Publié il y a 15 jours - Mise à jour le 29.05.2024 - Marie Meunier - 3 min  - vu 711 fois

CORNILLON Une erreur de trois dixièmes coûte cher aux vignerons de Saint-Gély

Une partie des coopérateurs de la cave des vignerons de Saint-Gély. 

- photo Marie Meunier

En août 2023, la cave des vignerons de Saint-Gély a envoyé une cuve de 280 hL de vin rouge à la distillation de crise. En raison d'une erreur sur le degré d'alcool indiqué, aucune aide ne leur a été accordée. Les coopérateurs y ont perdu leur dû et leur vin... 

Ce n'est jamais de gaieté de cœur que les vignerons envoient leur vin à la distillation. Cela sert ensuite pour les gels hydroalcooliques, les parfums, les solvants... Mais le marché viticole n'est pas au beau fixe en ce moment, les ventes sont à la peine. "On en a vu des crises de 6-8 mois mais là, ça dure depuis plus d'un an et demi, et on ne voit pas le bout du tunnel", affirme Michel Bousquet, un des cinquante coopérateurs que recense la cave des vignerons de Saint-Gély, basée à Cornillon, dans la vallée de la Cèze. En 2023 et 2024, ils ont décidé d'envoyer 4 500 hectolitres de vin répartis en trois citernes à Vauvert, à l'Union des distilleries de la Méditerranée pour accéder à l'aide financière à la distillation de crise, mise en place pour les rouges et rosés.

Pour deux des trois cuves, ils n'ont pas rencontré de difficulté. Pour celle de 280 hL qui a été envoyé le 7 août 2023, c'est plus compliqué. Sur le document accompagnant la citerne, les vignerons de Saint-Gély ont indiqué un TAV de 12% (titre alcoométrique volumique), soit le degré d'alcool. À la réception, le vin contenu dans la citerne est contrôlé et là, le TAV affiche 12,83%. C'est au-delà de la "tolérance admise de 0,5%". Dans un courrier, FranceAgriMer indique qu'à cause de cela, ce volume de 280 hL "reste inéligible à l'aide à la distillation". 

"On nous fait un grand cinéma pour pas grand chose"

Pour les vignerons, c'est l'incompréhension. "On nous contrôle, on fait des prélèvements alors qu'on sait de source sûre par les chauffeurs que les camions se mettent à cul devant une piscine et que tous les vins sont mélangés. On nous fait un grand cinéma pour pas grand chose", pointe Cyril Caffarel, vice-président de la cave. Lui et les autres coopérateurs ont appris la nouvelle ubuesque plus de trois mois après la livraison de la cuve. À cause de ces 0,33% au-dessus du seuil d'indulgence, ils perdent 18 200€ d'aide. Ils reconnaissent leur erreur au départ : "Quand on charge des citernes, on fait par cuves. À la fin, quand on mélange plusieurs cuves, ça a modifié un peu le degré mais on ne peut déterminer le chiffre exact", admet le président de la cave, Frédéric Deville.

Les vignerons ne digèrent pas que cette différence minime puisse les priver de cette somme. D'autant que leur vin a bel et bien été distillé, et ils n'ont jamais récupéré leur cuve. Pourquoi ne leur a-t-on pas renvoyé pleine si elle n'est pas conforme, se demandent-ils. À l'heure où certains coopérateurs se demandent s'ils vont pouvoir réparer leur matériel et pèse chaque dépense, ce manque à gagner est dommageable. "Au-delà de l'argent, il y a l'aspect moral. On a travaillé pour rien", déplore le président.

Une lettre envoyée aux médias, aux politiques pour essayer de faire bouger la situation

La cave a alors envoyé une lettre demandant un recours grâcieux. En réponse, FranceAgriMer leur a stipulé que leur "dossier était arrêté de manière définitive". Les vignerons ont donc envoyé un courrier intitulé "Quand l’État français tue une cave coopérative gardoise" pour expliquer l'impasse dans laquelle ils se trouvent et essayer de faire bouger les choses. Ils l'ont adressé à quelques jours des élections européennes à la presse mais aussi aux élus locaux, départementaux, régionaux et aux parlementaires. "Pour une simple erreur d'écriture, pour trois dixièmes, on en est là aujourd'hui", regrette le maître de chai, Matthias Bertrand. "On n'a pas voulu tricher, c'est une simple erreur d'écriture. On aurait marqué 8% alors que notre vin fait 15% je veux bien mais ce n'est pas le cas. On annonce du 12, c'est du 12,8%, il y a en plus davantage d'alcool", insiste bien Frédéric Deville.

Pour la cave qui existe depuis 1924, c'est un coup dur dans une période déjà en berne. Leur chiffre d'affaires a reculé de 1,5 à 1 million d'euros annuels. Les prix de vente aussi ont baissé, alors que les charges, elles, augmentent. Et même si 45% des volumes produits par la cave sont certifiés Agriculture biologique, les coopérateurs connaissent des moments difficiles.

Beaucoup d'entre eux étaient d'ailleurs sur les manifestations en janvier-février dernier pour défendre le monde agricole et dénoncer la concurrence déloyale des productions venant de l'étranger. Et également pour demander une simplification des normes. Le cas présent ne va pas vraiment en ce sens. "On ne veut plus entendre les politiques dire qu'ils vont faire remonter à Paris. On veut des actions concrètes et rapides", revendique Cyril Caffarel. Et de conclure : "Personne n'a envie de reprendre nos terres, quelles perspectives ont les jeunes ?"

Contacté par Objectif Gard, FranceAgriMer a indiqué par mail ne pas pouvoir "apporter de réponse sur des cas particuliers." À savoir que dans le cadre de la distillation de crise, "les forfaits fixés pour les vins rouges et rosés sans distinction livrés en vrac s’élèvent, pour la fourniture des vins, à 45€/hl pour les VSIG (sans préjudice des bassins exclus), 65€/hl pour les IGP et 75€/hl pour les AOP", est-il précisé sur le site Internet de l'établissement public administratif.

Marie Meunier

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