Un appel à de nouveaux États généraux de la culture a été lancé en 2025 par des acteurs et collectifs du monde culturel, visant à rassembler artistes, professionnels, citoyens et acteurs politiques autour d’un débat sur l’avenir de la culture, de la création, des arts, de l’éducation populaire et des médias.
Culture et politique
L’objectif déclaré est de faire de la culture une question majeure des échéances politiques locales et nationales. La soirée était animée par Denis Lanoy, metteur en scène, coordinateur de la commission culture du PCF et candidat aux élections de la mairie de Nîmes aux côtés de Vincent Bouget. Dès l’ouverture, il situe le rendez-vous dans une continuité historique, celle des États généraux de la culture initiés par Jack Ralite dans les années 1980, au moment de la privatisation de TF1.
Pour Lanoy, cette période marque un basculement durable, celui d’une entrée progressive de la culture dans une logique de marché et de dérégulation. Un peu le début de la fin… Son propos s’attache d’abord à la figure de Jack Ralite comme un acteur français particulièrement important, ayant su entretenir un lien rare entre responsables politiques et artistes.
Serge Regourd, président de la commission culture de la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée, intervenait en retraçant son propre compagnonnage avec Jack Ralite. Il revient sur leur rencontre en 1986, déclenchée par un article qu’il avait consacré à la privatisation de TF1. Son témoignage éclaire les combats menés à cette époque sur plusieurs fronts à la fois. D’une part, la lutte contre la privatisation du service public audiovisuel. D’autre part, les négociations internationales visant à libéraliser l’ensemble des activités, y compris culturelles, à travers les accords commerciaux, notamment ceux du Gatt. « Avant l’Europe s’appelait le Marché Commun », martèle Regourd.
Jack ralite
Jack ralite, journaliste au quotidien communiste L'Humanité en 1956, devient responsable de la rubrique télévision puis de la rubrique culture dans L'Humanité Dimanche (1957 - 1973). le 23 juin 1981, Ralite est l'un des quatre ministres communistes qui entrent dans le second gouvernement de Pierre Mauroy. Il obtient le portefeuille de la Santé, celui de la Culture qui lui paraissait destiné ayant été attribué à Jack Lang.
Il insiste sur cette capacité qu’il avait à dialoguer directement avec le monde de la création, en rappelant les Rencontres d’Avignon de 1964 réunissant élus et artistes. Il évoque aussi l’importance accordée par Ralite, alors ministre de la Santé, à la liberté de la création artistique, y compris au sein de sa propre famille politique, et le rôle fondateur joué par les États généraux de la culture à partir de 1986.
« Avant l’Europe s’appelait le Marché Commun »
Mon Alphabet d’existence, le livre de Jack Ralite, sert de point d’appui aux échanges. Il permet d’aborder la question du langage, des mots et de leur appropriation politique. « La gauche est à poil aujourd’hui », lance Regourd. La discussion glisse alors vers l’actualité, marquée par une récupération croissante de références intellectuelles et culturelles par l’extrême droite, dans un contexte de domination médiatique accrue.
le conférencier détaille le travail mené par les États généraux de la culture. Mobilisations publiques, réunions régulières, publications internes et déplacements en France et à l’étranger, afin d’exclure la culture de ces logiques de marchandisation. La rencontre aborde aussi le rôle du niveau européen, présenté comme décisif dans ces processus de dérégulation, et la fragilisation progressive du service public audiovisuel. Regourd insiste sur la singularité française dans la privatisation d’une chaîne publique dominante à l’époque, à un grand groupe comme Bouygues, et sur les conséquences durables de ce choix.
Trumpisme à la française
Le fil conducteur est la nécessité de penser la culture comme un espace politique à part entière, indissociable de la création, du langage et de la liberté critique. Denis Lanoy résume ainsi son intention portée par les Nouveaux états généraux de la culture en une formule centrale : « Face à cette montée, l’emprise de l’extrême droite, d’une forme de trumpisme à la française, dans le monde de l’édition, de la culture et des médias, le but est que le monde de la culture s’organise, interpelle les politiques, qu’on rediscute ensemble, qu’on tisse du lien. »
Regourd décrit une période marquée par une domination idéologique des esprits. Il rappelle cette formule de Saint-John Perse : « La poésie est le luxe de l’inaccoutumance. » Selon lui, lorsque l’exigence culturelle recule, le langage se dérègle et les références deviennent récupérables, y compris par l’extrême droite. « On est face à une domination idéologique des esprits. Il suffit d’écouter les mots. Aujourd’hui, on voit des députés d’extrême droite s’approprier Gramsci, Walter Benjamin. Quand on ne pense plus politiquement la politique, quand l’exigence culturelle disparaît, on laisse le champ libre. »
Selon le juriste, cette situation s’accompagne d’un affaiblissement de la curiosité, du refus du dogmatisme et de la capacité à penser politiquement la politique. Dans ce contexte, la culture réduite au divertissement ou au marché laisse le champ libre aux discours simplificateurs et autoritaires.