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Publié il y a 8 mois - Mise à jour le 03.04.2022 - pierre-havez - 3 min  - vu 2198 fois

AU PALAIS « La seule chose qu’il n’a pas assumée, c’est son prénom »

Le tribunal correctionnel de Nîmes. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Poursuivi pour un banal vol, Samy, à peine majeur, écope de deux ans et deux mois d’emprisonnement ferme, en comparution immédiate, jeudi 31 mars 2022. Son casier déjà bien rempli et sa tentative de se faire passer pour son frère jumeau ont gravement alourdi son cas.

Queue de cheval et grosses lunettes aux verres légèrement fumés, Samy, 18 ans, s’est fait pincer en train de voler trois vélos, une carte bancaire, un GPS, une montre et une sacoche dans une camionnette, dans la nuit du dimanche 27 au lundi 28 mars à Nîmes. Déjà condamné pour les mêmes faits par le tribunal pour enfants en juin 2021, le jeune est en état de récidive. Son complice, sous contrôle judiciaire, n’est pas venu à l’audience.

« Je ne tiens pas l’alcool »

Un voisin, qui les a vus passer plusieurs fois dans la rue en se cachant le visage, a alerté les policiers. Sur place, ceux-ci retrouvent immédiatement le butin dans la voiture des deux jeunes. « Vous revenez de soirée, vous avez un peu bu, alors pourquoi commettre ce vol ? », s’interroge la présidente Aude Venturini. Samy tente de s’expliquer maladroitement : « Je n’avais pas beaucoup bu, mais je ne tiens pas l’alcool. J’ai pris des cachets quand j’étais petit et mon corps ne résiste pas du tout. », murmure-t-il. La juge reste un peu sur sa faim. « Un peu facile de tout mettre sur l’alcool, non ? Ça n’explique pas votre passage à l’acte, le gronde-t-elle. Surtout que le lendemain, vous deviez rencontrer le juge pour discuter de l’aménagement d’une précédente peine de 6 mois pour un un braquage... Ce n’était peut-être pas une bonne idée. »

« C’est mon frère, il va me pardonner »

Samy a malheureusement enchaîné les mauvaises décisions, cette nuit-là. En garde à vue, il reconnait le vol, mais jure s’appeler Yanis. « Pourquoi avoir donné le nom de votre frère jumeau ? », veut cette fois comprendre Aude Venturini. Le jeune majeur n’en mène pas large. « À cause de ce rendez-vous avec le juge, le lendemain. C’était juste un moyen de saisir ma chance pour avoir un bracelet, travailler, et tout. », admet-il piteusement. La magistrate soupire : « Mais vous ne pensiez pas qu’on s’en apercevrait ? » Samy souffle à son tour : « Si mais j’ai tenté le tout pour le tout pour m’en sortir… » La présidente s’offusque : « Mais c’est très égoïste ! Et si votre frère avait été condamné à votre place ? Vous avez pensé à sa réaction ? » Le jeune se tient les bras, l’air gêné, sans oser regarder son jumeau dans la salle : « C’est mon frère, il va me pardonner. »

Supercherie

S’apercevant de la supercherie, c’est la mère des jumeaux qui a dû appeler le juge et passer au commissariat pour prévenir que ce n’était pas Yanis, mais Samy, qui était en garde à vue. « Et malgré ça, vous avez persisté dans votre mensonge, même devant le procureur. Il a fallu vous replacer en garde à vue pour que vous avouiez enfin. À quel moment allez-vous assumer vos actes ? », l’accable la présidente. Déjà condamné une demi-douzaine de fois depuis sa majorité, Samy soupire à la lecture de son casier. Le procureur Vincent Edel demande en effet contre lui la révocation d’un sursis en cours de six mois, ainsi que dix mois supplémentaires pour le vol et l’usurpation d’identité.

Son avocate tente de redorer son image : « Ne perdez pas de vue qu’il n’a que 18 ans. Il a assumé le vol en indiquant aux policiers où se trouvait le butin, avance Isabelle Viremouneix-Graffin. La seule chose qu’il n’a pas assumée, c’est son prénom. Non pas pour se dérober à la Justice, mais pour obtenir son placement sous bracelet, afin de pouvoir travailler. Il espérait ainsi sortir de garde à vue pour aller rencontrer le juge, et ensuite retourner s’expliquer au commissariat… ». En vain. Samy souffle bruyamment une nouvelle fois en apprenant qu’il retourne en détention pour purger une peine totale de 26 mois d’emprisonnement. Dans la salle, sa mère s’effondre en larmes, soutenue par le frère jumeau de Samy.

Pierre Havez

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