Publié il y a 1 h - Mise à jour le 08.06.2026 - Yannick Pons - 5 min  - vu 19 fois

AVIGNON OFF Marine Lansman : « Au fort Saint-André, il y avait un arbre à qui je racontais mes journées »

Marie Lansman

Née à Avignon, Marine Lansman a grandi à Villeneuve-lès-Avignon avant de rejoindre Paris. La comédienne revient sur ses terres et présente Heal the World au théâtre Chapelle des Antonins, dans le cadre du Festival Off d’Avignon. Une création portée par la compagnie Bacchus+5, qu’elle a fondée aux côtés de Nicolas Quelquejay.

Sur la scène de la chapelle des Antonins, quatre comédiens embarquent le public dans une comédie contemporaine survoltée. Heal the World raconte l’histoire d’une troupe de théâtre menacée par la fermeture de son lieu. Les subventions ont disparu, les caisses sont vides, il faut sauver le théâtre. Alors l’équipe imagine le spectacle de la dernière chance. Un spectacle censé plaire à tout le monde. Surtout ne froisser personne et rassembler toutes les générations. Évidemment, rien ne se passe comme prévu.

Le spectacle file alors vers l’absurde. Il y est question d’intelligence artificielle, de deuil, de culture en crise, de choc générationnel et même d’un voyage dans le monde des morts afin de demander de l’aide à Coluche. Marine Lansman évoque un univers décalé, truffé de clins d’œil. South Park, Monty Python, Charlie Chaplin dans Les Temps modernes.

Objectif Gard : Vous revenez cet été près d’Avignon. Quel lien gardez-vous à Villeneuve-lès-Avignon ?

Marie Lansman : Je suis née à Avignon, mais j’ai grandi à Villeneuve-lès-Avignon. J’étais très attachée à Villeneuve, parce que c’est une ville où, quand on est enfant, on peut se raconter plein d’histoires. En rentrant de l’école (Montolivet), je faisais toujours un tour par le fort Saint-André. Il y avait un arbre et je lui racontais mes journées. Le fort Saint-André, la nuit, les lumières, les pierres, tout cela créait une ambiance propice aux histoires. Il y avait aussi la Chartreuse. Je lisais les vieux livres de la brocante sur la place du marché. Ces escapades ont beaucoup nourri mon imaginaire. Je suis arrivée au théâtre par les récits, les histoires, la littérature. Le théâtre, c’était une manière de rendre vivant cet imaginaire, de le rendre présent et incarné.


Le théâtre était déjà très présent dans votre enfance ?

Oui. Mes parents avaient un théâtre à Avignon qui s’appelait l’Atelier du Graal. Aujourd’hui, je crois que c’est devenu la Fabrique Théâtre. Ils répétaient aussi à la chapelle des Pénitents gris, à Villeneuve-lès-Avignon. Ma baby-sitter, c’était un peu les gradins du théâtre. Je restais là, je me faisais toute discrète, je regardais les répétitions. À l’Atelier du Graal, ma chambre était dans une loge. Ma chambre d’enfant, c’était une loge.

Comment est née la compagnie Bacchus+5 ?

J’ai rencontré Nicolas Quelquejay dans les conservatoires à Paris. C’est mon partenaire de scène, mais aussi mon partenaire de vie. Je l’ai rencontré parce que je mettais en scène Saint-Jeanne des abattoirs de Bertolt Brecht au conservatoire, et je lui avais donné un des rôles principaux. On avait des idées, des envies d’écrire, de créer quelque chose. Bacchus+5 est née de cette envie. On l’a créée tous les deux. Dans la compagnie, on fonctionne par passage de relais. Sur Heal the World, Nicolas est le moteur. Il est l’auteur de la pièce. Moi, je l’ai accompagné dans l’écriture, j’ai collaboré à la mise en scène et nous travaillons ensemble au plateau.

Que raconte Heal the World ?

