudière, il y a une école avec 200 élèves."

"Un enfumage complet"

Autre point de friction, la production d’électricité qualifiée de verte par l’entreprise. "C’est faux, complètement faux", assure Bruno Schickelé. "Pour démarrer la chaudière, ils utilisent du fioul lourd. On a calculé que ça équivalait à 100 000 véhicules diesel qui tournent pendant huit ou neuf heures." Les militants dénoncent un "enfumage complet" autour du modèle énergétique du site.

Si l’intersyndicale et plusieurs collectivités défendent une reprise industrielle, l'association Les Flamants roses du Trébon estime qu’un redémarrage dans les conditions actuelles serait irresponsable. "On sait très bien qu’ils n’investiront pas. Une chaudière neuve, c’est 300 millions d’euros", estiment ses membres. Ils plaident pour un démantèlement progressif du site et une reconversion économique du territoire. "Tarascon a un nœud ferroviaire important, le Rhône navigable, un potentiel touristique énorme. On détruit de l’emploi potentiel dans le tourisme, la restauration etc."

Dans ce dossier sous tension où se mêlent emplois, industrie et environnement, les prochaines semaines seront décisives. Une audience est prévue le 3 juin pour examiner la situation financière du groupe. En parallèle, les offres de reprise doivent être déposées avant le 31 mai.

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Stéphanie Marin

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