L’ADN de la compagnie, c’est d’amener les gens à rire de problématiques actuelles, de choses qui peuvent être angoissantes ou inquiétantes. On vient en rire ensemble, un peu comme une thérapie. Heal the World parle d’une inquiétude réelle autour du monde de la culture. C’est une troupe de théâtre qui voit son lieu fermer. Il n’y a plus de subventions, plus d’argent dans les caisses. Elle tente quand même de sauver le théâtre en créant un spectacle qui va plaire à tout le monde. Un spectacle de la dernière chance. On essaye de ne froisser personne. On veut plaire à tout le monde. Et évidemment, ça amène des catastrophes. En parallèle, il y a une histoire plus sensible. Leslie a perdu son père et fait appel à une start-up de pompes funèbres qui propose de recréer un double de lui à partir de ses conversations. Elle se retrouve face à un père 2.0 créé grâce à l’intelligence artificielle. Cela engendre tout un tas de catastrophes tragicomiques. La question du spectacle, c’est jusqu’où tout ça va aller.

L’intelligence artificielle est donc au centre du spectacle ?

Oui, bien sûr. On s’inspire de choses réelles. Entre le moment où Nicolas a commencé à écrire cette histoire et aujourd’hui, il existe déjà aux États-Unis des entreprises qui proposent de recréer des doubles numériques de personnes décédées. Nous, on pousse plus loin dans le spectacle. Mais la question de l’IA, abordée par ce prisme-là, vient aussi interroger une culture en difficulté, un théâtre en difficulté. Il y a aussi un choc générationnel. Cette idée est présente dans le spectacle, notamment à travers Leslie et son père.

Quel est le ton du spectacle ? Quels sont vos moments préférés ?

C’est survolté. On croit beaucoup au théâtre physique. Le corps est très important afin de faire passer le texte, surtout dans le comique. On travaille souvent le masque, la pantomime. Sans trahir le suspense, il y a peut-être des extraterrestres qui vont venir. C’est du masque, c’est physique. On se sert du théâtre physique afin de servir l’humour. Il y a deux moments que j’aime beaucoup. Quand on descend dans le monde des morts afin d’aller chercher Coluche. Et puis un moment où un performeur de théâtre contemporain arrive très sérieusement afin de faire une performance. On a fait un clin d’œil à Piotr Pavlenski, sauf que là, ça ne marche pas. C’est catastrophique (rires). Le titre vient de cette idée de soigner le monde. La troupe veut à tout prix réparer, sauver le spectacle vivant, sauver la culture, sauver le monde, et elle prend les pieds dans le tapis.

Qu’aimeriez-vous que le public retienne ?

J’aimerais déjà qu’il passe un super moment, qu’il se marre. Et qu’il réfléchisse un peu à travers le rire. Peut-être aussi qu’il ait envie de sauver le théâtre lui aussi en sortant. J’aimerais que notre univers complètement barré donne envie aux gens d’être fous à leur tour, de se battre, de faire des choses. Quand on a envie de faire un truc, il faut le faire, il faut aller jusqu’au bout.

HEAL THE WORLD Texte mise en scène Nicolas Quelquejay
Heal the world • @Marie Charbonnier

Lauréat du tremplin d’émergence Drama Queen Factory, Heal the World arrive à Avignon dans des conditions précieuses qui permettent de jouer au Off dans de bonnes conditions, de bénéficier du lieu, de la billetterie, d’une enveloppe, d’une résidence de création et de dates partenaires, dont le Oui ! Festival à Barcelone.

Infos pratiques

Heal the World
Festival Off d’Avignon
Les 4, 6, 8, 11, 13, 15, 18, 20, 22 et 25 juillet
À 20h20
Théâtre Chapelle des Antonins
Durée 1h15
Genre Théâtre contemporain
Mise en scène Nicolas Quelquejay
Distribution Zoé Van Herck, Nicolas Quelquejay, Marine Lansman, Raphaël Plockyn
Régie et création lumière Thomas Le Goff

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